En écrivant Ma part du gâteau, Cédric Klapisch ne se doutait pas que son film serait toujours d’actualité au moment de sa sortie.

Écrit au lendemain de la crise financière de 2008, Ma part du gâteau, dans lequel une ouvrière sans emploi (Karin Viard) devient femme de ménage pour un trader (Gilles Lellouche) responsable de la fermeture de l’usine où elle travaillait, sort sur nos écrans au moment où les Indignés dénoncent les abus du capitalisme. "Bizarrement et malheureusement, le film est plus actuel aujourd’hui que l’année dernière, racontait Cédric Klapisch lors de son passage à Cinemania. La thématique sur les 99% et le 1% développée par Occupy Wall Street, c’est presque le sujet du film. C’est drôle que cela ait été conceptualisé après coup, car l’opposition entre France (Viard) et Steve (Lellouche), c’est ça, et ce choc-là, il est devenu trop fort."

Bien qu’il aborde des sujets graves, telles la délocalisation, la précarité de l’emploi de la classe ouvrière et la détresse de celle-ci, de même que la déshumanisation du monde de la finance, Klapisch a opté pour une approche humoristique, en s’inspirant de Capra et de Chaplin.

"La comédie avertit les gens qui n’ont pas forcément envie de l’être. Un documentaire ou un film politique parle aux gens qui sont déjà d’accord. Les gens qui vont voir mon film ne connaissent peut-être pas la différence entre une action et une obligation, la finance étant un monde complexe, difficile à comprendre, et n’ont pas forcément envie d’être politisés. Il n’y a pas à avoir peur de l’humour, de faire rire sur un sujet qui n’est vraiment pas drôle."

Pour les besoins du scénario, le cinéaste s’est également plongé dans la lecture de Phénoménologie de l’esprit de Hegel: "Ce qui est fort chez Hegel, c’est que lui parle du maître et de l’esclave, et ce texte va se retrouver chez Marx, qui va inventer le concept de la lutte des classes où le patron a du pouvoir sur l’ouvrier, mais en même temps, où l’ouvrier a un pouvoir sur le patron."

Et qu’en est-il du rapport de pouvoir entre France et Steve? "Elle est dans la réalité et lui, dans la virtualité. Le monde a changé, du coup la lutte des classes a changé parce que cette opposition n’existait pas. Aujourd’hui, on est dans une virtualisation totale du rapport à l’argent, et ça, ça change le rapport au pouvoir. Le problème, on le voit avec les Indignés à Wall Street, c’est comment redonner une réalité à l’argent. Quelque chose dans la société d’aujourd’hui pousse vers l’égoïsme et je trouve que ce n’est pas la bonne valeur. Comme disait Sacha Guitry: "On double son plaisir lorsqu’il est partagé"", conclut Cédric Klapisch.

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Ma part du gâteau

La lutte des classes à laquelle nous convie Cédric Klapisch démarre sur les chapeaux de roues: dans le coin gauche, Karin Viard s’éclate en ouvrière courageuse; dans le coin droit, Gilles Lellouche en impose en trader ambitieux. Hélas! Même si Klapisch évite de nous faire la morale à coups de "l’argent ne fait pas le bonheur", on ne peut pas dire qu’il pèche par subtilité. Tandis que la femme de ménage semble pétrie de qualités, le financier prend l’allure d’un enfant gâté pour qui chaque rapport humain n’est en fait qu’une vulgaire transaction. Et même lorsque le cinéaste tente de lui donner un peu d’humanité au gré d’un flashback amoureux en forme de pub chic, ça ne convainc guère. Pas plus que la finale en queue de poisson et tirée par les cheveux.

99% Critique par - 2011-11-10
Cote: 2

Ma part du gâteau
Réalisateur : Cédric Klapisch

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