Monsieur Lazhar

Réalisateur
Philippe Falardeau

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Mettant en vedette le formidable Fellag, Monsieur Lazhar, de Philippe Falardeau, d’après la pièce Bashir Lazhar d’Evelyne de la Chenelière, propose une fine réflexion sur le deuil.

Dans l’avant-propos de Bachir Lazhar, Evelyne de la Chenelière qualifiait sa pièce de "sorte d’hommage" aux enseignants. Dans l’adaptation de Philippe Falardeau, on retrouve un bel éventail d’enseignants, de la prof créative (Brigitte Poupart) à l’institutrice d’expérience (Francine Ruel), en passant par le prof d’éduc’ (Jules Philip) excédé par le règlement défendant aux enseignants des contacts physiques avec les élèves. Or, ce qui frappe avant tout dans cet émouvant récit d’un Algérien ayant demandé l’asile politique, c’est la dimension que prend le thème du deuil.

"Ce n’est pas un film sur les enseignants, mais ça demeure une ode aux enseignants, explique le réalisateur. J’avais tendance à croire que c’était un film sur le deuil lorsque j’écrivais le scénario, mais aujourd’hui, je dirais que c’est un film sur l’acte fondamental d’enseigner, le pouvoir de la parole comme acte de guérison mutuel entre les enfants et l’enseignant."

Alors qu’il vit lui-même un deuil et qu’il tente d’obtenir le statut de réfugié politique, monsieur Lazhar (Fellag) remplace au pied levé une enseignante de sixième année s’étant pendue dans sa classe: "Monsieur Lazhar parle aussi d’immigration, de la codification des rapports physiques entre les adultes et les enfants. Contrairement à d’autres entreprises, je pense avoir réussi dans ce film à reléguer ces questions-là en toile de fond et à les faire porter de manière naturelle et intrinsèque par les personnages."

À observer le parcours de Philippe Falardeau, on constate que celui-ci affine son art, laisse plus de place à l’émotion et ne ressent pas le besoin d’en mettre plein la vue par une mise en scène ludique: "Je n’aurais pas pu faire Monsieur Lazhar il y a 10 ans. Il y a peut-être une meilleure maîtrise des outils du cinéma. Je ne veux pas créer de dynamisme avec la caméra, je veux révéler des choses. J’ai su subordonner le langage à la mise en valeur des personnages et de l’émotion. Mon côté cérébral, je l’ai canalisé en cherchant comment aborder des enjeux sans que le film devienne didactique."

Afin de révéler un peu plus du personnage de Bachir Lazhar, qui donne en dictée La peau de chagrin de Balzac, Philippe Falardeau s’est plu, comme le faisait Truffaut, à filmer des livres: L’énigme du retour de Dany Laferrière, qu’il paraphrase à propos de l’exil, Prochain épisode d’Hubert Aquin et L’isle au dragon de Jacques Godbout.

"Les livres nous parlent des gens; j’aimais l’idée que Bachir lise des romans québécois, comme s’il voulait savoir où il a atterri. Balzac, c’est notre patrimoine aussi. Aquin et Balzac, c’est la même langue, la même grammaire, la même syntaxe. Au Québec, on a nos expressions, notre accent, mais ça fait partie d’un même patrimoine et cela me plaisait qu’un Algérien nous le dise, d’autant plus que les Algériens ont un rapport beaucoup plus difficile que nous avec les Français."

À travers les réflexions de Bachir se devine en filigrane une critique de la réforme scolaire et, surtout, de notre rapport à la langue, sujets délicats s’il en est: "Je me suis fait "blaster" sur le fait qu’un immigrant algérien parle mieux que beaucoup de Québécois dans mon film, comme si je faisais du québécois une sous-langue par rapport au français. Or, j’ai toujours refusé que mes films soient sous-titrés en France. Je pense être un ambassadeur de la langue française en Amérique du Nord parce que mes films sont projetés partout dans le monde. Appelons un chat un chat; c’est vrai qu’il y a des immigrants qui parlent mieux français que nous, et on a le droit de dire qu’il y a des fautes à la télévision et dans le journal."

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Bouleversant monologue créé par Denis Gravereaux et mis en scène par Daniel Brière en 2007, Bachir Lazhar, d’Evelyne de la Chenelière, n’a rien perdu de son caractère universel en passant au grand écran. Mieux encore, Philippe Falardeau ayant traduit avec brio le joyeux brouhaha d’une cour d’école et l’atmosphère dissipée d’une classe de préados, jamais les origines théâtrales de Monsieur Lazhar ne viennent le trahir.

Maîtrisant l’art de l’ellipse, Falardeau s’est brillamment approprié la pièce en allégeant le lyrisme des dialogues et, surtout, en étoffant deux personnages brièvement évoqués sur les planches. Ainsi, par l’entremise de Simon et Alice (Émilien Néron et Sophie Nélisse, criants de vérité), nous est raconté à hauteur d’enfants le deuil auquel les élèves de monsieur Lazhar doivent faire face depuis le suicide de leur enseignante. Deuil que la directrice de l’école (Danielle Proulx) voudrait bien régler comme toute autre tâche administrative. Parallèlement, on suit les démêlés de Lazhar avec les fonctionnaires du ministère de l’Immigration, lui qui vit son propre grand deuil.

En traitant d’autant de thèmes à la fois, le danger aurait été de livrer un ramassis de propos superficiels ou, pis encore, un lourd film à thèses. Or, Monsieur Lazhar impressionne par la finesse de sa réflexion sur le deuil, l’immigration et l’enseignement tout autant que par la puissance de l’émotion qui s’en dégage. Remarquablement interprété par le charismatique Fellag, il y a fort à parier que l’attachant enseignant rejoindra au panthéon de nos héros de cinéma l’oncle Antoine, Ovide Plouffe et les potes du Déclin.

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Monsieur Lazhar
Réalisateur : Philippe FalardeauBande annonce

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+ Ajouter le vôtre Commentaires 11

  • 28 octobre 2011 · 01h54 Myriam Grenier

    EXcellent film ! Ce ne sera pas un film qui nous fera honte comme représentant du Canada aux Oscars.C’est à suivre car il est de la trempe de « incedie » de Denis Villeneuve.Félicitations! Il a une telle douceur et subtilité qu’on ne peut en sortir sans être ému, sans penser aux tâches colossales qui incombent aux enseignants qui doivent souvent jouer le rôle de parents,de psychologues et d’éducateurs. Il nous fait réfléchir aussi sur les problèmes d’immigration,sur ses raisons et sur l’adaptation que doivent vivre ces gens là et sur l’apport qu’ils peuvent nous apporter..Bon succes aux Oscars P.S les enseigants devraient tous aller voir ce film.Merci! à Seville pour les billets

  • 30 octobre 2011 · 09h41 Robert St-Amour

    Moments de grâce.

    Il est exceptionnel qu’une oeuvre cinématographique soit présentée aussi bien cinémas Beaubien et Parallèle qu’aux Star-Cité et Guzzo Marché Central. Si vous ajoutez le fait qu’il a obtenu 4 étoiles aussi bien dans Voir et La Presse que dans le Journal de Montréal, il y a là des évidences que ne trompent pas. Et effectivement, « Monsieur Lazhar » de Philippe Falardeau est une grande oeuvre.

    J’avais déjà rencontré Bachir Lazhar, présenté par Evelyne de la Chenelière dans la pièce de théâtre du même nom. Pièce à un personnage interprété par Denis Gravereaux, je me souviens du trouble que j’avais ressenti face au destin malheureux du personnage principal mais là s’arrête ma perception de ce qui m’avait été présenté.

    Le monsieur Lazhar que me présente maintenant Philippe Falardeau sur grand écran est plus grand. Il contient aussi tout ce q

    • 30 octobre 2011 · 09h54 Robert St-Amour

      Désolé de cette première version tronquée. Ma relation avec mon clavier est parfois trouble et souvent, il ne me comprends pas.

  • 30 octobre 2011 · 09h52 Robert St-Amour

    Moments de grâce.

    Il est exceptionnel qu’une oeuvre cinématographique soit présentée aussi bien cinémas Beaubien et Parallèle qu’aux Star-Cité et Guzzo Marché Central. Si vous ajoutez le fait qu’il a obtenu 4 étoiles aussi bien dans Voir et La Presse que dans le Journal de Montréal, il y a là des évidences que ne trompent pas. Et effectivement, « Monsieur Lazhar » de Philippe Falardeau est une grande oeuvre.
    J’avais déjà rencontré Bachir Lazhar, présenté par Evelyne de la Chenelière dans la pièce de théâtre du même nom. Pièce à un personnage interprété par Denis Gravereaux, je me souviens du trouble que j’avais ressenti face au destin malheureux du personnage principal mais là s’arrête ma perception de ce qui m’avait été présenté.
    Le monsieur Lazhar que me présente maintenant Philippe Falardeau sur grand écran est plus grand. Il contient aussi tout ce qui l’entoure, sa classe, son école et aussi les administrations scolaire et d’immigration. Sans artifices, ni effets de tout genre, pendant toute la durée du visionnement, nous pouvons apprécier des scènes qui sont vraies et des dialogues vifs présentés par des personnages jeunes et plus vieux tous très crédibles. Une réflexion accessible et pas moralisatrice sur le remord, la violence et la justice qui devraient toucher un très large public. Sans oublier la fin tout aussi touchante que simple.

    Plus personnellement, je trouve charmant de découvrir Evelyne de la Chenelière sous les traits d’une mère et Brigitte Poupart très différente (je l’avais vu la dernière fois dans « What’s next » avec Dave St-Pierre.

    La route à l’Oscar est longue et le plus souvent infructueuse mais voilà une oeuvre qui le mérite, sans oublier les $$$$ au box-office.

  • 30 octobre 2011 · 19h06 Louise Trudel

    Cher Bashir.
    Un homme malheureux se présente comme professeur remplaçant dans une classe touchée aussi par un très grand malheur. Nous y verrons de très belles relations humaines entre cet Algérien et les enfants agés de 11 à 13 ans. Monsieur Lazhar est plongé dans cet réalité québécoise où l’enfant est roi et où les parents ne demandent aux professeurs qu’à leur inculquer des notions académiques. Vivant lui-même un deuil, Bashir sera confronté à régler des conflits tout en essayant de s’adapter à cette nouvelle vie. Son propre malheur l’a poussé à cotoyer le drame d’une classe, lui permettant de se rapprocher un tant soit peu de sa vie passée. Les enfants de cette classe sont d’adorables acteurs, attachants et crédibles. Fellag, (M. Lazhar) est d’une cruelle réalité, nous faisant vivre le grand trou noir de l’immigration, de la solitude et de la peine que chacun tente de vivre à sa manière.
    Bonne chance Philippe Falardeau !

  • 21 novembre 2011 · 00h01 Yves Capuano

    Wow! Un film tout simplement parfait ! Je suis très impressionné par ce film de Pilippe Falardeau.
    Je pense que ce film possède toutes les qualités que l’on peut demander à un film: Un scénario original et bien ficelé, une approche légère sur un sujet très profond, un casting et des acteurs formidables sans exception, une critique du système, etc… Mais par-dessus tout ce qui m’a plus énormément dans ce film c’est le côté multi-dimensionnel et inter-culturel du film qui fait que l’on aborde bien sûr le thème du deuil mais aussi ceux du suicide, de l’immigration, des rapports parents – enfants au Québec versus ces mêmes rapports dans une autre culture, une critique assez forte de l’enseignement du français dans le système scolaire québécois, une reconnaissance du travail de professeur, les relations homme-femme ( lorsqu’il se fait draguer par une québécoise) ici et à l’étranger etc…Chaque scène est parfaitement exécutée. Philippe Falardeau vient peut-être de réaliser un pur chef d’oeuvre cinématographique !

  • 3 décembre 2011 · 20h23 amazigh

    alors là, en tant que Kabyle (berbère), je suis doublement satisfait, d’abord pour mmis tmurt Fellag qui interprète un rôle remarquable dans ce film, et par l’histoire ou plutôt les différentes histoires évoquées et intelligemments abordées dans ce magnifique film.

    vive imazighen

  • 10 mars 2012 · 12h29 Lyne Gareau

    Quel film magnifique et poétique. Quelqu’un a-t-il été capable de retenir le nom du livre que Monsieur Lahzar donne à Alice? Et le texte de la fable?

    • 18 mars 2012 · 13h51 KADA MALIK

      l’arbre et la chrysalide de Bachir Lazhar s’appelle le nom de la fable,mais pour le livre je ne vois pas dans quelle partie du film il lui donne pouvez vous me le rappeler.Merci.

    • 27 avril 2012 · 23h40 Dunbar

      « La Transe des Insoumis » est le titre du livre.

  • 18 mars 2012 · 13h40 KADA MALIK

    Bonsoir,

    Vraiment touchant ce film que j’ai aimé beaucoup,,triste et mélancolique et aussi un plus dans l’artiste,qui joue un bon rôle en tant que maitre d’école.Je suis oranais et algérien aprés tout et je vis a Stockholm depuis de longues années.Merci pour ce film.

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