Quelque 20 ans après Attache-moi!, Pedro Almodovar dirige Antonio Banderas en savant fou dans La piel que habito (La peau que j’habite).

Croisement étonnant entre Les yeux sans visage de Georges Franju, principale inspiration du film, et Frankenstein de Mary Shelley, La piel que habito de Pedro Almodovar (d’après le roman Mygale de Thierry Jonquet) non seulement marque les retrouvailles entre le flamboyant Madrilène et Antonio Banderas, mais donne à voir le ténébreux acteur sous un nouveau jour.

Ainsi celui-ci se retrouve-t-il à jouer un savant fou qui, depuis la mort de sa femme brûlée vive dans un accident d’automobile, se livre secrètement à des expériences sur les greffes de peau sur une gracieuse personne ressemblant à la défunte, Vera (Elena Anaya), qu’il tient prisonnière grâce à la complicité de sa redoutable domestique (Marisa Paredes).

"Quand Pedro m’a proposé de jouer un savant fou, racontait Banderas au Festival international du film de Toronto, je me suis empressé de sortir mon coffre à outils en me promettant que j’allais m’amuser comme un fou dans ce rôle-là. Aussitôt, il m’a dit de tout mettre ça de côté et de jouer de façon subtile, de ne pas laisser transparaître mes émotions, de ne pas sourire. Au fond, il avait raison; prenez les tueurs en série, jamais leurs voisins ne soupçonnent qu’ils sont psychopathes…"

Vêtue d’une combinaison couleur chair, traquée par la caméra de son geôlier, soumise à différentes expériences, Vera n’est certes pas un personnage agréable au premier abord pour une actrice: "Ce rôle a nécessité une longue préparation, confiait Anaya, également rencontrée à Toronto, car il fallait explorer des zones sombres. En même temps, cela m’a permis d’expérimenter différentes facettes de la vie que je ne vivrai jamais. Vera m’a beaucoup appris sur la force de caractère, l’instinct de survie."

L’origine de La piel que habito remonte à une dizaine d’années, époque où Anaya tournait Parle avec elle sous la direction d’Almodovar. "Ce film diffère de ses autres films, mais si on les compare tous, plusieurs présentent de grandes différences: Attache-moi! est bien différent de Matador. Le meilleur allié de Pedro, c’est le temps. Dans les années 80, les gens se demandaient d’où il sortait, comment il pouvait aborder ainsi de tels sujets. Chaque film est pour lui une nouvelle puberté, une nouvelle étape dans sa vie."

Si l’actrice a accepté ce projet les yeux fermés, l’acteur l’avait pour sa part jugé fou lorsque le cinéaste lui avait parlé d’adapter Mygale. Pourtant, au fil des ans, Banderas demandait ponctuellement des nouvelles du scénario, et lorsqu’il a enfin pu le lire, ses doutes ont disparu. "En lisant le scénario – le seul moment où l’acteur est spectateur de son travail -, ce qui a d’abord capté mon attention, c’est la structure narrative. En plus de jouer avec la notion de temps, Pedro s’amuse à tester la moralité du spectateur. Dans la première partie, on ne cesse de se poser des questions auxquelles on ne trouve aucune réponse. Puis dans la seconde, lorsqu’on connaît la position de chaque personnage, bang! On retourne en arrière et d’autres surprises apparaissent. C’est spectaculaire!"

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La piel que habito

Thriller à l’esthétique soignée, glacée, quasi clinique, dont le montage paraît avoir été soigneusement fait au scalpel, La piel que habito semble marquer un tournant dans la carrière de Pedro Almodovar. De fait, si le tout est orchestré de main de maître sur fond de mélodrame, genre qu’il maîtrise avec brio mais ici sans son irrésistible effervescence, La piel que habito se révèle sans doute l’une des histoires d’amour les plus tordues et complexes qu’Almodovar ait racontées. Et pour ajouter au plaisir presque malsain de se laisser séduire par ce récit fantastique mâtiné d’horreur, le brillant cinéaste entretient savamment le mystère. Portant solidement le film sur ses épaules, Antonio Banderas joue avec une impeccable retenue; l’émouvante Elena Anaya et l’imposante Marisa Paredes s’avèrent d’idéales partenaires de jeu.

La belle captive Critique par - 2011-11-17
Cote: 3.5

La Piel que habito

Réalisateur : Pedro Almodovar

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+ Ajouter le vôtre Commentaires 1

  • 29 novembre 2011 · 21h14 Robert St-Amour

    Pourquoi recréer quand ce qu’il faut existe déjà ? « La peau que j’habite » est un « Thriller à l’esthétique soignée, glacée, quasi clinique, dont le montage paraît avoir été soigneusement fait au scalpel  » et cela Manon Dumais l’a déjà écrit. Sur le même principe, le docteur et plasticien Robert Ledgard, admirablement et froidement interprété par Antonio Banderas, le fait à sa façon qu’il serait odieux de présenter ici. De cette histoire « Almodovarienne », on en sort impressionné, sinon subjugué. Difficile de ne pas être captivé par ce récit non linéaire dans lequel la folie règne sans partage.

    Peut-être pas le plus accessible, ni le plus spectaculaire « Almodovar » mais il vaut définitivement le détour.

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