Jean-Pierre Darroussin incarne un homme révolté dans De bon matin de Jean-Marc Moutout.

Inspiré d’un fait divers de 2004, De bon matin de Jean-Marc Moutout (Violence des échanges en milieu tempéré) met en scène Jean-Pierre Darroussin dans le rôle d’un chargé d’affaires dans une banque. Las de la corruption ambiante, de la déshumanisation de l’entreprise, l’homme se rend au travail où il abat froidement deux de ses patrons (Xavier Beauvois et Yannick Renier). Enfermé dans son bureau, il revoit le fil de sa vie.

"Ce qui est troublant, c’est qu’il a tout pour être heureux, résume Darroussin, de passage au Festival du nouveau cinéma. Il a réussi, il a participé au succès de l’entreprise. Au final, il agit comme un repenti. Il se rend compte qu’il a été entraîné sur un chemin qui n’était pas forcément le sien et c’est ce qui le dégoûte."

Les premières images nous montrent un homme confiant, presque zen, exécutant les gestes rituels du matin. La caméra s’approche de lui au point de créer une intimité dérangeante entre le personnage et le spectateur.

"La caméra est très près de moi, de la peau du personnage, de sa vibration, pour nous communiquer la souffrance de cet individu, sa difficulté à surmonter ses contradictions. L’enjeu du personnage, c’est d’être au creux du film. Le film décortique l’impact sur un individu d’une façon d’organiser la vie en entreprise. Ce sont deux meurtres extrêmement prémédités, c’est d’ailleurs l’histoire de cette préméditation que le film raconte. Ses gestes du quotidien résonnent un peu plus ce jour-là, car c’est le jour ultime."

Avant de commettre l’irréparable, cet homme cherchera l’appui de ses collègues en dénonçant les manigances de ses supérieurs, mais ceux-ci feront la sourde oreille. L’homme sera donc seul au combat.

"Il est dans une démarche sacrificielle, conclut Jean-Pierre Darroussin. Instinctivement, les gens courbent l’échine puisqu’ils savent bien qu’une telle démarche peut déboucher sur un acte violent. La flexibilité marche jusqu’à un certain point, on se tord, on est souple jusqu’à ce que ça casse. Et là, il semble qu’on soit dans un moment où ça casse de plus en plus. Certaines boîtes ont profité énormément au détriment de l’épanouissement des gens; c’est une espèce de leurre de penser qu’il y a des retombées pour tous."

ooo

De bon matin

Alors que les premiers plans de ce drame social annoncent une approche charnelle, organique, De bon matin laisse peu de place à l’émotion tant Jean-Marc Moutout propose une mise en scène clinique, misant sur les décors sans âme d’une entreprise corrompue. Même dans sa façon de montrer le double meurtre de sang-froid, on devine qu’il n’a pas voulu axer sur la violence, mais plutôt faire de nous les spectateurs impuissants d’un drame cruel. Malgré une finale télégraphiée, la tension demeure palpable lorsqu’est racontée à rebours la chute de cet homme ordinaire en rupture avec un système où règne l’injustice. Avec sa stature imposante, son regard intense, Jean-Pierre Darroussin donne à cet homme torturé et complexe une troublante humanité.

Règlement de compte Critique par Voir - . Cote: 3

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