Troisième long métrage de Martin Laroche, Les manèges humains nous transporte au sein d’une petite bande évoluant dans un parc d’attractions ambulant afin de traiter… de mutilations génitales.

Le réalisateur Martin Laroche (La logique du remords, Modernaire) et la comédienne Marie-Evelyne Lessard (19-2, Trauma) se sont connus à Sherbrooke alors qu’ils évoluaient au sein d’une ligue d’impro. S’étant perdus de vue, ils se retrouvent à Montréal où le premier refile à la seconde un scénario traçant le portrait d’une Québécoise d’origine africaine ayant subi l’excision, enfant. Sans hésiter, elle accepte d’incarner Sophie, étudiante en cinéma travaillant dans un parc d’attractions ambulant.

«Je me suis beaucoup renseignée sur le sujet, une aberration qui perdure, se souvient Marie-Evelyne Lessard. J’ai beaucoup lu, regardé des témoignages. J’ai eu les larmes aux yeux souvent. C’est audacieux d’amener quelque chose d’aussi tragique dans un contexte forain. C’est comme un lieu hétéroclite qui a quelque chose de très québécois comme signature. On se ramasse en région où on aurait pu aller dans le documentaire, dans le témoignage.»

Film à budget modeste tourné en 15 jours, soit 13 consacrés au tournage de la fiction et deux à l’aspect documentaire, Les manèges humains est la plupart du temps raconté du point de vue de Sophie, qui se cache derrière la caméra afin de traquer ses confrères.

«J’aimais l’idée qu’elle soit derrière la caméra, explique le réalisateur, d’autant plus que la problématique, c’est le corps de Sophie: elle n’est pas là. Il y a donc une petite distance; dans certaines scènes, elle apparaît dans le miroir. C’était super difficile pour Marie-Evelyne de jouer seulement avec sa voix. Pendant ces scènes, je ne la regardais pas, pour me concentrer sur sa voix. À cause du rapport de Sophie à son corps, j’aimais cette distance créée par la caméra.»

À l’exception de Moolaadé d’Ousmane Sembène, Martin Laroche a été surpris, au cours de ses recherches sur le sujet, de découvrir que peu de films de fiction avaient été tournés sur l’excision. Pour les besoins du film, il a rencontré un gynécologue spécialiste de la décapsulation du clitoris, mais la grande inspiration pour le personnage de Sophie demeure l’autobiographie d’Ayaan Hirsi Ali, Ma vie rebelle.

«Je n’ai pas rencontré de femmes excisées, confie-t-il, mais quand j’ai vu des entrevues d’Ayaan Hirsi Ali, j’ai aimé son côté femme forte, et c’est ce que je voulais retrouver dans le personnage de Sophie. Quand elle décide d’en parler, c’est sa meilleure amie Geneviève (Stéphanie Dawson) qui n’est pas capable de le recevoir. Je ne voulais pas que Sophie joue la victime; au contraire, qu’elle veuille s’en sortir et puisse dénoncer cette pratique.»

«C’est un traumatisme psychique et physique extrême. Ces femmes vont souffrir toute leur vie, on les a violées. C’est une cicatrice qui guérit, mais qui va toujours se sentir dans la chair même s’il y a une libération qui s’opère. On leur enlève tout le plaisir potentiel; les relations sexuelles deviennent pénibles apparemment, donc toute leur vie, le plaisir de la chair est une torture», conclut Marie-Evelyne Lessard.

Sexe, mensonges et vidéo

Tournant un documentaire sur le parc d’attractions ambulant où elle travaille, une jeune femme ayant subi l’excision (Marie-Evelyne Lessard, interprétant avec brio un rôle difficile) ...

Cote de Voir Lire la critique
Lire la critique

Manèges humains, Les

Réalisateur : Martin Laroche

Partagez cette page

+ SUR LE MÊME SUJET : , , , , , , , , ,

Ajouter un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Requis
Requis (ne sera pas publié)
Optionnel

Infolettres

Blogues des partenaires

+ Blogues →