Prix du jury au Festival de Cannes, Polisse, de Maïwenn, illustre crûment le quotidien de la Brigade de protection des mineurs.
C’est après avoir découvert à la télévision un documentaire sur la Brigade de protection des mineurs que Maïwenn (Pardonnez-moi, Le bal des actrices) a ressenti le besoin de faire un film sur les gens ordinaires oeuvrant dans cette escouade et chaque jour confrontés aux pires horreurs.
"C’est en les observant, racontait-elle lors de son passage à Cinemania, et en découvrant leurs actions et leur sensibilité sur le terrain que j’ai finalement trouvé le bon angle pour le film. J’ai choisi d’en faire une chronique et de m’intéresser au quotidien de mes personnages plutôt que de construire le récit sur une seule affaire qu’ils devraient régler à la fin. Pour moi, c’était un parti pris narratif d’importance. Je sentais qu’il fallait véritablement découvrir les protagonistes dans la durée afin d’avoir accès à leurs conflits émotionnels et à leur sensibilité profonde."
Oscillant constamment entre le drame de moeurs étouffant et la comédie baroque quasi burlesque, Polisse est une étrange réalisation qui met en vedette une brochette d’acteurs déjà entrevus chez la cinéaste (Joey Starr, Karin Viard, Marina Foïs) et d’autres nouveaux venus, comme Nicolas Duvauchelle, Jérémie Elkaïm et Sandrine Kiberlain, qui s’ajoutent parfaitement à la troupe.
Alors qu’elle avoue candidement avoir de la difficulté à parler de ses films, Maïwenn raconte que le cinéma demeure pour elle une affaire de passion: "J’ai du mal à expliquer ce que je fais et les raisons pour lesquelles je le fais, souligne-t-elle avec beaucoup d’à-propos. Parfois, les gens voient ça comme une forme de snobisme, mais ce n’est pas ça du tout. C’est juste que je suis modeste et que je ne comprends pas ce qui se passe autour de mes films."
"Pour moi, conclut-elle, l’envie de faire des films se compare parfaitement au sentiment amoureux. On ne comprend pas pourquoi on est amoureux de telle personne car on sait que ce n’est pas la plus belle, que ce n’est pas la plus intelligente et que ce n’est pas la personne qui nous rend le plus heureux, mais c’est comme ça. On est habité par cette personne et c’est notre instinct qui nous dicte nos choix. Pour moi, faire un film, c’est la même chose: c’est plus fort que tout et il faut le faire, quoi qu’il arrive."
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Polisse
Évoquant à la fois L.627 de Bertrand Tavernier par son souci d’authenticité et Entre les murs de Laurent Cantet par sa fébrilité, Polisse s’avère une saisissante et vertigineuse plongée au coeur d’histoires de pédophilie, d’inceste, de prostitution juvénile et de banalisation de la sexualité des ados. Des récits qui font mal à entendre, que Maïwenn et sa coscénariste, l’actrice Emmanuelle Bercot, racontent dans une langue crue, sans faux-fuyant. Entre ces moments troublants et déchirants, la cinéaste s’immisce dans la vie personnelle des policiers dont l’exutoire est de parler… crûment de sexualité, d’où ces moments d’une franche drôlerie permettant de se relever des coups sur la gueule que sont les interrogatoires. Il est toutefois regrettable que Maïwenn se soit faufilée gauchement à travers l’impressionnante distribution dans un rôle servant artificiellement de fil rouge entre le travail et l’intimité. (Manon Dumais)




