Cicatrice, La

Réalisateur
Jimmy Larouche

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S’inspirant de souvenirs de jeunesse, Jimmy Larouche signe un premier long métrage prometteur, La cicatrice, qu’il a tourné au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

En 2007, Jimmy Larouche signait Élise, court métrage où deux cadavres amoureux se livraient à un dernier pas de deux dans une étrange demeure. S’y devinait déjà son goût pour le surréalisme que l’on retrouve dans La cicatrice, où Marc Béland et Patrick Goyette incarnent deux hommes, le premier victime d’une mauvaise plaisanterie du second, renouant avec leur passé.

«J’aime les cinéastes attirés par le surréalisme, ceux qui jouent avec le langage cinématographique, confie le réalisateur d’Alma. J’adore Tarkovski, Bergman, Lynch, Aronofsky, Paul Thomas Anderson, les Coen, Kubrick… J’aimerais être comme ces cinéastes qui ne se cantonnent pas dans un style, qui s’adaptent à l’histoire qu’ils vont raconter.»

Ayant bénéficié du soutien de la SODEC pour la postproduction, La cicatrice a été tourné grâce à des investissements privés et des commandites. À l’écran, ce n’est pas le manque de moyens qui se remarque, mais l’ambition du cinéaste qui n’hésite pas à filmer en plans larges et à insuffler au tout une dimension cauchemardesque.

«J’adore le cinéma et j’en regarde beaucoup. En ce moment, j’ai l’impression qu’on revit le renouveau italien des années 1940. Avec l’accessibilité aux technologies, tout le monde peut tourner, mais ce n’est pas tout le monde qui en a les moyens. On essaie donc de tourner de façon à ce que ça ne paraisse pas: cadrages serrés, plans extérieurs, comédiens non professionnels, hyperréalisme. Moi, je n’ai jamais eu envie de faire ça, ce n’est pas mon genre de cinéma.»

Que ce soit pour capter la beauté des paysages automnaux du Saguenay–Lac-Saint-Jean ou pour créer l’atmosphère oppressante du tête-à-tête dans la grange entre les deux protagonistes, Jimmy Larouche et le directeur photo Glauco Bermudez se sont tournés vers la peinture.

«On avait envie de raconter l’histoire de façon très picturale. On n’a pas parlé ni regardé de films; par contre, on a beaucoup parlé de toiles: Rembrandt, le Caravage, Hopper, Bacon… J’avais une soixantaine de toiles qu’on regardait tout le temps. Je voulais un regard de spectateur, je voulais que les gens soient dans la situation et non dans l’émotion. Je me suis même inspiré d’une scène de Caché de Haneke qui m’a scié. Je n’avais pas envie d’une caméra très proche, qui force l’émotion, déjà que je la forçais par le scénario. Je voulais que mon film soit un hybride entre le cinéma d’auteur et le cinéma commercial afin d’intéresser le grand public à un film difficile d’approche.»

Sur la façon de filmer les personnages, Jimmy Larouche poursuit: «Pour les scènes avec Patrick Goyette, il y a plus de mouvements de caméra, son personnage, Paul, ayant une liberté d’action; dans celles avec Marc Béland, il n’y a pas de points de fuite, les seuls possibles sont à travers les fenêtres, comme si Richard était prisonnier de son environnement.»

Citant comme sources d’inspiration Carrie de Brian De Palma, «l’un des premiers grands films sur l’intimidation», et Le miroir de Tarkovski, pour la scène de Richard chez le psychologue (Sébastien Ricard), laquelle semble tout droit sortie d’un film d’horreur, Larouche, qui a pu constater l’effet de son film au Festival international du film de Pusan (Corée du Sud), est le premier surpris de voir que ses souvenirs d’enfance touchent les gens.

«L’idée, c’était de donner un coup de poing dans la face des gens pour leur dire: regardez, la vie, c’est comme ça, c’est plate, il faut juste comprendre qu’on ne s’aide pas en victimisant les autres. Il faut régler ses problèmes soi-même; ce n’est pas parce que quelqu’un se sent moins bien qu’on est meilleur. C’est une illusion. On me dit qu’il n’y a pas d’espoir dans mon film, je le sais: l’espoir est à l’extérieur du film et j’espère que les gens vont y réfléchir.»

Cicatrice, La

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