Quinze ans après la parution de L’amour dure trois ans, Frédéric Beigbeder a transformé son roman cynique et pessimiste en une comédie romantique sexy et pétillante.

Se décrivant comme une personne âgée (il est né en 1965!) reconvertie dans un métier de jeune, l’ex-concepteur-rédacteur de pub devenu romancier, critique littéraire, critique de films, DJ, mannequin et tutti quanti Frédéric Beigbeder compare la réalisation au rôle de maîtresse de maison. Bien qu’il reconnaisse la somme de travail précédant et suivant le tournage, celui qui admet être un besogneux se la jouant paresseux explique comment il se sentait sur le plateau.

"Je me prenais pour quelqu’un qui organise un bal, qui invite plein de gens pour prendre des photos, le directeur photo, de jolies femmes, les actrices, etc. Comme une maîtresse de maison qui fait un dîner et qui veut que ce soit réussi, il faut que tout le monde donne le meilleur de soi-même. J’ai alors mis les gens à l’aise par des blagues; je leur donnais de la vodka et j’ai fait en sorte que la bouffe soit bonne, que les gens soient heureux. Je ne sais pas si le film est réussi, mais le tournage était très agréable. Je ne sais pas travailler autrement de toute façon."

Alors qu’il avait l’impression de faire une cure de jeunesse en apprivoisant un nouveau métier, Beigbeder devait renouer avec son jeune soi, le romancier cynique ayant publié L’amour dure trois ans après un douloureux divorce. En 15 ans, comme semble le prouver ce premier long métrage, "cette espèce de grand escogriffe prétentieux" (c’est lui qui le dit!) s’est assagi, est devenu moins pessimiste.

"L’avantage quand on n’est pas satisfait de son livre d’il y a 15 ans, c’est de se faire offrir par un producteur de le corriger. Et là, j’ai tout corrigé! Il y a très peu de phrases du livre dans le film. Je voulais réactualiser le thème de l’usure du désir dans le couple et de la difficulté d’aimer dans cette société de consommation."

Si le film diffère grandement du roman, le réalisateur n’en a toutefois pas tu les origines littéraires: "Je voulais qu’on voie des phrases à l’écran, que ce soit divisé en chapitres et que les personnages vivent entourés de livres. J’aime bien qu’Alice (Louise Bourgoin) vive au milieu d’un grand loft blanc où il n’y a pas de livres. Elle quitte son mari pour Marc Marronnier (Gaspard Proust), un mec très con, très misogyne et tout ça, mais au moins chez lui, il y a plein de bouquins. C’est une déclaration d’amour au milieu littéraire avec de l’ironie."

À travers les chansons de Michel Legrand (Les moulins de mon coeur, en anglais!, Amour, amour, en version instrumentale), Frédéric Beigbeder déclare aussi son amour pour le cinéma et trahit son côté fleur bleue: "J’ai une nostalgie pour L’affaire Thomas Crown de Jewison parce que j’aime les films où les gens sont beaux, bien habillés. Sur YouTube, j’ai trouvé ce duo où Legrand chante Les parapluies de Cherbourg en anglais avec Nana Mouskouri. En français, les paroles sont très fortes – "ô mon amour, ne me quitte pas"; j’ai pensé que si on mettait ça au moment de la tentative de suicide, ça ferait un peu lourd, alors je l’ai mis en anglais… mais c’est vrai qu’en anglais, les paroles, qui n’ont pas le même sens, sont tout aussi bouleversantes – "I will wait for you"."

Enfin, par sa désinvolture, sa pédanterie et ses névroses, le personnage qu’incarne Proust n’est pas sans rappeler le jeune Woody ou un héros truffaldien: "C’est sûr que Gaspard Proust doit beaucoup à Antoine Doinel. J’ai eu envie de mêler des influences de cinéma américain, comme Woody Allen dans Annie Hall qui rend hommage à The Shop Around the Corner de Lubitsch, An Affair to Remember de McCarey, et en même temps rendre hommage à la Nouvelle Vague. Sans les Godard, Truffaut, Rohmer, Chabrol et Demy, un gars comme moi n’aurait jamais pu faire de cinéma."

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L’amour dure trois ans

Peu après avoir publié un brûlot sur l’amour inspiré par son divorce, un jeune romancier libertin (Gaspard Proust, parfait clone de Beigbeder) s’éprend d’une pétulante photographe de mode (Louise Bourgoin, solaire). Fort d’une vingtaine de courts métrages publicitaires, Frédéric Beigbeder manie les mots et les images avec une redoutable efficacité. Si cette première réalisation n’annonce pas la venue d’un metteur en scène de génie (Le Nouvel Obs le classe dans le courant néo-beauf inspiré de Judd Apatow), à tout le moins convainc-t-elle de sa compétence à divertir sans prétention. Ponctuée de charmants plans séquences, de clins d’oeil amusants à la faune littéraire et de répliques qui tuent, cette pétillante comédie romantique ne pèche certainement pas par subtilité (bonjour les personnages caricaturaux!), mais flirte adroitement avec la légèreté et la gravité.

L'amour à 30 ans Critique par Voir - . Cote: 3

Amour dure trois ans, L'
Réalisateur : Frédéric Beigbeder

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