S’inspirant d’un fait divers, Radu Mihaileanu raconte dans La source des femmes comment des villageoises s’y sont prises pour obtenir l’eau courante.
En 2001, dans un village turc, épuisées des accidents subis en allant puiser l’eau à la montagne, les femmes ont fait la grève du sexe afin que les hommes raccordent l’eau au village. L’affaire ayant dégénéré en violence, le gouvernement a dû régler le conflit. Dans ce fait divers qui lui rappelait la comédie d’Aristophane Lysistrata, où les femmes se refusent à leur mari pour arrêter la guerre, Radu Mihaileanu (Va, vis et deviens, Le concert) voyait une métaphore de l’état du monde.
"Je me suis demandé comment, dans une cellule aussi minuscule, un petit village en Turquie, des femmes musulmanes, au 21e siècle, allaient encore chercher l’eau dans la montagne. L’eau est l’élément indispensable à la vie et sera vraisemblablement le sujet de la Troisième Guerre mondiale. Déjà les grandes puissances sont en train de repérer les grandes réserves d’eau. C’est le problème d’aujourd’hui et de demain, le désert qui avance, et en même temps, comme par hasard, dans nos sociétés, le désert avance dans nos coeurs."
Dans La source des femmes, la grève de l’amour sera amorcée par Leila (Leïla Bekhti), épouse de l’instituteur (Saleh Bakri) et seule villageoise sachant lire. Elle puisera dans la culture arabe et les chants traditionnels pour illustrer la condition féminine et convaincre les villageoises d’exiger de meilleures conditions de vie. Ainsi, dans l’un des chants, on apprend que l’homme arrose la femme telle une terre fertile. Entre elles, elles parlent plutôt de mettre le pain au fourneau…
"Dans ce petit sujet, poursuit le réalisateur, il y avait l’humour de ces femmes musulmanes qui ont le courage de dire stop à l’amour, au sexe, alors qu’on ne parle pas de sexe puisqu’il est tabou. La métaphore qui m’intéressait le plus, c’était l’amour et la solidarité qui sont les gros problèmes du monde d’aujourd’hui. La crise économique, c’est de la bricole et on ne réglera pas ce problème tant qu’on ne réglera pas comment vivre ensemble en société. Ce petit sujet tombé du ciel en sort donc grand."
Radu Mihaileanu ajoute: "Ces femmes courageuses m’envoient un message dans un monde qui devient de plus en plus fondamentaliste, radical et masculin. Elles disent qu’elles existent et qu’il ne faut pas les oublier. D’une certaine manière, les femmes doivent prendre le pouvoir et s’exprimer sans pour autant faire la guerre aux hommes."
Avant de faire la leçon à l’imam en s’appuyant sur les surates du Coran à propos de l’égalité entre les hommes et les femmes, Leila enseignera l’émancipation sexuelle et la sensualité à ses compagnes en leur lisant les Contes des mille et une nuits: "La vraie histoire, c’est celle d’un sultan qui tue les jeunes filles vierges avec qui il fait l’amour. Il tue l’innocence une fois qu’il est satisfait – c’est du capitalisme. Arrive une fille maligne, Schéhérazade, qui lui propose de lui raconter des histoires et qu’il la tue lorsqu’il ne sera plus satisfait. Le message est là: pour qu’on ne tue plus l’innocence, il faut qu’une femme soit maligne, intelligente, charmante et elle doit s’exprimer, car c’est la seule manière de survivre. Notre monde ne survivra donc que si la femme peut s’exprimer."
Les frais du voyage à Paris ont été payés par Unifrance.
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La source des femmes
Tourné dans un pittoresque village marocain, La source des femmes propose un conte universel et intemporel campé dans un village qui pourrait se situer au Maghreb comme au Moyen-Orient. Avec ses chants entraînants où les femmes expriment joyeusement leurs revendications, cette comédie dramatique joliment baignée de soleil cru traite en vrac de sujets graves tels la violence conjugale, la virginité, les mariages arrangés. Si l’on sent la grande sincérité de Radu Mihaileanu dans sa volonté de donner la parole à des femmes dominées par des hommes aveuglés par la tradition, le tout sombre trop souvent dans le plus commun manichéisme. Demeurent toutefois de belles performances d’actrices, dont celles de l’impériale Biyouna et de la fraîche Hafsia Herzi.




