La madame aux chats

28 juin 2012 14h38 · Élise Desaulniers

Il y a quelques années, un ami m’a mise en garde. J’étais en voie devenir une « madame aux chats du Plateau ». Ce genre de fille qui semblent avoir plus d’affection pour les félins que les humains et qui vont mourir célibataire dans leur 4 ½ rempli de poil. Heureusement, j’ai depuis intégré un peu de peau à ma vie poilue, mais je demeure l’amie des chats.

Bien que je sois l’amie des chats, je suis surtout l’amie de mes chats. Je ne me suis jamais vraiment intéressée au sort des autres, à l’espèce. Il y a suffisamment de « vraies » madames aux chats pour ça. C’est plutôt les animaux d’élevage qui ont retenu mon attention, ceux qu’on ne voit pas et qu’on mange dans l’indifférence.

Une partie de mon cheptel

J’ai même souvent donné comme exemple de notre schizophrénie morale le fait que nous traitons beaucoup mieux les animaux domestiques que les animaux d’élevage. Vrai, mais la situation des animaux domestiques au Québec est critique. C’est Lise Bergeron qui m’a ouvert les yeux. Lise est journaliste et bénévole à la SPCA. Elle a signé un article sur le drame qui se vit quotidiennement dans le refuge pour animaux dans un numéro récent d’À Babord. Je l’ai rencontrée au lancement. Après cinq minutes de discussion, mes yeux tout juste ouverts étaient remplis de larmes. Et je n’avais même pas bu.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. On compte 500 000 abandons d’animaux domestiques par année au Québec, dont la moitié l’été, autour du premier juillet. Là-dessus, 80 % seront euthanasiés. Quand on se compare, on se désole : nos cousins français n’en abandonnent « que » 100 000.

 

Question de contrat

Dans La Presse cette semaine, l’éditorialiste Mario Roy rappelait ces faits troublants et soulignait avec justesse que la relative insensibilité des Québécois dénote « une ignorance du “contrat” signé avec les quelques espèces qui se sont liées à nous — et nous à elles — au fil des millénaires, lequel impose l’obligation morale de bien les traiter. »

Ces animaux que nous avons domestiqués, ils font partie de notre société. Nous avons une responsabilité collective de nous en préoccuper. Ce n’est pas parce que j’achète des fraises biologiques que je suis dispensée de m’intéresser au sort des travailleurs agricoles exposés aux pesticides. Et ce n’est pas parce que je traite bien mes chats que je suis dispensée de m’occuper de ceux qui sont abandonnés. Je suis, à mon tour, devenue bénévole à la SPCA il y a un peu moins de deux mois.

 

Situation intenable

Alanna Devine de la SPCA Montréal

J’ai passé quelques minutes avec Alanna Devine, directrice du Bien-être des animaux à la SPCA de Montréal. Alanna est probablement l’avocate qui a le bureau le moins chic en ville : la SPCA est pauvre, toutes les ressources sont utilisées à sauver des animaux. Entre nous, un gros chien aveugle dont j’ai oublié de noter le nom. Alanna le garde temporairement et s’apprêtait à l’amener chez l’ophtalmo.

Avant de mettre les pieds à la SPCA, j’avais l’impression qu’il s’agissait d’une sorte d’organisme para municipal ou gouvernemental. Mais il n’en est rien. La SPCA ne dépend que des dons du public pour fonctionner. Contrairement aux fourrières comme le Berger Blanc, des entreprises privées qui font du contrôle animalier, la SPCA a pour objectif de protéger les animaux. Les fourrières éliminent les animaux au plus bas coût possible (on se rappelle le reportage de Radio-Canada…) et la SPCA fait tout pour sauver la vie des animaux.

Dans les contrats de service qu’elle signe avec les arrondissements, la SPCA demande un engagement ferme d’éducation et de sensibilisation. Elle cherche à prévenir le problème à la source : les animaux errants qui sont amenés sont tous stérilisés. Ce qui ne règle pas le problème d’abandon d’animaux : certains jours, une trentaine de personnes attendent en ligne au comptoir pour laisser leur animal. Chaque matin, on trouve des chats empilés devant la porte. Quotidiennement, c’est de 40 à 50 chats qui sont amenés. Et malgré toutes les campagnes de sensibilisation, la SPCA reçoit 15 % plus d’animaux que l’an dernier.

Cette semaine, 300 chats attendent d’être adoptés. Et les camions de déménagement ne sont pas encore arrivés.

Une situation intenable, surtout que l’euthanasie est la dernière solution envisagée. Des animaux sont là pendant des mois. Je peux en témoigner : à chaque visite, je retrouve mes félins préférés. Alors que le Berger Blanc euthanasie 80 % des animaux qu’on lui apporte, la SPCA doit mettre fin aux jours d’un peu plus de 30 % des chats et de 10 % des chiens qui lui sont confiés.

 

 300 chats, 300 cages à laver

Pour s’occuper de tous ces animaux, la SPCA compte sur le travail d’une centaine d’employés et de plus de 300 bénévoles, comme moi. Chaque semaine, je me rends à l’Annexe, le refuge d’urgence de la SPCA où je lave des cages et donne quelques caresses à la centaine de félins en attente d’une nouvelle famille. Premier constat, les animaux sont bien traités. Malgré des ressources limitées, on essaie de rendre le lieu le plus agréable possible. Certains chats partagent même de grandes pièces où ils peuvent courir et jouer. Chaque chat a sa place et on essaie de lui rendre la vie la plus agréable possible. J’ai mes préférés. Dont cette petite femelle qui entre systématiquement dans toutes les cages que je nettoie pour être flattée. Ou un gros mâle gris qui veut toujours être le premier à tester une litière fraichement nettoyée. Le plus difficile est de ne pas les adopter.

 

Ignorance et irresponsabilité

Pour Alanna Devine, l’ignorance des maîtres est la source de la majorité des abandons. Les gens adoptent des chiens et ne connaissent pas les besoins de l’animal, ne prennent pas le temps de l’éduquer et n’ont pas de temps à lui consacrer. Le chien fait alors des bêtises à répétition. On l’abandonne donc avec des excuses qui laissent songeur : « il pète les plombs… » Oui, mais il a passé sa journée dans une cage!

Trop de maîtres sont également irresponsables. Ils ne font pas stériliser leurs animaux. Stériliser son chat coûte cher, des bébés, c’est cute. Et finalement, ce n’est plus cute. On apporte les chatons à la SPCA ou on les laisse devenir des chats errants qui vont à leur tour se multiplier. La SPCA a calculé la vitesse à laquelle se multiplient un chat non stérilisé et ses chatons.

1re année = 3 portées = 12 chatons

2e année = 144 chats

3e année = 1728 chats

4e année = 20 736 chats

Une solution ? À New York, des cliniques de stérilisation font le tour des quartiers et offrent leurs services à bas prix. L’Idée est géniale, mais au Québec, l’implantation d’un tel projet demeure difficile… Protégez-vous en parlait récemment.

 

Pour agir

Ce week-end, des centaines d’animaux abandonnés vont venir remplir les cages que je viens tout juste de nettoyer. Qu’on soit une madame aux chats ou pas, on a le devoir moral de s’en occuper.

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Classé dans :  Divers, Société

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+ Ajouter le vôtre Commentaires 3

  • 29 juin 2012 · 08h34 Maryse Veilleux

    Qu’est-ce qu’attends la ville pour passer une réglementation d’enregistrement obligatoire des animaux? Les propriétaires de chiens principalement sont très impolis et ont un manque flagrant de savoir vivre, en laissant leur animal déféquer dans les parcs, où les enfants vont mettre leurs mains dans le gazon…

    Il y a les arbres dont la base est blanchie d’urine de chiens… sans parler de ceux qui les laissent aboyer à tout vents… ceux qui les promènent sans laisse… et il y a les névrosés qui n’ont pas eu d’enfants ou qui ont peu d’amis mais qui humanisent leur animal et le déguisent en « poupée » ou tout autre costume qui donne à l’animal une allure parfaitement ridicule…bref, la ville doit faire un contrôle, et les propriétaires de chiens devraient payer une taxe supplémentaire vu le salissage des parcs et des rues.

    • 26 juillet 2012 · 10h01 Céline

      S’il fallait payer une taxe pour que les chiens fassent leurs besoins dans la rue, vous pouvez être certaine de marcher dans des crottes… Une bonne gang arrêterait de ramasser !
      En passant les chiens sont interdits dans les aires de jeux pour enfants justement pour pas qu’ils se mettent les mains « là dedans ».

      Ceci étant dit, très bon article Mme Desaulniers :)

  • 29 juin 2012 · 11h55 aec

    LUTTE CONTRE L’HIPPOPHAGIE

    NON ! UN CHEVAL CA NE SE MANGE PAS !

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  • Élise Desaulniers
    Ex-marketeuse devenue blogueuse, conférencière et auteure (Je mange avec ma tête, Vache à lait). Je m'intéresse à l'éthique, à la psycho, à la socio et à tous les sujets qui exigent des notes de bas de page.

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