Avec l’audacieux The Artist, bijou muet en noir et blanc, Michel Hazanavicius propose un formidable voyage dans le temps.

Les cinéphiles nostalgiques de l’époque du muet sont certainement bien servis par les temps qui courent. Ainsi, après la sortie de Hugo, fabuleuse leçon de cinéma en forme d’hommage au génie de Méliès signée Martin Scorsese, arrive la merveilleuse lettre d’amour au cinéma hollywoodien des années 20 de Michel Hazanavicius.

Dans ce bel objet transcendant l’exercice de style, l’expressif Jean Dujardin, tour à tour hilarant et touchant, incarne George Valentin, superstar du cinéma muet refusant catégoriquement de passer au parlant, au grand dam de son producteur (John Goodman, imposant). "I won’t speak! I won’t say a word!" hurle-t-il ironiquement à pleins poumons dans un film d’espionnage qu’il présente devant un public conquis au début de The Artist.

Tandis que Valentin, sur qui veillent son petit chien et son loyal chauffeur (digne James Cromwell), verra son étoile pâlir dangereusement, l’impétueuse figurante Peppy Miller, qu’incarne avec une grâce exquise Bérénice Bejo, se taillera une place de choix au firmament des stars… du parlant.

S’il nous a habitués au mode parodique avec ses deux OSS 117, Hazanavicius emprunte ici une tout autre voie. Et ce n’est certes pas celle de Gene Kelly et Stanley Donen, qui traitaient d’un sujet semblable dans la ravissante comédie musicale Singin’ in the Rain. Pas même celle de Mel Brooks, qui pastichait avec talent le genre dans Silent Movie. De fait, à quelques exceptions près, telle l’amusante scène du cauchemar sonore de Valentin, le réalisateur s’est plu à respecter scrupuleusement tant le format que la nature des films de l’époque.

À travers moult détails – portez attention aux affiches et aux extraits de films – et plusieurs plans, Hazanavicius lance de charmants clins d’oeil à différentes oeuvres. Et pas seulement issues du muet, comme cette succession de déjeuners entre Valentin et sa femme (impeccable Penelope Ann Miller) évoquant Citizen Kane d’Orson Welles. Devant The Artist, le cinéphile retrouve pour ainsi dire sa pureté, voire sa virginité, de spectateur, oubliant momentanément toute la technologie d’aujourd’hui pour se laisser porter par l’émotion pure.

Trouver sa voix Critique par Voir - . Cote: 3.5

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