Dernier tiers d’une trilogie sur la haine, Guilty of Romance (Koi no tsumi), de Sion Sono, raconte la déchéance d’une ménagère modèle.
Dans un taudis d’un quartier glauque où pullulent les love hotels, une policière (Miki Mizuno) découvre un mannequin de plâtre habillé en écolière composé de restes humains. Dans un quartier huppé pas très loin de là, la sage Izumi (Megumi Kagurazaka) s’ennuie à la maison dans l’attente de son célèbre écrivain de mari (Kanji Tsuda). Engagée dans un supermarché, elle est bientôt remarquée par une agence de mannequinat qui lui propose de faire des photos osées. S’abandonnant avec délectation aux plaisirs de la chair et de l’adultère, Izumi est alors initiée à la prostitution par la sulfureuse Mitsuko (Makoto Togashi), professeure de lettres le jour.
Bien qu’il ait recours à la poésie de Ryuichi Tamura et au Château de Kafka, Sion Sono ne livre certainement pas une vision romanesque et romantique de la prostitution; de toute évidence, nous ne sommes pas chez Buñuel ni chez Blier, mais plutôt chez Bava et Argento… De fait, dans ce dernier volet de sa trilogie sur la haine (Love Exposure, Cold Fish), pas de putes au grand coeur ni de clients enamourés à l’horizon. La chair est triste chez Sono, cruelle même, voire violente. Ainsi, Izumi est d’abord violée devant l’objectif d’un photographe voyeur avant d’être brutalement accostée par un proxénète sadique dans le quartier des love hotels. Même le plaisir qu’éprouve Mitsuko en chevauchant brutalement ses clients ressemble davantage au désespoir qu’à l’extase.
Ponctué de revirements inattendus, lesquels ne font qu’accentuer la complaisance avec laquelle Sono enfonce audacieusement son héroïne dans la déchéance, Guilty of Romance s’avère un polar captivant autant pour sa complexe intrigue policière que pour son étonnante esthétique tour à tour élégante et trash. D’une main de maître, le cinéaste japonais dirige ses actrices qui livrent leur corps avec générosité tout en offrant un jeu exacerbé seyant parfaitement aux excès de l’ensemble.
Au fur et à mesure que l’intrigue se dénoue, que les personnages dévoilent des côtés encore plus sombres et plus tordus d’eux-mêmes, que les coups de théâtre se succèdent, le spectateur se fait le complice pervers et privilégié de Sono dans cette fascinante descente aux enfers qui emprunte savamment au giallo et au j-horror.





