Les petites choses

10 novembre 2012 12h25 · Hugo Prévost

Comment votre soirée électorale s’est-elle déroulée? Après deux ans de préparatifs, il s’agissait (enfin!) de la grand-messe des électeurs américains, alors que la planète en entier attendait de voir qui allait l’emporter. Au-delà de l’élection en elle-même, il était également question du passage obligé pour tous les médias sérieux: la redoutée soirée électorale. Dans ce cas, en plus, il ne s’agissait pas d’une banale élection municipale dans un coin reculé; il s’agissait des États-Unis, rien de moins.

Comme prévu, les journaux, la radio, la télévision et même les médias électroniques ont sorti le grand jeu: correspondants éparpillés un peu partout, comptes rendus sur place, sondages à la sortie des urnes, analystes en studio, grands écrans tactiles montrant, en temps quasi réel, les résultats dans chaque comté… Délaissant quelque peu le diffuseur national, j’ai plutôt opté pour CNN, Wolf Blitzer, ses lunettes quelque peu étonnantes et son équipe. Pourquoi, après tout, se contenter d’une seule possibilité quand le Cable News Network a enfin l’occasion de se démarquer et de prouver qu’il peut encore être utile?

Rendons à César ce qui lui appartient: la soirée électorale de CNN a été sans faille. Aucun incident du côté du superbe outil informatique pour comptabiliser les résultats, un emploi judicieux des correspondants sur le terrain (même si nous avons eu notre dose de centres beiges de dépouillement des voix), un recours parfait aux analystes… et même un petit extra, avec l’antenne de l’Empire State Building qui s’illuminait de rouge et de bleu pour marquer la progression des votes pour les deux candidats. Un accompagnement parfait au buffet americain de circonstance.

Ce qui a surpris, toutefois, durant cette soirée électorale, ce sont les petites choses. Tout d’abord, les studios de CNN semblent particulièrement grands; il s’agit sans doute d’un effet d’optique, mais les changements de caméras et les passages du grand tableau indicateur à l’écran tactile révélaient de grands pans d’espace vide. Rien d’alarmant, mais, si je ne me trompe pas, cette technique de l’aire ouverte n’existe pas dans le domaine du journalisme télévisé québécois. Il y a bien le Centre de l’information de Radio-Canada, certes, mais la grande salle est quand même utilisée par des journalistes qui y travaillent…

Autre truc étrange, la diffusion de la soirée électorale était entrecoupée de publicités à saveur électorale appelant à voter pour le développement gazier et pétrolier ou, pire, le charbon « propre ». Bien entendu, les règles sur les publicités du genre sont plus laxistes chez nos voisins du Sud qu’ici, mais pour un média devant être objectif, j’en ai ressenti un certain malaise. Un peu comme si Radio-Canada, pendant sa soirée électorale provinciale, diffusait des publicités invitant à voter pour le développement des gaz de schiste… Personne n’est nommé directement, bien sûr, mais il est particulièrement aisé d’établir un lien entre l’enjeu et le parti qui défend celui-ci.
***
D’un point de vue journalistique, cette campagne électorale 2012 représente sans doute le plus haut niveau d’implication du secteur médiatique dans le domaine de la politique. De mémoire, l’omniprésence des médias, des reporters et des fact-checkers, ces chevaliers de l’honnêteté intellectuelle, n’aura jamais été aussi imposante, écrasante, voire étouffante. De l’ombre du début des primaires républicaines au dévoilement des résultats, mardi soir, il se sera produit un nombre incalculable d’articles, d’analyse de résultats de sondages, d’entrevues, de reportages de fond…

L’interminable campagne des républicains pour désigner leur candidat aura d’ailleurs contribué à cette boulimie médiatique. Il aura fallu endurer les frasques, l’ignorance, et la plupart du temps les mensonges éhontés des Rick Perry, Herman Cain, Michelle Bachmann, Rick Santorum, Newt Gingrich, Ron Paul… et même de Mitt Romney et de Barack Obama qui ont multiplié les vérités distordues dans leurs publicités respectives, ainsi que durant les débats. Rappelons d’ailleurs le simili coup de gueule de Candace Crowley, l’animatrice du deuxième débat présidentiel, qui a promptement remis Mitt Romney à sa place en lui indiquant qu’il se trompait; un petit acte de revanche bien mérité pour toutes les énormités qu’il est normalement impossible de dénoncer directement sans sembler prendre position.

Pour en revenir aux fact-checkers, l’une des personnes avec qui j’écoutais la soirée électorale a eu cette idée : pourquoi ne pas avoir, en direct, une équipe de ces vérificateurs qui pourraient indiquer aux candidats, lors de débats, s’ils sont honnêtes ou s’ils parlent à tort et à travers? Bon, laissons tomber l’idée d’une pénalité pour avoir menti, mais avec des ressources suffisantes, il s’agirait-là de la conclusion logique d’un travail déjà entamé plus directement pendant la dernière campagne provinciale, entre autres à Radio-Canada et du côté de La Presse. Les faits, rien que les faits: voilà ce qui ne fera jamais de tort à une entreprise médiatique honnête.

En attendant, prend-on les paris pour 2016?

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    Journaliste poilu. Mène une double vie de reporter à La Presse Canadienne et de rédacteur en chef de Pieuvre.ca.

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