Homme qui rit, L'

Réalisateur
Jean-Pierre Améris

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Sourire sardonique du Joker aux lèvres, les allures d’un jeune Robert Smith revisité par Tim Burton et mû par une indignation toujours d’actualité, Marc-André Grondin incarne avec grâce L’homme qui rit, d’après le roman de Victor Hugo, sous la direction de Jean-Pierre Améris.

Sorti au plus fort de la tourmente médiatique entourant Gérard Depardieu et sa nationalité russe, L’homme qui rit de Jean-Pierre Améris (Les émotifs anonymes), où le grand acteur incarne un forain, n’a pas connu le succès escompté. Il faut dire aussi que cette adaptation du roman de Victor Hugo, lequel avait été accueilli de façon mitigée à l’époque, n’a pas reçu que des éloges. Ne reculant devant rien, le cinéaste a donc parcouru la France afin de présenter son œuvre aux lycéens.

«Le coup de génie de Victor Hugo, expliquait Améris, rencontré à Paris, c’est que L’homme qui rit est la tragédie d’un acteur qui veut aller dans le monde réel et enlever son masque, et qui réalise que tout est théâtre, que le monde des riches est un théâtre bien plus cruel, que le monde des politiques est aussi du théâtre. C’est cette thématique du théâtre chez Victor Hugo, qui lui venait de Shakespeare, qui m’avait fasciné en lisant le roman, adolescent.»

Avec Ursus (Depardieu), qui les a recueillis enfants, Gwynplaine (Marc-André Grondin), homme aux joues balafrées, et Déa (Christa Theret), aveugle depuis son jeune âge, vont de ville en ville afin d’offrir aux gens rires et émotion. Un soir qu’ils donnent un spectacle, une ténébreuse duchesse (Emmanuelle Seigner) entreprend de séduire Gwynplaine, qui attire tous les regards. Alors qu’il découvre le secret des origines de la femme, le jeune homme s’enivre du pouvoir de la noblesse et de la classe politique. Cette nouvelle gloire prendra bientôt un goût amer.

«La célébrité donne un certain pouvoir, un certain niveau dans la société et c’est ce qui fait rêver, mais ce qui m’intéressait le plus dans L’homme qui rit, c’était la trame politique, surtout le discours de la fin. Je trouvais ça hallucinant qu’à la fin du 19e siècle, Hugo ait pu écrire quelque chose qui colle parfaitement à ce qui se passe aujourd’hui. J’ai tourné le monologue à la Chambre des lords en mars 2012, au début de la crise étudiante; je trouvais que ça “fittait” vraiment bien. Je n’ai pas bâti mon personnage là-dessus, mais à la première lecture du scénario, j’ai dit à Jean-Pierre que j’avais l’impression qu’aujourd’hui, Gwynplaine serait sans doute à Occupy Wall Street, dans l’entourage de Gabriel Nadeau-Dubois», racontait Marc-André Grondin lors de son bref passage à Montréal.

L’acteur poursuit: «En tournée, un jeune de 14 ans a dit à Jean-Pierre que Gwynplaine serait aujourd’hui un indigné et en même temps qu’il s’inscrirait à la Star Académie. Et c’est ça, en fait. Je trouvais que c’était une super bonne analyse, qu’il avait tout compris et… qu’il n’avait même pas besoin de lire le livre! Je trouvais ça brillant et elle est là, la faille narcissique dont parle Jean-Pierre: tu as de bonnes intentions et au final, tu es toujours dans l’attente de la reconnaissance.»

Hugo pour ados

En 1971, Jean-Pierre Améris découvre le roman de Victor Hugo grâce à une adaptation de L’homme qui rit pour la télé de Jean Kerchbron. Dès lors, il se dit qu’un jour il en fera un film. S’il prétend que Les émotifs anonymes, où Isabelle Carré et Benoît Poelvoorde incarnaient de grands timides, est son film le plus autobiographique, L’homme qui rit serait son œuvre la plus intimiste.

Complexé en raison de sa haute taille à l’adolescence, Jean-Pierre Améris a trouvé refuge dans la littérature et le cinéma de monstres: «C’était ce qui me faisait pleurer et me consolait, comme La Belle et la Bête de Jean Cocteau, Elephant Man de David Lynch, Edward Scissorhands de Tim Burton. Dès qu’il y avait le thème du différent, ça me plaisait.»

Étrangement, le monstre, héros romantique possédant l’aura d’une rock star, qu’il met en scène n’a rien de monstrueux. Marc-André Grondin révélera même au cours de l’entrevue que son sourire sardonique faisait le plus grand effet sur les gens durant le tournage: «Même si le corridor était rempli de femmes à barbe et autres forains, je sortais du lot. Sur le plateau, quand j’étais maquillé, coiffé, habillé, je sentais que j’avais vraiment du sex-appeal. Les femmes étaient attirées par moi, alors que ce n’était pas le cas lorsque j’étais au naturel. L’attirance un peu morbide de la duchesse pour la cicatrice, je la sentais chez le monde.»

«C’est un parti-pris que l’on peut discuter, mais je tenais à ce qu’il reste beau, se défend le réalisateur. Je voulais montrer que la cicatrice de ce personnage, c’est la faille narcissique, terme psychanalytique qui signifie par où on est fragile. On en a tous une. Je voulais qu’on voie Gwynplaine comme Déa le voit, si j’ose dire car elle est aveugle, avec les yeux de l’amour. Il est beau, il est différent; c’est lui qui se sent laid et différent. Ce film est une histoire de regards. Donc, il s’agit plus de perception, le sentiment d’être laid, que de monstruosité réelle.»

Jean-Pierre Améris ajoute: «Dans la relation à Déa, Gwynplaine se dit que si elle le voyait, elle ne l’aimerait plus car elle le trouverait laid, alors qu’évidemment elle l’aimerait, puisqu’on n’aime pas parce que la personne correspond aux images de publicité ou de cinéma avec lesquelles on nous écrase. On aime parce qu’on aime, on aime tout entier et on est beau parce qu’on est aimé. C’est vraiment le message que j’avais envie de transmettre.»

Avec un tel message, il n’est pas étonnant que les adolescents soient touchés par ce récit campé au 17e siècle: «Les jeunes venaient nous voir et nous disaient qu’ils avaient envie de lire le livre, et je trouve ça intéressant parce que ça les politise, bien qu’ils le soient déjà. C’est cool, car Hugo est très politique et social, c’est une belle lecture même si c’est lourd, mais si t’as les couilles pour le faire, je trouve que 15 ans, c’est un bel âge pour découvrir Hugo. Disons qu’il ne faut pas se fier aux comédies musicales…», conclut Marc-André Grondin.

En salle le 29 mars

Les frais du voyage à Paris ont été payés par Unifrance.

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