Carnage

Réalisateur
Roman Polanski

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Adaptation de la pièce de Yasmina Reza, Carnage, de Roman Polanski, illustre avec éloquence que sous le vernis social se cachent des relents de barbarie.

En plan très large, des enfants s’amusent dans un parc. Ou du moins, semblent-ils le faire. Tandis que les percussions tribales d’Alexandre Desplat résonnent avec de plus en plus d’insistance, le jeu devient de plus en plus dangereux. Et vlan! L’un des gamins reçoit un coup de bâton sur la tête d’un camarade.

Cette brève mais percutante entrée en matière est le prétexte de la rencontre de deux couples: les BCBG Penelope et Michael Longstreet (Jodie Foster et John C. Reilly), parents du garçon "défiguré" par la bastonnade; les bourgeois Nancy et Alan Cowan (Kate Winslet et Christoph Waltz), parents dudit bourreau. En invitant les seconds, les premiers veulent amener le fautif à faire amende honorable auprès de la victime.

Les échanges, sans cesse interrompus par la sonnerie du portable d’Alan, qui s’ensuivront feraient passer les personnages de Who’s Afraid of Virginia Woolf d’Albee pour des anges tant les couteaux voleront bas. Et ce, pour le plus grand plaisir du spectateur qui se délectera des répliques d’une savoureuse cruauté de Yasmina Reza. À mesure que le vernis s’effritera, ce dernier sera tenu en haleine, impatient de savoir comment aboutira cette féroce quadrille. Pour ajouter à son plaisir, chaque acteur joue impeccablement sa partition.

Avec des huis clos tels Le couteau dans l’eau, Repulsion et Death and the Maiden, Roman Polanski a prouvé depuis longtemps que d’être confiné entre quatre murs ne brimait en rien son inspiration. De connivence avec la dramaturge, le cinéaste illustre avec une acuité décapante l’hypocrisie des bien-pensants, l’égoïsme des nantis et l’indifférence de ces grands enfants gâtés.

Par sa façon judicieuse de mouvoir les corps dans l’espace, Polanski traduit les jeux de pouvoir d’abord entre les deux couples, puis au plus fort de cette guerre froide, entre les quatre individus. Ainsi se plaît-il à multiplier les jeux de miroirs, à cadrer les personnages de près, de sorte à exacerber leur sentiment d’une promiscuité non désirée. Alors que Polanski s’amuse à déplacer les personnages, tels des pions sur un échiquier, le rire du spectateur devient de plus en plus sardonique. De fait, comment ne pas reconnaître dans cette jouissive joute oratoire nos petits travers?

Ils étaient quatre qui voulaient se battre Critique par - 2012-01-26
Cote: 3.5

Carnage

Réalisateur : Roman Polanski

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