Après avoir traité de l’immigration dans Welcome, Philippe Lioret s’intéresse au surendettement dans Toutes nos envies.

En même temps que prend l’affiche Payback de Jennifer Baichwal, d’après Comptes et légendes de Margaret Atwood (lire l’entrevue dans notre section Société), s’amène sur nos écrans Toutes nos envies, d’après D’autres vies que la mienne d’Emmanuel Carrère. Cependant, n’allez pas dire à Philippe Lioret qu’il y est question du surendettement…

"Ce n’est qu’un prétexte, affirmait le réalisateur rencontré à Paris. Je ne fais pas de films pour le sujet, mais pour le ressenti. Je pars sur des thèmes que je pense d’actualité, mais je m’en sers pour raconter une histoire d’êtres humains. Là, ce qui m’intéressait, c’était un récit d’amour singulière, entre un homme et une femme, où l’on s’effleure la main. Ça faisait longtemps que j’avais envie de la raconter."

Toutes nos envies relate la rencontre entre une jeune juge au tribunal de Lyon (Marie Gillain) et un confrère (Vincent Lindon) qu’elle tente de convaincre de la suivre dans sa lutte contre le surendettement: "Je me suis très librement inspiré du livre d’Emmanuel Carrère, car celui-ci est inadaptable. Il y a une phrase qui m’a beaucoup plu, celle d’Étienne à Juliette: "Au moins, on aura fait ça." Ce qui reste du film, c’est de se dire que c’est quand même bien de faire quelque chose dans sa vie. On a tous envie de laisser une trace parce qu’on a peur de mourir; toute forme artistique n’est là que pour ça. Tout le monde peut laisser quelque chose derrière soi au quotidien."

Avouant franchement craindre que son film ne rencontre pas son public, Lioret ne regrette toutefois pas le traitement emprunté pour aborder un sujet commun à un trop grand nombre d’entre nous: "On vit dans un monde où tout coûte de plus en plus cher alors que l’on gagne de moins en moins d’argent. On vous propose d’emprunter, vous vous retrouvez ensuite dans une spirale de surendettement, puis on vous propose à nouveau d’emprunter pour rembourser un prêt contracté avant… Cette fuite en avant est terrible. J’ai l’impression d’être plus dans la vraie vie que si j’en avais fait une comédie. Je ne voulais pas divertir pour divertir, faire comme Mary Poppins en faisant couler la médecine avec un morceau de sucre. Cela dit, le film n’est pas que noir. Il y a beaucoup d’espoir."

Les frais du voyage à Paris ont été payés par Unifrance.

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Toutes nos envies

Avec la sensibilité qu’on lui connaît, Philippe Lioret parvient à traiter d’un thème pour le moins aride de façon à faire de Toutes nos envies un film d’action… humaniste. De fait, la lutte à laquelle se livreront deux juges sans histoire après avoir découvert le drame d’une jeune mère criblée de dettes (Amandine Dewasmes) se transformera en une fébrile course contre la montre où la tension n’aura d’égale que l’émotion. Si leur combat paraîtra tout du long utopiste, celui-ci donne néanmoins de l’élan à ce drame social menaçant à tout moment de céder au mélodrame larmoyant. À la force tranquille de Vincent Lindon, en juge ayant baissé les bras, la gravité de Marie Gillain, en pasionaria de la justice, s’avère le parfait complément.

Combat ultime Critique par - 2012-03-15
Cote: 3

Toutes nos envies

Réalisateur : Philippe Lioret

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