En attendant La nouvelle guerre des boutons de Christophe Barratier, voici La guerre des boutons de Yann Samuell, laquelle n’est pas un remake du classique d’Yves Robert…
Lors de la rencontre en janvier, Yann Samuell (Jeux d’enfants) prétendait qu’il ressentait une grande colère. La raison? Alors qu’il planchait sur l’adaptation du roman de Louis Pergaud depuis trois ans, il a appris que Thomas Langmann se préparait à produire lui aussi sa Guerre des boutons.
"Au début, je n’ai pas accordé plus de crédit que ça à cette histoire, puis en janvier ils ont sorti le scénario en disant qu’ils allaient faire le film plus vite. Et ils l’ont fait en six mois!" se souvient Samuell, qui pardonne à l’équipe de Langmann, mais qui n’a jamais voulu voir le film – pas même la bande-annonce -, sorti deux semaines après le sien.
Il faut dire qu’elle a été éprouvante, cette guerre de Guerre des boutons… Canal+ s’est retiré du projet après que Samuell eut refusé de repousser la sortie d’un an et de changer le titre du film. Le réalisateur raconte aussi qu’on aurait offert le double de leur salaire aux acteurs pour qu’ils quittent le plateau et menacé les techniciens en leur disant qu’ils ne pourraient plus jamais travailler.
La poussière retombée, Yann Samuell parle sans amertume de sa Guerre des boutons, qu’il a campée en 1957: "Il fallait que je trouve une époque charnière qui me rappelle un petit peu ma propre enfance, où je pouvais mettre plusieurs éléments en place, soit la naissance d’une forme d’indépendance de l’individu, la naissance du féminisme et le passage d’un monde rural à un monde technologique. J’ai donc choisi l’année où les Russes ont envoyé Spoutnik dans l’espace."
Trouvant le roman trop machiste, Yann Samuell a étoffé le personnage de Marie dite Lanterne (Salomé Lemire), petite soeur de Tintin (Bastien Bouillon), dont s’éprendra le chef de bande Lebrac (Vincent Bres). Dans cet univers où les enseignants paraissent de grands enfants (Éric Elmosnino et Alain Chabat), Samuell évoque la perte de l’innocence par l’entremise de Tintin revenant de la guerre d’Algérie.
"À l’époque, on appelait ça les événements d’Algérie, car on ne savait pas encore qu’on avait affaire à une guerre. C’était important qu’il y ait un personnage qui puisse attester ce qu’est une vraie guerre. On a beau parler de l’Occupation, je crois que pour les enfants d’aujourd’hui, ça ne parle de rien du tout", lance Samuell, visant peut-être à mots couverts la version de Barratier, campée durant la Seconde Guerre.
Ayant refusé de situer l’action de nos jours afin d’éviter l’aspect cité glauque, Yann Samuell se défend d’avoir voulu critiquer la façon d’élever les enfants d’aujourd’hui en montrant les jeunes d’hier en totale liberté dans la nature.
"J’ai montré ce que pouvait être l’enfance, la germination d’un individu au milieu d’une société, comment la société se construit à partir de personnages. Chacun y voit ce qu’il veut. Moi, je ne peux que déplorer que l’enfant ait moins de liberté et qu’il préfère jouer à la Wii que de jouer réellement. C’est l’époque moderne, qui a aussi ses avantages."
Les frais du voyage à Paris ont été payés par Unifrance.
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La guerre des boutons
Raconté à hauteur d’enfants turbulents, dirigés de main de maître par Yann Samuell, cette nouvelle adaptation de La guerre des boutons n’a de moderne que sa réalisation agitée. Tandis que Mathilde Seigner en mère Lebrac lance des regards courroucés et qu’Éric Elmosnino et Alain Chabat s’en donnent à coeur joie à se lancer de vertes insultes à la tête, le récit de ces bandes d’enfants se livrant une guerre farouche depuis des générations se déroule assez rondement. Le hic, c’est que les enjeux du récit paraissent plutôt minces, malgré la dimension dramatique qu’y apporte Samuell. Enfin, s’il ne reprend pas la célèbre réplique du film de Robert ("Si j’avais su, j’aurais pas venu!"), Tigibus (Tristan Vichard) demeure le plus adorable des gamins sur ce terrain de jeux carburant à la mignardise et à la nostalgie.





