Au coeur des paysages de son Italie bien-aimée, Carole Bouquet incarne une femme insaisissable dans Impardonnables, d’André Téchiné.

Rencontrer une icône de beauté comme Carole Bouquet en compagnie de journalistes people, c’est inévitablement avoir droit à des questions sur l’art de vieillir avec grâce, auxquelles elle répond non sans humour, et sur son vignoble en Italie où elle produit son doux Sangue d’Oro (toujours pas vendu à la SAQ). Heureusement, l’ex-égérie de Chanel a pu aussi exprimer sa passion pour le dernier Téchiné, Impardonnables, où elle incarne une femme mystérieuse qui rendra fou d’amour un auteur de romans policiers (André Dussollier).

"Mystérieuse? Je ne crois pas. Je ne dirais pas que Judith est faite de zones d’ombre, c’est juste qu’elle ne raconte pas toute sa vie. Francis va fantasmer sur elle, beaucoup trop d’ailleurs, car ce qu’il va imaginer est délirant. Comme elle a 50 ans, elle a eu une vie, des aventures. C’est quelqu’un de plutôt libre, une amoureuse qui a suivi ses pulsions, ses désirs."

L’endroit de la rencontre entre Judith et Francis, c’est Venise. Cela dit, oubliez l’image des amoureux en gondole roucoulant sous le pont des Soupirs, la Venise d’André Téchiné est plutôt glauque, sombre, inquiétante: "Glauque? Non! Venise est une île de dédales où l’on passe son temps à se perdre. C’est vraiment un labyrinthe et c’est ce qui amusait Téchiné. Venise est une ville secrète, c’est une ville d’ombres, les gens y sont très fermés. Contrairement au film, Venise n’est pas un endroit de rencontre. Il faut oublier l’image de Casanova…"

La magnifique actrice poursuit: "Passer trois mois à Venise quand toute la ville est à vous, c’est-à-dire en dehors du circuit touristique, c’est extraordinaire! On oublie souvent que Venise est une île; c’est un détail important pour le film, pour la vie. Si vous vivez en dehors de ce circuit, qui est un chaos, vous menez une vie d’insulaire, où le temps s’est arrêté. En plus, sur cette île, on est isolé au milieu de merveilles, que ce soit la musique, la peinture, la sculpture."

Bien qu’Impardonnables soit l’adaptation d’un roman de Philippe Djian, Bouquet ne l’a lu qu’après le tournage: "J’ai beaucoup puisé chez Téchiné et dans la ville. André travaille de manière très particulière; il fabrique les scènes le jour même, chacune différemment d’une autre. Chaque ville inspire un rythme, une manière de bouger. C’était un plaisir de m’imprégner de ces lieux. J’ai besoin des gens, des lieux, de la nourriture, de la lumière; tout ça va nourrir mon personnage."

Carole Bouquet conclut: "J’adore ce film d’André Téchiné, vraiment! J’avais 53 ans au moment du tournage, et c’est l’un des plus grands rôles de ma carrière. J’ai commencé ma carrière à 18 ans; à cette époque, j’étais terrorisée, il faut dire que j’ai tourné mon premier film avec Buñuel (Cet obscur objet du désir). Aujourd’hui, je me sens plus libre et j’ai la chance qu’on m’offre encore de beaux rôles. À 20 ans comme à 50 ans, il faut être patient dans ce métier. L’important, c’est d’accepter son âge et ne surtout pas prétendre être plus jeune."

Les frais du voyage à Paris ont été payés par Unifrance.

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Impardonnables

À l’image de ses personnages opaques et antipathiques, Impardonnables possède un je-ne-sais-quoi d’insaisissable, comme s’il refusait d’être aimable. Récit d’une double filature commandée par un écrivain en panne d’inspiration (André Dussollier, vulnérable), celle de sa fille disparue (Mélanie Thierry, peu rassurante) et de son nouvel amour qu’il soupçonne du pire (Carole Bouquet, sensible sous ses allures glaciales), Impardonnables parvient toutefois à capter l’intérêt du spectateur. Et ce, malgré un rythme languide que soulignent avec insistance les fondus au noir. Si la Venise d’André Téchiné ne donne pas froid dans le dos comme celle de Roeg (Don’t Look Now), elle s’avère troublante à souhait – les violons obsédants de Max Richter y aidant. Dommage que la finale ne se révèle pas à la hauteur des attentes.

Fugues vénitiennes Critique par Voir - . Cote: 3

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