À cour inondée, responsabilité partagée

10 juillet 2012 10h14 · Geneviève Dorval-Douville et Sébastien Boyer

« Je comprends pas, qu’est-ce que la ville attend pour régler le problème? » Bien que ces récriminations soient probablement, du moins en partie, légitimes, ce qui nous frappe dans ce témoignage d’un concessionnaire automobile de Gatineau sur les dommages causés par les inondations de l’an dernier, c’est l’absence de questionnement sur sa propre responsabilité.

Ces grands stationnements, c’est le meilleur moyen d’avoir des inondations. Du bel asphalte mur à mur, c’est aussi autant d’eau qui ruisselle jusqu’aux égouts plutôt que de se retrouver dans le sol. Pour reprendre l’exemple de Gatineau, si on estime le terrain à 2 000 mètres carrés, et sachant que les pluies du 23 juin 2011 ont laissé 250 millimètres en 24 h, la quantité d’eau provenant du terrain du concessionnaire qui s’est dirigée vers le réseau d’égout est de… 500 000 litres. Les contribuables devraient-ils être obligés de payer pour agrandir les aqueducs afin de compenser pour tous ces stationnements surdimensionnés? La question mérite d’être posée.

Pourtant, des solutions existent : bassins de rétention naturels autour des stationnements, pavé absorbant permettant l’infiltration de l’eau de pluie… Pourquoi ne serait-ce pas le rôle des grands magasins et autres Power Center de mettre en place des mesures pour gérer leurs eaux de pluie? Une réglementation en ce sens serait-elle nécessaire?

Lorsqu’il est question d’inondations,  nous compatissons avec les victimes, ce qui est tout à notre honneur; nous discutons de l’évènement météo exceptionnel, sur lequel nous n’avons aucun contrôle, et finalement nous écoutons les citoyens et commerçants accuser les gouvernements de tous les maux lorsqu’ils tardent à régler la situation ou ne paient pas. Mais entendons-nous des messages remettant en question nos façons de faire? Jamais.

Pourtant, que ce soit les entreprises ou les citoyens, tous peuvent être au cœur des solutions lorsque des difficultés surgissent, qu’il s’agisse d’inondations ou d’autres événements. Oui, la ville et le gouvernement ont un rôle à jouer, mais peut-on se demander ce qu’on peut faire? Si nous ne serions pas un peu la cause du problème? C’est vrai pour ces propriétaires de stationnements, mais aussi pour tous ces résidents qui achètent des maisons en terrains inondables.  Lorsque des inondations surviennent dans ces zones où tout indiquait que ça allait arriver, est-ce au gouvernement de payer pour réparer les pots cassés? À chaque fois? Cette question est certainement  un sujet tabou, mais il est peut-être temps d’arrêter de se fermer les yeux sur notre façon de vivre.

Les milieux d’affaire et la droite en général ont la réponse rapide lorsqu’il est temps de demander aux gouvernements  de ne pas réglementer et de moins taxer.  Mais lorsqu’un service n’existe pas ou leur semble inadéquat, ils sont les premiers à le dénoncer, sans même se demander s’ils pourraient contribuer à élaborer une solution. Soyons conséquents, prenons nos responsabilités!

Note : Pour plus d’informations sur des façons de repenser l’urbanisme, nous vous invitons à visionner le court documentaire de Vivre en Ville : www.sagacite.org

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