Prix du public à Sundance en 2010, Contracorriente, de Javier Fuentes-León, illustre un triangle amoureux inusité.
Dans un petit village péruvien sis au bord de la mer, Miguel (Cristian Mercado), pêcheur, et Santiago (Manolo Cardona), peintre, vivent à l’insu des villageois une torride passion. Le hic, c’est que Miguel est marié à Mariela (Tatiana Astengo), enceinte de leur premier enfant. Un jour, Santiago apparaît à Miguel sous la forme d’un fantôme. Dès lors, le pêcheur devra choisir entre garder son spectre d’amant près de lui ou retrouver son corps et l’enterrer selon les rites du village.
Charmante romance surnaturelle, ce premier long métrage de Javier Fuentes-León propose une belle réflexion sur l’amour, l’orientation sexuelle et la tolérance. D’un réalisme magique sobrement amené (le fantôme n’a rien des revenants des films d’épouvante), Contracorriente combine habilement conte, mélodrame et comédie à saveur sociale sans que les thèmes qu’il défend ne viennent alourdir le récit.
Porté par un rythme paisible, baigné de lumière sensuelle, Contracorriente évoque pourtant par moments le dur univers du Vieil homme et la mer d’Hemingway et les déchirements d’un amour impossible tel que le vivaient les deux cowboys de Brokeback Mountain d’Ang Lee. À cela Fuentes-León apporte une légèreté vivifiante, un ludisme bon enfant qui offrent de savoureux contrepoints aux scènes plus tragiques alors que les villageois forment un choeur hostile envers les amoureux maudits. Pour ajouter au plaisir du spectateur, le réalisateur conclut sur une vibrante note d’espoir sans lui faire la morale.





