Le vénérable Michel Piccoli incarne un pape en cavale dans Habemus Papam de Nanni Moretti.
Même si on le retrouvera deux fois plutôt qu’une dans la cuvée 2012 du Festival de Cannes (Holy Motors de Leos Carax et Vous n’avez encore rien vu d’Alain Resnais), Michel Piccoli a lancé ceci lors de la conférence de presse cannoise suivant la projection de Habemus Papam, l’an dernier: "Terminer avec Nanni Moretti, c’est parfait. Voilà, c’est fini."
Il est vrai que ce rôle d’un cardinal français craquant sous la pression après avoir été élu souverain pontife aurait clos magnifiquement la carrière de celui qui connut la gloire avec Le mépris de Godard et fut l’un des acteurs fétiches des Buñuel, Sautet et Ferreri. "Je connaissais tous les films de Nanni Moretti, alors j’ai dit "oui" tout de suite, mais pas lui. Je suis arrivé avec le costume à Paris, j’avais appris mon texte en italien, et puis il est repassé quelques jours plus tard."
Pour les besoins d’une scène cruciale, Piccoli a dû pousser un long cri: "Ce cri ne veut rien dire et en même temps il veut tout dire: "Je ne peux pas!" On a tous eu ce sentiment de panique face à un événement, pas nécessairement crucial. J’ai fait le cri et Nanni a voulu le parfaire. Et puis il m’a encore dit "non". J’ai toujours été extrêmement attentif aux metteurs en scène et à mes partenaires; j’écoute plus que je ne parle. La troisième fois, Nanni m’a demandé de faire un cri dans un bistro; ça, ce n’était pas facile, mais très amusant."
Face à Piccoli, Moretti incarne un psychanalyste, qui sera bientôt coincé au Vatican alors que le pape parcourra les rues de Rome: "Lorsque je racontais des choses sur un pape déprimé, les gens croyaient que j’allais l’interpréter. C’est en introduisant le personnage du psy que je me suis rendu compte que c’était ce rôle-là que je voulais jouer, et c’est arrivé tout naturellement que celui-ci organise un tournoi de volleyball avec les cardinaux."
Amusante incursion au Vatican, Habemus Papam est à des lieues du Caïman, brûlot anti-Berlusconi de Moretti: "On s’attendait à ce que je dénonce le Vatican, mais je ne voulais pas parler des prêtres pédophiles ni des scandales financiers. L’an dernier, dans les journaux, on pouvait lire plein de choses qu’on savait déjà; l’Église semblait avoir perdu toute crédibilité et autorité. Jerzy Stuhr (ndlr: l’acteur tenant le rôle du porte-parole du Vatican) revenait de Pologne où l’on remettait en question la figure de Jean-Paul II. Je ne voulais pas traiter de cela; j’avais mon pape et mes cardinaux, alors j’ai continué mon film et puis l’atmosphère de l’été dernier s’est évanouie."
"Je n’ai pas rencontré d’obstacles, on a reconstruit le Vatican d’après des documents existants. J’ai voulu créer un Vatican plus sobre que d’habitude sur le plan iconographique. J’ai vu beaucoup de films sur le Vatican et le conclave, mais je n’avais pas envie de raconter ceux-là", a conclu le président du jury cannois 2012.
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Habemus Papam
Dans cette incursion tendre, amusante et pleine de finesse dans les coulisses du Vatican, se dessine en filigrane une critique de l’Église catholique ne manquant pas de mordant. Ainsi Nanni Moretti a-t-il représenté les cardinaux comme un troupeau de gamins irresponsables priant à tue-tête afin de ne pas devenir le prochain pape. Plus tard, ceux-ci se transforment, sous l’emprise d’un psy tyrannique (Moretti), en pitoyables joueurs de volleyball dans un tournoi qui s’éternise au détriment du récit. Privilégiant les plans larges, le cinéaste semble vouloir montrer la petitesse et l’insignifiance de ces hommes ayant sacrifié leur existence à Dieu. Bouleversant d’humanité et d’humilité, Michel Piccoli livre le coup de grâce dans une scène où l’infaillibilité du pape et le rôle de l’Église catholique sont sérieusement remis en question, voire nargués. Amen!




