Avec Trou story, Richard Desjardins et Robert Monderie font entrer un peu de lumière dans l’histoire, souvent obscure, des mines canadiennes.

Le matin de l’entrevue, dans un grand quotidien montréalais, on trouvait une publicité pleine page d’Osisko, minière spécialisée dans les gisements aurifères. Y figuraient des travailleurs bronzés, tout sourire; une image qui tranche avec les vives critiques adressées à la compagnie et sa manière de gérer les aspects humains de son exploitation à Malartic.

"Un hasard, évidemment!" s’amuse Richard Desjardins. À quelques jours de la première de Trou story, le pamphlet consacré par l’auteur-compositeur et son pote Robert Monderie à l’industrie minière canadienne, les hasards se multipliaient, le milieu redoutant une onde de protestation.

Depuis, le film a été présenté en première mondiale au Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue, déclenchant de fait des débats animés entre ceux pour qui les minières sont d’abord une bonne chose et ceux qui redoutent plus que tout leur impact environnemental et considèrent comme insuffisantes les redevances versées à l’État.

Richard Desjardins se souvient du moment où l’idée de ce Trou story a jailli. "Je travaille depuis dix ans pour L’Action boréale, dont l’un des mandats est de créer des aires protégées autour des communautés en Abitibi. Continuellement, on se casse les dents sur des terrains sous claim, sous emprise minière. À un moment donné, je me suis dit: crisse, ça va faire! Le plan de développement de ces minières a préséance sur toute forme d’aménagement du territoire. C’est abusif, ça."

Desjardins et Monderie, dont on connaît la redoutable complémentarité depuis L’erreur boréale, ont donc plongé dans les archives, les statistiques et les témoignages.

CREUSER LE PASSÉ

C’est d’abord à un voyage dans le temps que nous invitent les documentaristes, voyage guidé par des photos et des films du peuplement du Nord-Est ontarien et de l’Abitibi. "Nous avons eu accès à une foule de documents, explique Robert Monderie. Il y avait un boom par là-bas, on en parlait jusque dans les journaux de New York. Ça fait en sorte que Cobalt, par exemple, a été une ville plus photographiée, en 1905-1910, que les villages de la vallée du Saint-Laurent…"

Çà et là, on trouve des pépites. Un discours de Wilfrid Laurier, entre autres, qui s’adresse en ces mots à des mineurs dont l’espérance de vie est de 46 ans: "Tout ce que nous vous demandons, c’est de donner le meilleur de votre humanité!"

Selon certains documents, le même Laurier va d’ailleurs toucher une ristourne pour avoir favorisé l’exploitation minière. "Un de nos objectifs était de montrer la collusion entre les politiciens et le monde minier. Ça fait partie de l’histoire du Canada, ça. Il y a parfois une proximité troublante. Le premier ministre qui touche un chèque de 5000 piasses, c’en est une illustration assez flagrante!"

L’oeil de la caméra se déplace peu à peu vers aujourd’hui, montrant tout ce qui a changé depuis ces pratiques archaïques, mais aussi tout ce qui reste à faire. "On n’a toujours pas notre cut, résume Desjardins. Pour nous, c’est une très mauvaise business, les mines. Dans certains pays comme la Norvège, l’État va toucher jusqu’à 50% des profits miniers. On est loin du compte, ici: sur les milliards que l’industrie rapporte annuellement, on reçoit à peine quelques millions."

"On espère un effet d’entraînement, enchaîne Monderie. On souhaite que les gens soient plus informés, donc plus proactifs, plus revendicateurs."

Ce qui risque fort d’arriver, tant Trou story et autres réflexions récentes (voir aussi La règle d’or, de Nicolas Paquet) nous laissent avec l’amère impression d’avoir une poignée dans le dos.

ooo

Trou Story

Il y a quelque chose de tout à fait étonnant dans les échos réservés au nouveau film du tandem Desjardins/Monderie. Plusieurs jugent Trou story comme s’il s’agissait d’un reportage au Téléjournal ou encore d’une étude du ministère des Ressources naturelles. Non seulement on attend d’eux exigence et sérieux, ce dont ils ont ici fait preuve – loin d’être univoque, leur pamphlet donne la parole aux relationnistes des minières critiquées -, mais on voudrait qu’ils soient objectifs au point de ne pas avoir d’avis sur la question, ce qu’autorise pourtant pleinement le genre du documentaire. Voilà un bon film, qui remonte loin dans l’histoire des mines québécoises et ontariennes (les images d’archives, habilement agencées, valent à elles seules le visionnement), puis interroge ce qu’est devenue l’industrie aujourd’hui. Trou story montre beaucoup plus qu’il ne dénonce, et si en l’occurrence montrer revient souvent à dénoncer, nous ne saurions en tenir rigueur aux documentaristes. Réussi.

Grise mine Critique par Voir - . Cote: 3.5

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+ Ajouter le vôtre Commentaires 4

  • 4 novembre 2011 · 13h51 jean-claude bourbonnais

    le 25 février 2010, le chanteur de charme Desjardins signe son appui à la campgne de Boycottage international, de Désinvestissement et de Sanctions contre « l’apartheid » israélien.
    Quand on jongle aussi habilement avec les mots de la séduction élémentaire, on a pas le droit de s’enfarger aussi bêtement dans le trou de ses histoires à raconter. L’Existoire, c’est bien beau, mais celle d’Israël passe bien avant celle de Desjardins, qui devrait sortir des mines grisâtres de Rouyn et aller se promener un peu du côté d’auschwitz…

  • 13 novembre 2011 · 18h46 Louise Trudel

    Colère, révolte et peine.
    C’est un très habile documentaire que nous présente Richard Desjardins et Robert Monderie. Ils remontent dans le temps au début de l’exploitation minière avec des faits, des images, des commentaires justes. Les images qui défilent sous nos yeux sont tristes à mourir. Comment se fait-il que tous les gouvernements mangent dans la main de ces industries ? Comment peuvent-ils exploiter autant notre territoire et laisser toute leur, excusez, merde en arrière d’eux ? Pourquoi n’en retirons-nous rien ou, non j’oubliais, en fait la chance d’avoir un emploi à la mine contre un cancer plutôt que le chomage ? Ce film arrive au moment où nous sommes confronté à d’autres exploitations comme les gaz de schiste. Nous devons absolument rester debout devant ces riches compagnies qui n’aiment ni les gens, ni la beauté de la nature. Je me demande comment les décideurs peuvent accepter un tel vol de nos richesses, n’ont-ils pas eu aussi des enfants, des petits enfants qui ne demandent qu’à vivre en santé dans un Québec prospère. L’appât du gain, des milliards de dollars, mènera le Québec à sa perte. Il est triste de penser à tout l’argent qui manque pour les malades, les enfants, l’éducation et à toutes ces sommes gagnées par ces minières et dont on ne voit même pas la couleur, sauf la couleur de la mort. La mort des travailleurs est noire, celle de la nature détruite à jamais est brune, orange et grise. Il est impossible d’avoir confiance en ces hommes et en ces femmes dépourvus de bon sens et de coeur qui nous vendent aux autres pour trois fois rien. Un désastre mis en évidence par ce très bon film.

  • 13 décembre 2011 · 09h09 Normand Parisien

    Le ciné-club local avait mis le documentaire Trou story à l’affiche. J’ai bien apprécié le volet historique du développement minier en Ontario et au Québec: c’est le point fort du film. Le réalisateur Richard Desjardins commente ce sujet avec cette approche critique qui est tellement à la mode présentement. C’est vrai que des villes doivent leur existence à un gisement minier et que des aménagements urbains sont nécessaires à la poursuite des opérations. Les maladies industrielles sont un fléau encore aujourd’hui et le milieu minier est tristement célèbre pour la quantité d’accidents de travail. Difficile d’oublier l’image de ces mineurs chiliens qui ont été remontés à la surface les uns après les autres suite à un effondrement minier.Les retombées économiques de ces exploitations minières semblent tracasser les 2 réalisateurs (Desjardins/Monderie) et c’est une bonne chose à une époque où nos gouvernements recherchent l’équilibre budgétaire. Un nouveau budget devrait rétablir cette situation avec une certaine volonté politique.

    Des organismes comme la CSST veillent maintenant à la sécurité en milieu de travail et représentent une nette amélioration comparée à ce qui n’existait pas encore au début du siècle précédent. Il ne faudrait jamais oublier l’importance de cette industrie minière dans le développement de notre pays. La mentalité cowboy d’autrefois est de moins en moins une réalité d’aujourd’hui bien que l’impact environnemental de ces exploitations minières reste inquiétant au point que nos gouvernements commencent à s’impliquer. Si il y a plus de 100 ans, on devenait mineur pour ne pas crever de faim, aujourd’hui il s’agit d’un emploi extrêmement bien payé si on le compare à ceux au salaire minimum que l’on retrouve dans les grands centres urbains. Trou story devrait être reçu différemment selon la région où on habite : loin des yeux, loin du coeur (ou du portefeuille). Dans ce milieu, le rêve de Liberté 55 est une réalité pour plusieurs contrairement à une espérance de vie de 46 ans pour leurs prédécesseurs d’il y a 100 ans.

  • 23 avril 2012 · 15h10 Bernard Pottier

    Très bon film, bien documenté, son seul défaut est qu’il m’a fait terminer le jour de la Terre complètement enragé. L’or met dans le trou plus qu’il enrichit, mais comme la cupidité humaine est sans limite, rares sont ceux qui s’ouvrent les yeux sur cette réalité. Et je doute que ce soit à veille de changer.

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