4

2 cotes

We Need to Talk About Kevin
en version française : Il faut qu'on parle de Kevin

Bande-annonce Articles

  • Cote de Voir3
  • PaysÉtats-Unis

  • Année2011

  • Sortie DVD29 mai 2012

  • Année112 min.

  • GenreSuspense

  • Classement13 ans et +

Bande-annonce

Articles

  • 9 février 2012 · Manon Dumais
    Édition : montreal et gatineauottawa

    Le fils maudit

    L’extraordinaire Tilda Swinton porte sur ses épaules We Need to Talk About Kevin, de Lynne Ramsay, adaptation du roman-choc de Lionel Shriver.

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  • 10 février 2012 · 02h49 Jimmy Chartrand

    We need to talk about Kevin: mon enfer contre le tien

    Il y a ceux qui vivent dans le futur, dans l’avenir ou dans le passé, mais rares sont ceux qui profitent du moment présent, tout l’inverse de ceux qui le subissent, ce qui est entièrement le cas de Eva qui ne se trouve plus la force de vivre, l’ayant relégué pour le « subir » ce depuis l’ »Évènement », celui avec un « É » majuscule. Survivante pour peu, fléau pour tout le reste, nous sommes ici convié à se glisser dans la peau d’un protagoniste dénoncé et pointé du doigt. Lynne Ramsay, à défaut de subtilité à plusieurs moments, nous invite ainsi à une expérience cinématographique rare afin de s’imprégner d’un personnage et de ses pensées. Certes, malgré sa déconstruction il est possible d’y retrouver une lignée dramatique plus ou moins conventionnelle (la plupart des détails clés sont dévoilés au compte-goutte et ce, de façon toujours aussi troublante que bouleversante), mais dans ce va-et-viens constant entre le terrible aujourd’hui et le regrettable hier, tout ici est une question de « ressentir ». Puisque dans cet étalage d’horreur, Ramsay s’est donné le pari de toujours y déceler une parcelle de beauté, trouvant dans tout le mal ce qu’il y a de plus dur, mais également ce qu’il y a de plus beau, soit, la force même de pouvoir vivre en ayant la certitude de ne pas pouvoir prédire demain.

    Du coup, ne passons pas par quatres chemins puisque le sujet en soi n’est pas supposé être inconnu de ceux qui iront voir le film. Eva est bel et bien la mère d’un fils qui, un bon matin, a pris d’assaut son école et attaqué plusieurs de ses camarades. « Bowling for Columbine », « Elephant », « Polytechnique », non, nous ne sommes pas prêts de passer à travers un tel sujet puisqu’il continue d’être d’actualité. Par contre, tout en reprenant l’intérêt du moindre « Beautiful Boy », « We need to talk about Kevin » parvient ici à nous immiscer complètement dans la psychée de son personnage ici seule contre tout, contre le monde, contre sa propre personne. Le dilemme même de celle qui a « enfanté/élevé le monstre ».

    Tout en essayant de garder les deux pieds sur terre et en conservant la capacité de pouvoir les faire avancer l’un devant l’autre à chaque minute de son existence, voilà que la pauvre, vulnérable, fragile et détruite, ne peut cesser de repenser aux années qui la précède, envahi d’une culpabilité grandissante, incapable de pouvoir s’expliquer l’inexplicable.

    Et des réponses, puisqu’il n’en existe probablement pas, Ramsay n’est certainement pas là pour en offrir, à défaut de multiplier les suppositions, les théories ou tout ce qu’on soulève instinctivement. Par contre, cinéaste, elle soigne son oeuvre. De façon minutieuse, elle trouve beauté et audace dans ses plans, dans la construction de ceux-ci, dans son imagerie visuelle, dans sa poétique, dans son univers sonore, dans son montage, bref, tout fait état d’un monde contraire au sujet dépeint où toute laideur trouve son équivalent de beauté, nous forçant du coup à garder les yeux grands ouverts, à rester braquer sur l’immonde, à mi-chemin vers le voyeurisme, prêt à accepter de regarder un tel spectacle pour mieux se permettre d’y réfléchir en beauté.

    Certes, la première heure, cacophonique, chaotique et dispersée, en perdra plus d’un. Il s’agit pourtant bel et bien de se lancer à fond dans l’expérience et de trouver, au même titre que la protagoniste, la force de mieux réorganiser ses pensées et de passer du trouble au concret, à défaut de ne jamais pouvoir l’atteindre.

    Par contre, si la distribution s’impose par son caractère exemplaire, rien à faire des John C. Reilly, Ezra Miller ou même le jeune et impressionnant Jasper Newell, puisque la grande Tilda Swinton s’impose avec grâce. Celle qui épate par son physique et ses nuances de jeu qui savent toujours livrer une puissance sidérante, ne déçoit pas et la belle offre certainement ici son jeu le plus fin et le plus foudroyant à ce jour, ce qui n’est pas peu dire après quelque chose d’aussi magistral que ce qu’elle a démontré dans le très récent et magnifique « Io Sono L’amore ». Du coup, de la voir briller de tous ses feux dans un rôle aussi dur, crucial, mais qu’elle interprète avec un brio que même les mots ne savent plus comme encenser, mérite ici tout l’intérêt du monde, ce, pour quiconque le film ne saura plaire.

    Pour le reste, ce sera d’accepter la proposition et de se laisser dériver dans ce tourbillon de souvenirs, parfois clairs, parfois flous, mais pointant tous vers des évidences qu’on s’oblige tout en sachant qu’on se biaise probablement la véritable vérité qui ne nous sera jamais dévoilée. La façon dont on tisse délicatement le lien fragile et ardent qui unit la mère et son fils fait preuve d’une observation psychologique précieuse, rappelant aisément que les semblables s’éloignent à défaut de trop se rassembler, tout en restant ultimement connectée, malgré tout. Entre le désir de dénoncer et de pitié, notre âme se fend en deux, incapable de trancher, mais bien inspirer pour réfléchir, humainement prêt à trouver des coupables, en devant réaliser en toute faiblesse que la situation va bien au-delà.

    « We need to talk about Kevin » est donc un film-phare de la dernière année. Une splendeur d’une dureté notable, mais si éprouvante qu’on ne peut qu’en sortir boulerversé, irrité chez d’autres, mais certainement marqué par la force indiscutable du long-métrage qui sera ainsi à prendre ou à laisse par le caractère singulier de son audace qu’il aura su tenir jusqu’à sa dernière seconde.

    Jusqu’où peut aller l’amour d’une mère? Jusqu’où peut-on réparer les pots cassés? À quel point peut-on tolérer l’humiliation avant d’en avoir assez de vivre? Le film de Ramsay s’impose donc comme l’ultime épreuve. Pendant un instant, la fusion avec un personnage qui vit le pire imaginable ne devient plus qu’un avec le spectateur et le lien qui se crée entre ses derniers marque les esprits ne laissant que des marques, celles d’un film dont on ne se remettra pas de si tôt. À voir, à expérimenter, à vivre, coûte que coûte.

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