Collusion à Hydro-Québec? Les anciens employés doivent parler.

5 novembre 2012 23h15 · Denis McCready

AJOUT 5 NOV 2012 : RDI annonce ce soir que la Commission Charbonneau va se rendre sur le chantier du projet hydroélectrique de la Romaine. Que dire de plus que : enfin!

Texte original du 26 octobre 2012 :

La semaine passé, nous apprenions que Hydro-Québec a dépensé 900+ millions de dollars pour acquérir des équipements de pointe en vue de la réfection de Gentilly-2 AVANT que le projet ne soit confirmé. Ces équipements ne sont plus nécessaires après l’annonce par le gouvernement Marois que la centrale nucléaire serait fermée. Voir l’article sur le site de Radio-Canada : Des millions dépensés en vain pour rénover Gentilly-2.

L’état des dépenses pour la réfection de Gentilly-2 était connu depuis des mois, mais la raison de cette dépense vient de faire surface. C’est d’une absurdité sans nom. Plus de 900 millions de dollars pour des équipements tellement spécialisés qu’il est peu probable qu’ils puissent être revendus un jour – on ne ferme pas des centrales nucléaires à chaque semaine!

Ça donne aux 700 000$ du vendu Surprenant un air de petit change de poche… Pourtant on se gargarise de Monsieur TPS dans les médias, mais Thierry Vandal, le PDG de Hydro-Québec, reçoit toute de même le soutien de Mme Ouellet, Ministre des ressources naturelles parce qu’elle pointe l’ex-Premier ministre Jean Charest comme responsable de cette bêtise… C’est un peu court, madame.

Si mon patron voulait gaspiller presque un milliard de dollars de l’État, je pense que je me permettrais de placer mon devoir de réserve et mon allégeance au placard le temps d’une petite déclaration publique AVANT de dépenser pareille somme. Le silence de M. Vandal – ou son incapacité à superviser correctement son équipe – est aussi coupable que les actions de Jean Charest. À moins que ce gros magasinage spécialisé ne profite à quelqu’un d’autre. Quand il y a une vente, il y a un acheteur (HQ) et un vendeur (?). Qui est cette compagnie? À qui appartient-elle? Est-ce que cette transaction est légitime ou est-elle un pot-de-vin déguisé, une récompense cachée pour optimiser l’employabilité future de quelqu’un ou est-ce simplement l’expression de la plus pure bêtise de gestionnaires déconnectés de la réalité? Peu importe la réponse, le PDG d’Hydro-Québec Thierry Vandal doit partir, si ce n’est que pour avoir continué pendant son mandat de miner les finances publiques du Québec en creusant la tombe de Hydro-Québec avec une saignée perpétuelle : le projet hydroélectrique de la Romaine, l’inaction quant à la centrale de Bécancour, le retard dans la production d’énergie verte qui entraîne des pertes à l’exportation américaine, et maintenant presque un milliard de dollars en équipements nucléaires inutiles. Des milliards de dollars dépensés inutilement, une ponction d’argent qui fait mal au Québec, mais qui fait du bien aux compagnies qui en profitent.

Pour qui travaille M. Vandal? Parce qu’avec une piètre gestion de la sorte, on peut affirmer une chose : il ne travaille pas pour le bien des contribuables québécois. Avec André Caillé, il passera à l’histoire comme un fossoyeur de la société d’État.

Le film « Chercher le courant » que j’ai produit expose l’incohérence du projet Romaine et sous-entends que ce projet a été lancé pour satisfaire l’appétit des « constructeurs de barrage ». Au moment de lancer le film il y a presque deux ans, nous n’avions aucune information en main pour soutenir une affirmation plus poussée, pas de noms, pas de document incriminant, simplement une amère impression que quelque chose n’allait pas. Le Québec va perdre de l’argent avec le projet Romaine et les futurs projets de barrages. Nous n’avons plus besoin de nouvelles centrales hydroélectriques. À qui donc profite ces chantiers de construction gigantesques?

Mes modestes recherches auprès de quelques personnes bien informées me suggèrent que d’anciens employés d’Hydro-Québec ont présentement en main des documents qui prouvent des malversations. J’ai mis ces gens en contact avec un journaliste il y a quelques mois. Depuis, plus rien… Pétard mouillé, vendetta personnelle, paranoïa mal placée ; je ne peux que spéculer sur l’absence de retombée, mais l’enjeu est trop grand pour que ces gens se taisent. Il est temps pour tous les employés de Hydro-Québec – anciens et actuels – de sortir de leur mutisme et de parler sur la place publique. L’absence d’imputabilité de Hydro-Québec a assez duré.

Deux ans après la sortie de « Chercher le courant » qui a été vu par 600 000 personnes, le projet Romaine reste en dehors de l’actualité, alors que la Commission Charbonneau révèle quotidiennement comment des fonctionnaires, des entrepreneurs et des mafieux ont orchestré le pillage de la Ville de Montréal et de Laval. Cette collusion n’est pas un phénomène insulaire, il est provincial – rappelons le dossier AXOR : la firme a été reconnue coupable de dons illégaux aux partis politiques provinciaux (PLQ, PQ, ADQ) et – quelle coïncidence! – elle a reçu 3 des 13 contrats de mini-barrages octroyés pas le gouvernement Charest. Ne perdons pas la Romaine de vue. La Commission Charbonneau devra éventuellement se pencher sur ce chantier, mais aussi sur tous les contrats de Hydro-Québec.

Il est temps que la Ministre Ouellet remercie M. Vandal – il n’est plus l’homme de la situation – et qu’elle nomme une personne chargée de faire un grand ménage à Hydro-Québec. Il faut ouvrir tous les dossiers et tous les contrats, et que la société d’État soit soumise au Vérificateur général du Québec. Hydro-Québec doit être examinée en profondeur afin de rétablir la confiance des citoyens envers ce phare de notre développement économique et afin d’arrêter l’hémorragie financière qui mine notre avenir économique.

NOTE :  Ce texte est écrit en mon nom seulement et n’engage pas mes collègues de Chercher le courant, ni les Productions du Rapide-Blanc.

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  • 27 octobre 2012 · 17h57 Pierre Bellefeuille

    Thierry Vendal! Alors qu’il était chez TM4, la filiale d’Hydro-Québec, il avait mentionné lors du Salon de l’auto de Montréal que le moteur-roue de Pierre Couture n’était pas viable, il avait dit sur les ondes de l’émission Maisonneuve en direct, si je ne m’abuse en 2007 0u 2008. Cependant, la vice-présidente de TM4 a dit tout le contraire l’année suivante au même Salon de l’auto de Montréal, elle avait dit que le moteur-roue n’était pas mort, que si on appelait chez TM4, on pouvait sur demande se faire installer la technologie sur sa voiture.

    Thierry Vendal, maintenant chez Hydro-Québec, André Caillé dans les ressources naturelles, le gaz, etc.

    Michell Plessi-Bélair est à la fois sur le conseil d’administration de Power Corporation et d’Hydro-Québec. Qui a le plus d’intérêt au Québec dans les secteurs énergétiques : fort probablement la famille Desmarais et Power Corporation. Pour s’en convaincre, on doit lire les articles de Richard Le Hir, sur vigile.net : http://www.vigile.net/Quand-un-milliardaire-quebecois

    http://www.vigile.net/Power-Corporation-un-Etat-dans-l

    Voyez ici qui se trouvent derrière Woodrow Wilson :

    - On retrouve ici Charest, Power Corporation, Thierry Vendal (Hydro Québec, etc.)
    http://legacy.wilsoncenter.org/awards/index.cfm?gr

    On retrouve ici Power Corporation de Desmarais et la puissante CIBC :
    http://legacy.wilsoncenter.org/awards/index.cfm?gr

    Woodrow Wilson est en soi un Think Thank bien entouré de la finance, rien de surprenant que monsieur Bachand ait encouragé les gens à s’endetter pour se nourrir.

    Il est bien connu qu’au moment où Jean Charest a quitté les conservateurs en politique fédérale, pour venir au Québec sous les libéraux, il a nommé de nombreux conservateurs à des postes clés au Québec. Jean Charest, je crois, a toujours été un conservateur. Le conservatisme souhaite la réduction de l’État à sa plus simple expression, la dérégulation et les réductions des dépenses publiques.

    Paul Desmarais ayant appuyé Jean Charest se déclare ouvertement d’orientation conservatrice dans une entrevue avec Le Point dans lien suivant : http://sagard.officiel.ca/pauldesmarais.html

    La boucle est bouclée!

    Qui se tient avec qui au Québec? Réponse ici dans une célèbre partie de golf : Voici un lien vers un tournoi de golf des plus révélateurs : http://www.canada.com/story_print.html?id=aabb9460-c268-4ae1-99b9-c1848346626d&sponsor=

    Si Jean Charest avait les deux mains sur le volant, ses amis avaient les deux mains dans le coffre-fort!

    C’est scandaleux ce qui se passe au Québec!

    Voilà! Les divers liens ici devraient vous aider à vous faire une idée plus précise.

    • 30 octobre 2012 · 15h16 Pierre Bellefeuille

      Une petite précision !

      J’ai mentionné plus haut que Bachand avait encouragé les Québécois à s’endetter pour se nourrir. Je dois mettre ses propos en contexte. Lors de la crise économique 2008-2009, le ministre des Finances du Québec, Raymond Bachand, avait dit à deux reprises sur les ondes de Radio-Canada, je le paraphrase ici : « il est tout à fait normal en situation de crise économique, lorsqu’un père ou une mère de famille perd son emploi de devoir emprunter à la banque pour nourrir sa famille, et lorsque la crise sera passée, on retrouvera un emploi et on remboursera ». Bachand avait tenu ce discours à deux reprises, sur un ton complètement détaché et détendu, comme s’il s’agissait d’une loi naturelle de devoir s’endetter pour se nourrir. Ses propos m’avaient fait bondir de ma chaise en 2008, car il n’y aurait pas une meilleure manière d’appauvrir sa population que de reléguer la sécurité sociale aux banques. Cette position économique de monsieur Bachand est économiquement très à droite, ultra conservatrice.

      Le conservatisme se définit par ce qui est. En économie, les conservateurs prétendent qu’on doit laisser les lois du marché libre de toute entrave, comme s’il y avait une loi naturelle régulant les activités humaines, cette loi repose faussement sur la récupération du darwinisme social appliqué dangereusement à l’économie mondialisée dérégulée, où seuls les plus forts survivent, et/ou on affirme sans fondement solide qu’à partir d’entreprises et d’individus plus forts (plus riches), l’économie globale devrait être plus forte. En l’absence de régulation, c’est tout faux !

      Le prix Nobel d’économie, Joseph E. Stiglitz, déconstruit complètement les fausses conceptions véhiculées par le néolibéralisme sauvage, dans les derniers chapitres de son livre « Le triomphe de la cupidité ». À lire !

      Au Québec, on brade nos ressources naturelles, on a retardé pendant deux ans l’ouverture d’une enquête publique sur l’industrie de la construction, on a refusé il y a quelques mois l’achat regroupé des médicaments génériques avec Ottawa, etc. Cette situation nous coûte annuellement des milliards de dollars, et pendant ce temps, nous avons des gens comme les Bachand, Bouchard, Charest, les lucides, l’Institut économique de Montréal, le Conseil du patronat du Québec et autres, qui viennent nous dire de faire notre juste part ! On ne saurait être plus pervers ! Et chez Hydro-Québec, la privatisation de nos ressources naturelle s’est faite en catimini, sans qu’on puisse rendre publiques les ententes secrètes avec des sociétés pétrolières et gazières privées. La vente des ressources naturelles de l’île d`Anticosti à des intérêts privés, c’est le plus grand scandale que le Québec aura connu!

  • 28 octobre 2012 · 16h26 Mario Goyette

    On voit bien la stratégie de la tête de l’autruche dans le sable des libéraux pour se distancer de la corruption et de la collusion durant le règne de Jean Charest, le premier Ministre qui a instauré l’obligation d’amasser 100’000$/ an de la part de chacun de ses ministres pour la caisse du parti.
    A Larocque et Lapierre, le candidat à la chefferie libérale Pierre Moreau a joué l’ignorance, l’incrédulité voir la sainteté suite aux révélations de Zambino et Surprenant se contentant de faire un rapide survol à partir de 2010- 2011, après le déclenchement de l’enquête Marteau qui a agit comme une alarme pour les voleurs les avertissant de prendre la fuite avant la descante policière.

    Dons récoltés par le parti libéral du Québec

    2003 8 369 876$
    2004 8 848 021$
    2005 8 203 464$
    2006 8 351 270$
    2007 7 168 880$
    2008 9 269 112$
    2009 7 176 851$
    2010 4 916 788$
    2011 3 765 469$

    Note: A partir de 2010, les dons diminuent presque de moitié, la Commisssion Marteau et la visite de Lino Zambito à l’émission Enquête de radio-Canada semblent avoir jouer un rôle appréciable quand à la génorisité des firmes d’ingénieurs et de leurs prêtes-noms…

    • 29 octobre 2012 · 08h16 le calinours bienveillant

      ayayaye mario tu recommences? c’est pas bien de copier-coller ses propres commentaires d’un blog à l’autre.

      un mélange de paresse et de prétention, quoi.

      est-ce vraiment l’image que tu désires projeter mario?

      http://tinyurl.com/94h54hl

  • 28 octobre 2012 · 21h13 Philippe Landry

    Ce serait sans doute une bonne idée de chercher un nouveau patron pour Hydro.
    Et cette somme qui approche le milliard est carrément outre norme, bref à examiner de près.

    • 29 octobre 2012 · 10h53 Michel Bertrand

      Ne vous en faites pas M. Landry, ça ne devrait pas tarder. La tête d’HQ est toujours mise en place par le gouvernement du moment… Histoire d’allégeance… Caillé était placé par les péquistes, et Vandal, par les libéraux qui ont suivi. La transition se fait toujours un peu après les élections si li y a changement de bord.

      Vandal va donner sa démission max d’ici un an, je dirais.

    • 29 octobre 2012 · 11h32 Denis McCready

      Ma seule inquiétude : la minorité du PQ va peut-être retarder ça.

  • 30 octobre 2012 · 09h54 Jacques Laurin

    En plus d’avoir bradé les actifs d’Hydro-Québec à la rentabilité la plus prometteuse, Caillé et Vandal ont eu le mandat spécifique de faire mal paraître la gestion générale d’Hydro-Québec de sorte qu’à la fin, la vente à des intérêts privés apparaitra comme la seule solution face à cette « piètre gestion publique ».

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  • Denis McCready
    Natif francophone du Plateau Mont-Royal forcé d’épeler son nom depuis son enfance, photographe désarmé aux réflexes intacts, producteur de documentaire en proie au doute, auteur tardif obsédé par l’envie de raconter ses histoires avant de crever, orateur inspiré par son indignation et son coupable plaisir d’être écouté, marcheur omnivore allergique à la bêtise humaine, optimiste récalcitrant mais occasionnellement désappointé, modeste défenseur de droits humains, ami loyal. Il est l’auteur de la « Lettre ouverte aux autres humains » parue sur Voir.ca. Vous pouvez aussi consulter son CV si ça vous chante : http://bit.ly/xD8g2X

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