Après avoir été révélés par le Jamel Comedy Club, Fabrice Éboué et Thomas N’Gijol se sont lancés dans l’écriture de Case départ, leur premier long métrage.

En s’attelant à l’écriture de Case départ, Fabrice Éboué et Thomas N’Gijol étaient loin de se douter qu’ils avaient entre les mains un projet qui attirerait 1,8 million de spectateurs en France. Comme leur seule ambition était de pondre un film qui leur ressemblerait, tous deux ont tout naturellement décidé de se mettre en scène et de réaliser eux-mêmes leur projet – une décision qu’ils ne regrettent pas aujourd’hui.

"Lorsqu’un projet te ressemble autant, racontait Fabrice Éboué au Festival du film black de Montréal, tu ne peux pas simplement le donner à quelqu’un d’autre puisque le risque qu’il en fasse quelque chose de complètement différent est trop élevé. Pour nous, à tout le moins, cela était impossible à envisager."

Plutôt que de se casser les dents en ne reconnaissant par leurs limites, les deux hommes se sont assuré la collaboration de Lionel Steketee – un 1er assistant réalisateur d’expérience qu’Éboué avait rencontré sur le plateau de Fatal de Michaël Youn (2010) – pour l’aspect technique de la production. Un choix audacieux, qui aurait pu faire reculer de nombreux producteurs: "On ne dit pas que c’est un exemple à suivre, précise Thomas N’Gijol, mais il faut reconnaître que nous avons trouvé un équilibre dans ce triangle artistique et que pour nous, cela a été une solution parfaite."

Même s’il fallait une certaine audace pour orchestrer ce genre de production, c’est véritablement grâce à l’originalité de son propos que Case départ a pu faire sa marque. Ainsi, à travers un récit fantastique dans lequel deux demi-frères indignes sont propulsés dans le passé afin d’être confrontés à l’esclavage de leurs ancêtres, Éboué et N’Gijol ont réussi à construire une réflexion remplie d’humour qui déborde amplement les cadres du simple pense-bête pour s’élever à la hauteur d’un objet de méditation sur l’identité française contemporaine.

"Certains ont laissé entendre que nous souhaitions réaliser une simple comédie sur l’esclavage, mais nous ne sommes pas si bêtes, explique Éboué. Le code moral du film était simple: respecter le cadre historique et ne pas faire un film manichéen. En montrant que les choses évoluent de façon très positive dans le temps, nous avons voulu décontracter les spectateurs et les laisser apprécier les rapports entre nos deux personnages, là où se déroulent les véritables enjeux du film. En filigrane, nous traitons aussi de la question de l’intégration, mais comme il s’agit d’une problématique très sensible chez nous, nous ne souhaitions pas l’aborder de front."

"Il faut dire, poursuit N’Gijol, que nous devions d’abord tourner le film en Martinique, mais que des propriétaires de plantations nous ont refusé l’accès à leurs terres parce qu’ils se sentaient inconfortables à l’égard de certaines scènes que nous avions écrites. L’ironie a voulu que nous ne puissions pas tourner notre film en France, terre de démocratie et berceau des droits de l’homme, mais que nous puissions le faire à Cuba, l’une des dernières dictatures du monde… Je pense que cela illustre plutôt bien les malaises qui gangrènent notre pays et le besoin véritable d’aborder ces questions, ne serait-ce que par le biais de l’humour."

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Case départ

On ne parle certainement pas d’un chef-d’oeuvre, mais il n’en demeure pas moins que cette comédie historico-fantastique de Lionel Steketee, Fabrice Éboué et Thomas N’Gijol possède suffisamment de qualités pour s’élever au-dessus de la majorité des comédies françaises contemporaines. L’humour y est généralement efficace et la représentation historique, réussie. Évidemment, le projet n’échappe pas aux écueils habituels de la caricature, mais le manque de finesse de la représentation est généralement racheté par un scénario habile, qui reporte sur le dos des deux demi-frères le poids des plus grosses absurdités. Même si elle ne peut aspirer à la transcendance en raison de ses limites évidentes, la réflexion sociale qui traverse Case départ s’avère pertinente et plutôt audacieuse. L’humour à des fins pédagogiques et discursives? Pourquoi pas!

À l'origine Critique par Voir - . Cote: 3

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