Après Tout est pardonné et Le père de mes enfants, Mia Hansen-Løve poursuit sa réflexion sur la séparation dans le solaire et mélancolique Un amour de jeunesse.

Camille et Sullivan (Lola Creton et Sebastian Urzendowsky) s’aiment d’un amour absolu. Lorsque Sullivan part pour l’étranger, Camille tente de mettre fin à ses jours. Quelques années plus tard, alors qu’elle poursuit de brillantes études en architecture, le jeune homme réapparaît. Camille sacrifiera-t-elle son nouvel amour, son professeur d’architecture (Magne Havard Brekke), pour ce que sa mère (Valérie Bonneton) croyait n’être qu’un amour de jeunesse?

"J’ai préféré le titre Amour de jeunesse à Premier amour, explique Mia Hansen-Løve, parce qu’on dit toujours que le premier amour est le plus important, on l’associe toujours à beaucoup de nostalgie. J’aimais bien Un amour de jeunesse parce qu’il y a une forme d’ironie de ma part: par définition, un amour de jeunesse ne peut pas durer, alors que mon film raconte l’inverse. Je trouvais ça intéressant de prendre le contre-pied d’un lieu commun, d’une idée reçue."

Ayant tracé le portrait d’une jeune fille abandonnée par son père dans Tout est pardonné et celui d’une veuve courageuse dans Le père de mes enfants, la jeune cinéaste a voulu poursuivre son exploration de la disparition d’un être aimé en puisant dans sa propre histoire: "Le film est relativement autobiographique même si c’est une interprétation, une réinvention de mon histoire. Je dirais que c’est moins un film autobiographique qu’un autoportrait. Cette capacité à aimer comme celle de Camille, à tout donner pour l’amour, surtout à considérer que l’amour est la chose la plus importante au monde à une époque où ce n’est pas si courant, où l’amour est très déconsidéré, particulièrement chez les adolescents, c’est quelque chose qui a défini mon adolescence."

Suivant son héroïne durant huit ans, de 15 à 23 ans, Hansen-Løve n’a certes pas voulu tracer le portrait de sa génération, mais celui d’une femme mue par l’amour et le désir de création: "Dans le film, il y a un lien très fort entre la souffrance, l’amour, la capacité à aimer et la capacité à créer. Pour moi, l’amour et la souffrance sont indissociables de la création. Comme dans tous mes films, j’ai voulu faire un portrait; c’est dans ce sens-là que j’ai souvent dit que c’était une trilogie, car mes trois films sont trois portraits de femmes qui forment un tout cohérent. Après avoir fait les deux premiers, c’était comme s’il manquait un élément et pour aller jusqu’au bout, il fallait que je fasse celui-là. Un amour de jeunesse vient vraiment compléter les deux autres; il vient dire quelque chose que je n’avais pas exprimé, que j’avais refoulé."

Si elle n’a pas donné à son personnage le métier de cinéaste, Mia Hansen-Løve et Camille partagent cette impression que les lieux définissent ce que nous sommes; la maison de rêve en Ardèche de la future architecte est d’ailleurs une demeure chérie par la réalisatrice durant son enfance. Il y a également cette fascination pour l’ombre et la lumière, faisant d’Un amour de jeunesse un film à la fois solaire et mélancolique, à l’image de sa fébrile héroïne transportée puis détruite par l’amour.

"Pour moi, le cinéma est une quête de lumière. C’est ce qui me stimule, car j’ai l’impression que c’est ce qui éclaire l’obscurité. Toutefois, ce n’est pas qu’avec ça que les films se font, ils se font aussi avec la part la plus obscure; la lumière et l’obscurité sont organiquement liées. C’est aussi le sens de cette scène où le professeur explique aux élèves qu’ils ont le droit d’être obsédés par la lumière, mais qu’il faut créer à partir de l’obscurité. C’est vraiment quelque chose que j’ai compris grâce à un texte du grand architecte Ted Alonso; en fait, ça correspondait à des choses que j’avais comprises instinctivement en faisant des films", conclut Mia Hansen-Løve.

Les frais du voyage à Paris ont été payés par Unifrance.

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Un amour de jeunesse

Avec la sensibilité et la délicatesse qu’on lui connaît, Mia Hansen-Løve signe une fois de plus une vibrante étude de moeurs à travers le destin d’une femme marquée au fer par l’abandon. Interprétée avec aplomb par Lola Creton, Camille émeut et agace à la fois tant ses sentiments pour Sullivan (Sebastian Urzendowsky, juste) paraissent exacerbés, tant elle semble être une amoureuse insatiable et intransigeante. D’autant plus qu’on s’explique mal cet amour qu’elle porte à un jeune homme plus amoureux de l’amour que de sa compagne, préférant la fuite à l’engagement. Et pourtant, en voyant les jeunes tourtereaux se promettre de s’aimer pour toujours, il y a fort à parier que plusieurs d’entre nous revivront en rafale quelques pans de leur passé amoureux.

Préférant l’observation pudique au mélo larmoyant, la réalisatrice se sert judicieusement de l’ellipse pour illustrer l’évolution de cette jeune battante qui trouvera la rédemption dans la création et dans les bras de son séduisant mentor (Magne Havard Brekke, d’une présence apaisante). De même, elle évitera l’approche psychologisante, traduisant le désir à travers la sensualité des gestes et le non-dit des corps. Autant Camille vivra des sensations fortes, autant Hansen-Løve s’en fera le témoin discret en privilégiant les plans moyens et larges. Si l’on pénètre l’intimité des couples, jamais le spectateur ne se sent voyeur. À filmer ainsi ses personnages, la cinéaste exploite du coup la beauté des lieux, des paysages, tout en instaurant un souffle poétique dans cet univers où alternent harmonieusement l’ombre et la lumière.

Un amour qui ne veut pas mourir Critique par Voir - . Cote: 3.5

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