Dans Payback, sa première adaptation cinématographique, Jennifer Baichwal donne vie à l’essai de Margaret Atwood Comptes et légendes, la dette et la face cachée de la richesse.
Paru l’année de la crise sous le titre Payback Debt and the Shadow Side of Wealth, l’essai prophétique de Margaret Atwood, inspirée par le phénomène de plus en plus important qu’est le surendettement, suggère que nous concevons le monde sous l’angle de la dette. Ainsi, de la naissance à la mort, nous devons à notre famille, à notre société et à notre planète.
Approchée par l’ONF pour adapter Payback, la documentariste Jennifer Baichwal (Manufactured Landscapes) a d’abord refusé, sous prétexte qu’elle connaissait peu le domaine de la finance: "Comme la plupart des gens, je ne concevais la dette que sous sa forme financière; or, l’argent est un outil d’échange, de relation. Toutes les connexions que Margaret Atwood établit dans son livre concernent les relations. J’ai alors pensé que si je pouvais trouver de vraies histoires qui incarneraient ces relations entre le débiteur et le créancier, cela pourrait donner un film intéressant."
De l’Albanie, où existe le Kanun, cruel code d’honneur, aux champs de tomates floridiens où sont exploités des travailleurs mexicains, Baichwal, secondée par son mari, le directeur photo Nicholas de Pencier, dont on reconnaît le souffle poétique, explore la dette sous toutes ses formes. Afin d’enrichir la réflexion, la cinéaste s’est entourée de gens s’interrogeant depuis longtemps sur la notion de dette, de vengeance et de pardon, dont Raj Patel, auteur de The Value of Nothing, William Rees, père du concept de l’empreinte écologique, Louise Arbour et… Conrad Black. Quant à Margaret Atwood, on la retrouve partageant ses idées lors de conférences, lesquelles furent le point de départ de son essai.
"Au début du livre, elle demande si la notion d’équité est innée chez notre espèce en s’appuyant sur les contes de fées où les bons l’emportent sur les méchants. Si, de fait, l’équité est innée chez l’être humain, nous percevons ce que nous devons et ce que l’on nous doit. Dans des situations extrêmes, on rencontre des cas individualistes, compétitifs et impitoyables qui deviennent des modèles dans notre système économique. Pour ma part, je pense que dans la majorité des cas, la vie est bien différente et que chacun de nous se livre à des actes de réciprocité altruiste", conclut Baichwal sur un ton rassurant.






Pour ceux que le sujet intéresse, il faut lire « Le don, la dette, et l’identité » de Jacques T. Godbout.