Décharge

Réalisateur
Benoît Pilon

Bande annonce

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Tourné dans un quartier de Verdun, où Benoit Pilon s’attache au destin d’un ex-délinquant, Décharge révèle le côté sombre du cinéaste. Un choix qu’il assume pleinement.

Trois ans se sont écoulés entre Ce qu’il faut pour vivre, magnifique hymne à la vie, et Décharge, constat pessimiste de l’humanité. En rencontrant Benoit Pilon, qui caressait ce projet depuis l’époque où il étudiait le cinéma à Concordia, la question qui brûle les lèvres, c’est de lui demander s’il a perdu foi en ses prochains. En collaboration avec Pierre Szalowski (Ma fille, mon ange), l’écriture a commencé il y a cinq ans: "C’est quelque chose qui s’est développé en parallèle avec Ce qu’il faut pour vivre et non en réaction à ce film", révèle-t-il.

"On a tous un côté lumineux et un côté sombre. Des fois, comme artiste, c’est bon de pouvoir explorer différentes facettes de ce qu’on vit, ce qu’on ressent. Je ne suis pas quelqu’un de pessimiste, je crois en l’humanité, mais depuis quelques années, j’écoute les nouvelles, je lis les journaux, je regarde l’état de la planète… et je me demande où on s’en va."

S’inspirant de l’école réaliste, des premiers films de Scorsese, de Cassavetes, de James Gray et d’Andrea Arnold, Pilon brosse le portrait de Pierre (David Boutin), ex-délinquant devenu propriétaire d’une flotte de camions à ordures qui, après que son fils eut été piqué par une seringue trouvée dans un terrain de jeu, entreprend de littéralement nettoyer son quartier.

"C’est un milieu qui m’intéressait, j’y voyais une certaine poésie de la vidange. Dans les univers urbains qu’on retrouve au cinéma, la gestion des déchets n’a pas été beaucoup exploitée. Derrière un camion de vidanges, on voit la ville d’une autre façon, on a un rapport dynamique à la ville et aux gens. Le centre de traitement des déchets est impressionnant et devient une métaphore de tout ce qui est conflictuel en lui. J’aime beaucoup le plan où l’on voit derrière David les déchets tomber au ralenti."

Sous l’oeil inquiet de sa femme (Isabel Richer), travailleuse sociale l’ayant sorti de la rue, Pierre se met en tête de sauver Ève (Sophie Desmarais), jeune prostituée toxicomane. Grâce à Ali Nestor Charles, vu dans Le ring intérieur de Dan Bigras, Benoit Pilon a pu entrer en contact avec des gangs de rue et ainsi approfondir ses recherches. Sophie Desmarais a même rencontré des gens du milieu de la prostitution pour préparer son rôle exigeant.

Malgré sa bonne volonté, Pierre comprend qu’on ne peut pas sauver tout le monde et qu’impuissance rime parfois avec indifférence: "Je crois qu’il sort de tout ça avec une maturité supplémentaire, mais ce n’est pas sans prix à payer. Je trouve ce mélange d’indifférence et d’impuissance très troublant. On protège souvent ce qu’on peut protéger, nos amis, notre famille, notre entourage, notre confort quotidien. Décharge soulève des questions, mais ce n’est pas un film à message, ni d’intention sur ce qu’on devrait faire. C’est un constat assez dur, mais c’est d’abord et avant tout des parcours de personnages dans une fiction."

ooo

Âpre, dense, dur. Voilà en quelques mots comment on pourrait résumer ce quatrième long métrage de Benoit Pilon. Or, il serait bien injuste de le réduire à si peu, car si les lueurs d’espoir semblent bien pâles dans cette sombre peinture de milieu, on y trouve de prenants instants de poésie urbaine. Y brillent également David Boutin, d’une riche intériorité, Isabel Richer, d’une retenue impeccable, et Sophie Desmarais, dont les magnifiques yeux expressifs traduisent le vide abyssal où s’enfonce son personnage. Fort d’une approche évoquant le cinéma-vérité, Décharge nous convie à une balade d’une beauté insolite dans un Montréal peu souvent vu au cinéma où grouille une faune bigarrée à qui Pilon ne fera pas de cadeau, préférant la logique implacable au happy end artificiel. Un constat noir de la situation des marginaux et de notre attitude à leur égard qui ébranle et nous habite plus longtemps qu’on ne le souhaiterait.

Pas dans ma cour Critique par - 2011-10-20
Cote: 3.5

Décharge

Réalisateur : Benoît Pilon

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