Dans Les 4 soldats, adaptation libre du roman d’Hubert Mingarelli lui ayant mérité le Prix du public à Fantasia, Robert Morin offre un conte sur l’amitié entre cinq jeunes laissés-pour-compte.

N’ayant aucune affection particulière pour le film d’époque, Robert Morin ne voyait aucun inconvénient à transposer l’action du roman d’Hubert MingarelliLes quatre soldats, lequel se déroule en Pologne peu après la Première Guerre mondiale, dans une banlieue nord-américaine cossue, dont les résidences luxueuses ne sont pas sans rappeler celles de Que Dieu bénisse l’Amérique, dans un futur pas si lointain.

«Je n’aime pas les films d’époque», avoue celui qui a eu l’impression d’être Mick Jagger devant l’accueil plus qu’enthousiaste que lui a réservé le public fantasien. «Je trouve ça inutile d’en faire, dans la mesure où les gens ne changent pas vraiment; je trouve toutefois que c’est utile de faire des films historiques. Je n’avais pas le goût d’aller dans cette voie-là. Par ailleurs, mes films sont tous des concepts différents les uns des autres et ça faisait longtemps que j’avais en tête le concept de faire un conte, avec la structure et les paramètres du conte.»

Narré par Dominique (Camille Mongeau), qui deviendra la figure maternelle du petit groupe, Les 4 soldats met en scène de jeunes sans-famille qui parviendront à oublier momentanément la guerre lors d’une trop courte trêve, en trouvant refuge au bord d’un lac qu’ils sont les seuls à connaître.

«Je voulais un lieu plus ou moins défini dans le temps et dans l’espace, des personnages au service d’une leçon de vie qui ne sont pas là pour évoluer psychologiquement. Tout ça était dans le roman, alors, tant qu’à faire, pourquoi ne pas faire un film de science-fiction, un Mad Max des pauvres? En mettant ça dans le futur, on règle le cas de la guerre en une phrase: la guerre a commencé quand il n’y avait que quelques riches et que tous les autres étaient pauvres.»

Au départ, Morin songeait à transposer le récit en Afghanistan, mais il ne trouvait pas crédible que l’on retrouve un personnage analphabète dans l’armée. Il a ensuite songé à camper l’action en Afrique avec des enfants-soldats, thème qu’il avait abordé par la bande dans Journal d’un coopérant, mais la situation y étant si complexe, il craignait de s’éloigner du sujet principal.

«Quand je me suis dit que j’allais faire un film de science-fiction, je suis parti de ce qu’on voit de nos jours, de l’appauvrissement de la classe moyenne. Je n’ai pas voulu développer plus que ça; j’ai donc réduit pour arriver à l’essentiel, soit l’histoire d’amitié. Alors qu’elle crée généralement des dommages, la guerre va créer une amitié entre ces gens qui ne seraient pas propulsés les uns vers les autres. Il y a Matéo (Christian de la Cortina), un petit macho; Dominique, l’artiste qui s’ignore; Big Max (Antoine Bertrand), qui est déficient intellectuel; et Kevin (Aliocha Schneider), l’ado stoïque.»

Mère courage et ses enfants-soldats

Avec la bénédiction de Mingarelli, Morin a tout de même fait un changement majeur: «Je me suis mis d’accord avec lui que j’allais décâlicer son roman en gardant l’esprit, les personnages, sauf que dans le roman, il n’y a pas de fille. L’idée du film, c’est une famille. J’ai dit à Hubert que la seule chose que je voulais garder, c’est que cette amitié devient tellement forte que tous les amis finissent par prendre un rôle familial: un père, une mère, un adolescent, un cadet et le petit bébé, Antoine (Antoine L’Écuyer), qui vient déranger un peu tout ça à la fin. Quand j’ai commencé à auditionner des gars pour le rôle de Dominique, ça ne collait pas. Ce niveau de sensibilité fonctionne à l’écrit, mais à l’écran, ça devenait un rapport homosexuel. Je me disais qu’en mettant une fille qu’on transformerait en tomboy, le rapport amoureux serait moins dérangeant.»

Robert Morin s’est aussi permis de rajeunir les personnages du roman: «Hubert Mingarelli n’écrit que sur les hommes et les amitiés entre hommes. Ce sont des hommes de tous âges, mais il leur donne un tel niveau de naïveté qu’à l’écrit ça passe bien, mais si joués par des acteurs dans la quarantaine ou dans la cinquantaine, ils ont l’air un peu retardé. On peut supposer que l’arrière-plan de ces personnages-là, c’est qu’ils ont été mal-aimés, qu’ils sont issus de familles éclatées, qu’ils ont abouti dans une guerre cul par-dessus tête. Ça ne marchait pas de mettre des adultes là-dedans, d’autant plus qu’à la guerre, la chair à canon, c’est toujours des jeunes.»

4 Soldats, Les

Réalisateur : Robert Morin

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