Présenté en compétition au Festival des films du monde de Montréal, La run, de Demian Fuica, nous entraîne dans le quotidien de revendeurs de drogues.
Six ans après La dernière incarnation, science-fiction aux accents loufoques, Demian Fuica est de retour derrière la caméra afin de raconter le destin d’un jeune homme sans histoire, Guillaume (Jason Roy Léveillée), devenu revendeur de drogues afin de rembourser à un shylock (Emmanuel Auger) les dettes de jeu de son père (Paul Dion). Flanqué de son meilleur ami (Marc Beaupré), Guillaume fait bientôt l’envie d’un rival (Pierre-Luc Brillant) lorsqu’il devient le favori du boss de la pègre (Nicolas Canuel) et sa mère (Nanette Workman). Cette histoire s’inspire en partie de celle d’un étudiant en ingénierie ayant écopé de trois ans de prison pour possession et vente de drogues, étudiant qu’a connu Leonardo Fuica, qui a eu l’idée d’en faire un film il y a sept ans.
"Au début du film, vendre de la drogue a l’air cool, on entend de la musique techno, il n’y a aucun problème, explique Demian Fuica. Pourtant, dès ses premières visites, Guillaume vend du crack à un petit garçon. C’est pas drôle, vendre de la drogue! On ne voulait pas tomber dans l’excès, mais il fallait quand même montrer l’aspect consommation. Par la suite, on s’attarde à l’histoire de ce gars-là qui n’est pas à sa place."
Écrit par les frères Fuica et Martin Poirier, La run donne ainsi à voir, à travers l’évolution du jeune revendeur, différents milieux, des piaules de junkies aux bars branchés, en passant par le milieu de la mode. "Comme l’alcool, les drogues nous entourent, elles existent partout, dans toutes les sphères de la société, dans tous les pays – au Chili et en Espagne, on appelle la run "le chameau", el camello. Mais qu’est-ce qu’on peut y faire? Les Mexicains ont commencé à se battre contre ce fléau, mais on compte déjà 30 000 morts! C’est une réalité, un constat. Je ne dis pas que les drogues, c’est bien, je ne dis pas non plus que c’est mal."
S’il ne porte pas de regard moral sur ce milieu interlope, Demian Fuica veut toutefois amener le public à s’interroger quant à nos comportements et nos rapports avec la drogue: "Quelqu’un m’a dit que la présence de l’enfant chez le couple de junkies (Martin Dubreuil et Geneviève Boivin-Roussy) ne marchait pas, car la DPJ l’aurait sorti de là. Non, ce n’est pas vrai. Des enfants dans le milieu de la drogue exposés à ce genre de situations, il y en a. On ne les voit pas parce qu’on ne veut pas les voir. Dans la majorité des films sur la drogue, ce sont toujours de gros deals impliquant des kilos de coke et des millions de dollars. Il n’y a pas de deal exceptionnel dans La run parce que dans la vie, c’est pas comme ça: la drogue, c’est au jour le jour", conclut le réalisateur.
À voir si vous aimez /
Bumrush de Michel Jetté, La rage de l’ange de Dan Bigras, Pusher de Nicolas Winding Refn
Précédé de rumeurs voulant que des techniciens n’aient pas encore été payés (ce qui devrait être fait une fois le film en salle, promet Demian Fuica), La run arrive enfin sur nos écrans. Si le tournage fut une galère pour plusieurs, à l’écran, le résultat est tout à fait satisfaisant. De fait, s’il s’agit bien là d’une production indépendante au budget dérisoire, le talent et la débrouillardise sont au rendez-vous. Contraint de monter son film, faute de moyens, Demian Fuica insuffle au tout une énergie brute, une tension palpable qu’il maintiendra jusqu’à la fin – pour le moins spectaculaire – en utilisant judicieusement l’ellipse et la répétition. Si le récit paraît par moments cousu de fil blanc, on salue la volonté des Fuica de ne pas glamouriser l’univers de la drogue, pas plus que d’y porter un jugement.





