Dix ans après La turbulence des fluides, Manon Briand signe Liverpool, une comédie romantique qui se voulait cynique mais qui s’est avérée prophétique.

Que ce soit la vitesse (2 secondes), le climat (La turbulence des fluides) ou le contexte social (Liverpool), les héroïnes de Manon Briand, une cycliste, une sismologue ou une préposée au vestiaire d’un bar branché, se retrouvent toujours à se battre contre un élément plus grand qu’elles.

"Je me "pitche" dans une aventure en y "pitchant" littéralement quelqu’un, explique la réalisatrice. Je cherche le déclencheur, à propulser quelqu’un hors de son milieu, à le sortir de sa timidité ou de sa tranquillité, de son petit confort. Cela répond probablement à mon fantasme personnel, qui est de constamment chercher l’inconnu, le nouveau, l’aventure."

Autre point reliant ces jeunes femmes: toutes trois semblent solitaires et en rupture avec leur époque. "Cela vient du fait que j’écris, poursuit Manon Briand, et quand on écrit, forcément, on se retrouve dans une bulle à part pour observer. À cause de la protection de l’écriture, on ne peut pas partager avec les autres tant que ce n’est pas terminé. Pendant une longue période, je vis donc seule avec mon affaire. C’est comme si j’avais une vie secrète intérieure qui fait que je vis à côté de mes souliers; en fait, c’est comme si je vivais deux vies à la fois."

Écrit il y a trois ans, le scénario de Liverpool paraît l’avoir été tout récemment tant il reflète de façon troublante l’air du temps. Ainsi, dans cette romance entre une jeune femme serviable (Stéphanie Lapointe) et un aspirant journaliste (Charles-Antoine Dubé), Manon Briand aborde la question des déchets électroniques et la place des réseaux sociaux dans notre vie.

"Très bizarrement, je l’ai écrit en me demandant comment on pouvait faire lever une foule au Québec, avoue celle qui trouve désolant qu’on exhibe sa vie privée sur les réseaux sociaux. Je me disais qu’on était trop apathique et que ça ne se passerait pas. J’étais un peu cynique face à l’extravagance où Internet et les réseaux sociaux s’en allaient. Mon fantasme était que ça explose, que ça serve à quelque chose de positif, et là, ça s’est passé avec le printemps arabe, le mouvement Occupy et ici au Québec, et ça m’a donné tort. Ça me désole pour mon point de vue de départ, mais je suis super contente que ça ait débloqué sur une solidarité sociale que j’espérais."

À travers le cynisme de la cinéaste, se devine un certain romantisme que l’on retrouve dans les propos d’Émilie: "C’est un duel de tons constant. Quand on est dans le romantisme lyrique, paf! je brise ça pour aller dans autre chose. Le drame n’est jamais complètement dramatique, je l’éclate avec un gag. Pourquoi? Parce que j’ai l’impression que la vie, c’est comme ça: jamais tout blanc ou tout noir. Je trouve ça plus divertissant ainsi, probablement parce que je n’aime pas être enfermée dans une boîte, dans un style. J’ai besoin de surprendre, d’abord me surprendre moi-même, en n’allant pas forcément où l’on croyait aller."

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Liverpool

Après avoir voulu rendre son manteau à une cliente du bar où elle travaille, Émilie (Stéphanie Lapointe, fade) se retrouve mêlée à une histoire d’héritage et de déchets électroniques. Heureusement pour elle, l’idéaliste Thomas (Charles-Alexandre Dubé, charmant) lui prêtera main-forte contre le véreux David (Louis Morissette, guère convaincant). Porté par le tube de Renée Martel et bénéficiant d’un pimpant look vintage (incluant un mignon clin d’oeil à Bande à part de Godard), Liverpool navigue allègrement entre la comédie romantique, la comédie policière et la comédie sociale. Gros programme, direz-vous. Certes, mais Manon Briand s’acquitte habilement de sa tâche, solidement secondée par Claudine Sauvé à la direction photo et par Richard Comeau au montage. Toutefois, plusieurs scènes tombent à plat en raison de la faiblesse de l’interprétation et, du coup, les enjeux dramatiques perdent de leur vigueur et le film, de sa saveur.

L'air du temps Critique par Voir - . Cote: 2.5

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