Prix de la FIPRESCI l’an dernier à Karlovy Vary, Collaborator, premier film de l’acteur Martin Donovan, a aussi valu à David Morse le Prix d’interprétation masculine.
Rien ne va plus pour le dramaturge Robert Longfellow (Martin Donovan): les critiques de sa dernière pièce sont dévastatrices, son mariage avec Alice (Melissa Auf der Maur) bat de l’aile et sa liaison avec la célèbre actrice Emma Stiles (Olivia Williams) n’est pas au beau fixe. Réfugié chez sa mère (Katherine Helmond), Robert reçoit la visite de Gus (David Morse), voisin tout juste sorti de prison dont il évite la compagnie depuis l’enfance. Ce qui devait être un amical tête-à-tête tourne rapidement à la prise d’otage. Pendant que les médias couvrent l’événement, Robert et Gus se découvrent des points communs.
Avec ses bulletins de nouvelles évoquant davantage Entertainment Tonight que Le téléjournal, Collaborator propose une vision satirique, voire caricaturale, des médias et du culte de la célébrité au détriment de la vie privée. Ainsi, Robert, proie de choix des médias, en vient à s’imaginer vivre sa vie sur scène devant un public cruel dans une scène qui n’est pas sans rappeler Le charme discret de la bourgeoisie de Buñuel.
"Je n’ai pas vu ce film, s’excuse Donovan, rencontré l’an dernier à Karlovy Vary, mais je savais bien que je ne pouvais rien écrire qui n’ait déjà été fait. Les médias sont une cible facile, ils sont comme des vautours, se nourrissent des malheurs des gens. Je sais que je ne fais que taper sur le même clou, mais j’étais intéressé à explorer le genre d’informations auxquelles sont limités les spectateurs américains, des infos de plus en plus nivelées par le bas. Gus, c’est à ces infos qu’il a droit, par lesquelles il voit et interprète le monde."
"Je partage l’opinion de Martin sur les médias, affirme Morse. Ce que je trouvais aussi intéressant dans Collaborator, c’est que dans cette maison, on assiste à la rencontre de deux êtres humains; la rencontre est si personnelle, si intime et en même temps incontrôlable, que bientôt la situation les dépasse tous les deux."
Autour de plusieurs bières, Robert tente d’amadouer Gus en lui donnant la chance de parler à Emma, actrice qu’il admire. Il ira même jusqu’à s’amuser à improviser des dialogues pour lui prouver que la création est également à sa portée. Donovan se défend cependant d’avoir voulu se moquer du processus d’écriture, ayant lui-même aspiré à devenir dramaturge adolescent, mais n’ayant commencé à écrire que dans la quarantaine.
"C’était une question de mûrir et d’acquérir une discipline d’écriture, confie l’acteur/scénariste/réalisateur, c’était très difficile pour moi lorsque j’étais jeune, je n’arrivais pas à me concentrer. L’humour me vient cependant naturellement puisque j’ai été élevé par une mère irlandaise qui avait tout un sens de l’humour; il y avait aussi beaucoup de rires dans l’autre moitié de ma famille, surtout de l’humour noir. C’est donc une seconde nature pour moi."
"Les gens arrivent à écrire lorsqu’ils sont jeunes, avance David Morse, mais je pense qu’il faut vivre un peu avant de s’y mettre sérieusement, d’avoir vraiment quelque chose à dire, quelque chose qui vous habite, que ce soit une émotion ou une connaissance, que vous avez envie de partager avec le monde."
Même si les deux hommes aux idées politiques diamétralement opposées, Robert étant de gauche, Gus de droite, parviendront par moments à s’entendre, la situation demeurera tendue puisque Gus ne lâchera pas son arme et que la maison des Longfellow sera cernée par la police et la presse. Malgré ses airs menaçants, Gus n’en reste pas moins touchant.
"Je crois que cela est dû à Martin, révèle modestement l’acteur, je ne suis là que pour servir ce que Martin a créé sur papier. Je n’ai qu’à m’abandonner à sa volonté. Gus est un personnage sensible, bon vivant, j’aimais son humour et aussi le fait qu’il s’assume totalement."
"Robert n’a pas du tout cette aisance, note Donovan, tandis que Gus a cette grâce, cette dignité, il sait très bien qui il est; Robert, lui, éprouve un certain dégoût envers lui-même. Cela n’excuse en rien son crime, car Gus est responsable de ce qu’il a fait, mais c’est aussi une victime d’une certaine façon, un rejet de la société."
"Gus est le genre de personnage dont on entend brièvement parler dans les faits divers, conclut Morse. Une femme sort un couteau, on lui tire dans la poitrine, et le tout est traité en un paragraphe dans les journaux. Dans Collaborator, on donne un visage humain à ce type d’individu en racontant son histoire, sa vie. Pour moi, Gus n’est ni un tueur ni un psychopathe, mais une victime de la société."
Les frais du voyage en République tchèque ont été payés par le Festival international du film de Karlovy Vary.
///
Collaborator
Dramaturge sur le déclin, Robert (Martin Donovan, solide) se retrouve à son corps défendant coincé chez sa mère (Katherine Helmond, colorée) en tête-à-tête avec Gus (David Morse, à la fois inquiétant et attachant), ami d’enfance pour le moins perturbé. Première réalisation prometteuse de Donovan, Collaborator s’avère un huis clos agréablement tendu où s’affrontent à coups de répliques savoureusement piquantes deux acteurs en totale maîtrise de leurs moyens. Sachant maintenir le suspense jusqu’au dénouement tristement inévitable, Donovan incorpore par moments quelques conventions théâtrales, lesquelles alourdissent quelque peu le rythme, bien qu’elles apportent une certaine fantaisie et un je ne sais quoi de cauchemardesque. En revanche, sa satire des médias se révèle plutôt efficace.





