À la demande de Deepa Mehta, Salman Rushdie a accepté d’être le narrateur de l’adaptation de son roman Midnight’s Children.

En septembre, à quelques jours de lancer son autobiographie, Salman Rushdie épaulait Deepa Mehta pour la promotion de Midnight’s Children au Festival international du film de Toronto. Publié en 1981, le roman raconte une grande période de l’histoire de l’Inde à travers le destin de Saleem (Satya Bhabha), fils d’un pauvre musicien élevé dans une riche famille après qu’une infirmière l’eut échangé contre un autre poupon, Shiva (Siddharth). Dès l’enfance, Saleem reçoit la visite d’autres enfants nés la nuit de l’indépendance et qui, comme lui, possèdent des pouvoirs magiques.

"Je suis né huit semaines avant l’indépendance de l’Inde, se souvient Rushdie. La génération sur laquelle j’écris est la mienne, la première génération d’enfants libres nés en Inde en 200 ans. C’est une génération importante d’abord pour cette notion de liberté, mais aussi parce que c’est une génération transitionnelle. Nous en savons assez sur le colonialisme pour comprendre que celui-ci ne s’arrête pas le jour où les colonialistes s’en vont. Nous avons vécu cette période intéressante entre le passé qui se fanait et le futur qui s’annonçait prometteur."

Ayant prévu d’abord en tirer deux films-fleuves, Salman Rushdie a dû réduire l’essentiel de son roman de 600 pages à un scénario de 120 pages devant le refus des institutions. "C’était facile de replonger dans le roman parce qu’il s’agit pour moi d’une vieille histoire. Si on m’avait demandé d’adapter un livre récent, j’aurais refusé de le faire. Le livre est sorti il y a si longtemps qu’on dirait que c’est celui d’une autre personne. J’ai commencé à l’écrire à 28 ans et il est paru quand j’avais 32 ans; j’ai maintenant 65 ans. Le plaisir de retourner à ce livre, c’était de me confronter à une jeune version de moi-même."

Dans cette ambitieuse fresque apparaît une figure historique, celle d’Indira Gandhi (Sarita Choudhury), qui n’avait pas aimé le passage du roman la concernant. "Le livre et le film sont très critiques à son égard. Je me souviens de la déclaration d’urgence au milieu des années 70; pour plusieurs d’entre nous qui avions admiré son père, c’était choquant. Non seulement c’était une tentative de suspendre la démocratie en Inde, mais elle était intentée par la fille de Nehru. Nous avons été horrifiés en apprenant toutes les brutalités s’étant déroulées durant l’urgence."

Étonné par la courte suspension du tournage pour d’obscures raisons invoquées par les autorités iraniennes et sri-lankaises, celui qui affirme ne plus connaître de problèmes depuis plus de 10 ans malgré la fatwa le menaçant à la suite de la parution des Versets sataniques, en 1988, a été très surpris que Deepa Mehta lui demande d’assurer la narration de Midnight’s Children.

"En fait, quand nous avons commencé à parler du scénario, j’ai dit à Deepa d’essayer de raconter l’histoire sans narrateur. Puis, nous en sommes venus à la conclusion qu’il en fallait un. J’ai donc écrit la voix off, et jamais il ne m’est venu à l’esprit que je deviendrais cette voix. En postproduction, Deepa m’a suggéré de le faire; je lui ai répondu qu’elle devrait plutôt engager un acteur professionnel. Devant son insistance, je lui ai dit que j’essaierais, mais que si je n’aimais pas le résultat, je me mettrais moi-même à la porte!"

En salle le 9 novembre

Midnight’s Children
Malgré l’essence fantaisiste qu’apportent les dons magiques des jeunes personnages nés sur le coup de minuit alors que l’Inde obtenait son indépendance, Midnight’s Children de Deepa Mehta (Fire, Earth, Water) se révèle pour le moins lourd et laborieux. Certes, on y retrouve l’humour de Salman Rushdie, de même que ses riches descriptions qui trouvent leur écho dans la direction artistique soignée. Toutefois, le réalisme magique qui faisait le charme du roman n’opère pas à l’écran. Aussi fascinante que soit cette page d’histoire de l’Inde, le romancier a sacrifié tant de détails et d’intrigues que le tout s’avère un lancinant casse-tête pour quiconque connaît peu la culture indienne. Tout au plus pourra-t-on se prendre d’affection pour le héros Saleem (Satya Bhabha) et la gentille sorcière Parvati (Shirya Saran).

Nuit magique Critique par - 2012-11-08
Cote: 2

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