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	<title>Hugo Prévost &#187; société</title>
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		<title>Les Âges farouches</title>
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		<pubDate>Wed, 15 May 2013 16:44:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hugo Prévost</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Quelque chose ne tourne pas rond dans le journalisme québécois. Quelque chose ne tourne pas rond en journalisme tout court, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p dir="ltr">Quelque chose ne tourne pas rond dans le journalisme québécois. Quelque chose ne tourne pas rond en journalisme tout court, pourrez-vous arguer &#8211; et vous aurez entièrement raison -, mais le cas québécois semble plus pressant, voire plus urgent. Plus désespéré, aussi, sans doute. Que se passe-t-il donc dans cet univers provincial de si particulier, pour que je lance un énième appel au changement?</p>
<p dir="ltr">Petit portrait d’ensemble:</p>
<p dir="ltr">-La guerre des hebdomadaires se poursuit entre TC Media et Québecor. Dernières victimes en date: une dizaine de journalistes de chez TC, soit environ la moitié des effectifs des différents hebdos de la région montréalaise, se retrouveront au chômage le 15 mai en raison de «coûts trop élevés». Et ce même si les salaires, avance le syndicat, ne représentent que 6 pour cent des dépenses de l’entreprise.</p>
<p dir="ltr">-<em>La Presse</em> joue son va-tout avec sa nouvelle application iPad. Si on affirme que le plateau des 100 000 téléchargements a été atteint et dépassé, je suis curieux de savoir si les revenus publicitaires suivront. En attendant, certains commentaires font déjà état de son côté tristement statique par rapport à, tiens donc, le “vieux” site web lapresse.ca.</p>
<p dir="ltr">-Radio-Canada procède à plusieurs embauches, mais la fin de Bande à part et les décisions répétées des conservateurs de serrer la vis au diffuseur d’État laissent craindre de nouveaux licenciements.</p>
<p dir="ltr">-Du côté de Québecor, le couperet est tombé au Journal de Montréal, comme on le sait. J’ignore cependant la situation chez QMI et dans les autres publications du groupe.</p>
<p dir="ltr">Il faut ajouter, à cela, une pléthore de petits médias web qui vivotent, la plupart du temps sans revenus dignes de ce nom, et grâce à des journalistes et blogueurs bénévoles. Après tout, les sites les plus connus, ceux du groupe Branchez-Vous, ont été rachetés et promptement fermés par Rogers. On a invoqué des revenus insuffisants. Si le Huffington Post version québécoise est toujours bien vivant, je ne serais pas surpris que la compagnie mère canadienne, voire américaine, renfloue les coffres en attendant d’obtenir un nombre de clics suffisant pour assurer un niveau de revenus décent.</p>
<p dir="ltr">Le République, enfin, après un départ fort médiatisé, l’imposition d’un mur payant et une campagne de financement Kickstarter, semble quelque peu tourner à vide: l’Association des journalistes indépendant a récemment mentionné, sur sa liste d’envoi, que le nouveau média utiliserait désormais un système basé sur le nombre de clics pour rémunérer ses journalistes, abandonnant du même coup sa structure de tarifs fixes.</p>
<p dir="ltr">Que faire dans cette situation? Le journalisme québécois semble plongé dans un marasme, entre grands médias vivant plus ou moins difficilement la transition aux annonces numériques et petits médias coincés dans un marché souvent insuffisant pour véritablement percer.</p>
<p dir="ltr">La dernière tentative en date pour éviter le naufrage, ou du moins écoper l’eau qui entre dans la barque a pris la forme du rapport Payette sur l’avenir du journalisme québécois, promptement relégué aux oubliettes à la faveur d’un changement de gouvernement, d’une cure d’austérité et d’un blocage sur la question de la «certification» de journaliste professionnel. En attendant, les normes d’accès à l’aide financière pour les médias communautaires n’ont pas été modifiées, et les médias web &#8211; bien souvent plus innovateurs que les hebdomadaires et mensuels qui profitent du programme &#8211; sont toujours exclus de la structure de financement.</p>
<p dir="ltr">Ce que je propose &#8211; et cela est sans doute quelque peu naïf &#8211; est un examen en profondeur du journalisme québécois. Madame Payette l’avait bien tenté, même si elle ne s’était pas attaqué à la concentration de la presse, mais l’effort semblait insuffisant pour véritablement faire bouger les choses. À preuve, rien n’a changé!</p>
<p dir="ltr">Un examen en profondeur, donc, où tous les acteurs seraient invités: groupes de presse, indépendants, nouveaux joueurs web, chaînes d’information, journaux anglophones (oui, ils existent), radios, associations de journalistes&#8230; la conversation doit être véritablement globale pour que les idées qui y seraient adoptées soient respectées par le plus grand nombre, et que de véritables changements puissent avoir lieu.</p>
<p dir="ltr">Je ne parle cependant pas de casser les oligopoles et de rebâtir le milieu à neuf; il y a des limites à rêver en couleurs! Ce qu’il faut, toutefois, c’est s’assurer que la relève ne se retrouvera pas dans un marché asphyxié où les rares emplois sont particulièrement précaires, ou impliquent des conditions de travail tendant vers le ridicule, resserrement des budgets oblige.</p>
<p dir="ltr">La FPJQ et le Conseil de presse du Québec pourraient par ailleurs en profiter pour enterrer la hache de guerre et faire la promotion d’une presse professionnelle, respectueuse de l’éthique et offrant un produit de qualité.</p>
<p dir="ltr">Le processus sera lent, tortueux, voire pénible à un certain moment, mais en refusant de rassembler ainsi les forces vives du journalisme pour construire un meilleur modèle d’affaires et de meilleures normes médiatiques, le Québec court à l’effritement lent et sournois de son «quatrième pouvoir». Et cela, personne ne le souhaite.</p>
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		<title>Que faire des (damnés) pigistes?</title>
		<link>http://voir.ca/hugo-prevost/2013/03/29/que-faire-des-damnes-pigistes/</link>
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		<pubDate>Fri, 29 Mar 2013 12:51:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hugo Prévost</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La colère gronde au Journalismistan: l’Association des journalistes indépendants du Québec (AJIQ) est en guerre ouverte contre le nouveau contrat [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p dir="ltr"><strong>La colère gronde au Journalismistan: l’Association des journalistes indépendants du Québec (AJIQ) est en guerre ouverte contre le nouveau contrat de TC Média (anciennement Transcontinental) après la publication et le début de la mise en circulation d’un nouveau contrat présenté aux collaborateurs des diverses publications de ce qu’il faut bien, désormais, appeler un empire. Après tout, TC publie environ la moitié des hebdomadaires du Québec, en plus de très nombreux magazines et du quotidien gratuit <em>Métro</em>. Le hic, c’est que ledit contrat inaugure une nouvelle ère de médiocrité pour l’ensemble des pigistes.</strong></p>
<p dir="ltr">Je vous ferai grâce de certains détails du contrat en question, mais en voici les grands points: les journalistes doivent tout céder. Et quand je dis tout, je parle des droits normaux d’utilisation et des droits moraux. Cela signifie que TC Media peut décider de reprendre un texte ou une section de texte écrit par un journaliste, en changer le sens, l’utiliser dans un contexte publicitaire, le diffuser dans l’ensemble de ses médias, en plus d’en retirer le nom du journaliste. Pas question d’offrir une rémunération supplémentaire si le texte apparaît à deux endroits, par exemple.</p>
<p dir="ltr">Pas question non plus &#8211; et là est un autre aspect insidieux de la chose &#8211; de vendre votre contenu sur une plateforme qui n’existe pas encore. Le contrat de TC Media couvre en effet l’ensemble des plateformes qui existent, et qui existeront jusqu’à la fin des temps. Dites donc adieu à vos rêves de faire paraître votre article sur le nouveau eye-Phone de l’an 3000.</p>
<p dir="ltr">Pour répondre à TC Media, plusieurs associations de journalistes indépendants, au Canada anglais comme ici avec l’AJIQ, ont décidé d’appeler à un boycottage généralisé du nouveau contrat, en espérant faire, à la longue, plier leur employeur potentiel. Partant du principe que <em>«80 pour cent du contenu des magazines est l’oeuvre de pigistes»</em>, ces journalistes à la pige n’entendent pas lâcher le morceau.</p>
<p dir="ltr">Si j’appuie tout à fait cette campagne de l’AJIQ et des journalistes indépendants (je suis d’ailleurs membre de l’association depuis plusieurs années), force m’est de reconnaître que des moyens beaucoup plus musclés seront nécessaires pour faire changer d’avis l’empire médiatique qu’est TC Media.</p>
<p dir="ltr">Voyons les choses en face: si l’argument de TC Media voulant que ces nouvelles conditions soient le reflet d’un «changement en profondeur» dans l’univers journalistique (mutations numériques obligent) est tout à fait risible, l’ampleur des moyens dont dispose la compagnie est gigantesque en comparaison de la volonté des 170 membres de l’AJIQ.</p>
<p dir="ltr">Cette crise est en fait typique de l’état de l’industrie de l’information au Québec (et ailleurs dans le monde), alors que tout un chacun continue d’être affecté par la crise des revenus publicitaires.</p>
<p dir="ltr">Comment éviter que ce raz-de-marée engloutisse les conditions de travail chèrement défendues des journalistes, au nom de la sacro-sainte adaptation au web? Voici quelques suggestions:</p>
<p dir="ltr"><strong>1-Tout d’abord, il y a la possibilité de créer un véritable syndicat rassemblant l’ensemble des journalistes du Québec, pigistes ou non</strong></p>
<p dir="ltr">L’idée est très loin de faire consensus, puisque cela impliquerait de former un «ordre professionnel» du journalisme, et donc de quantifier les qualifications nécessaires afin de pratiquer la profession. Si j’ai, par exemple, choisi de suivre les cours du certificat en journalisme à l’Université de Montréal avant de me lancer officiellement dans la jungle médiatique, bon nombre de ténors de l’info n’ont pas fait ce choix, ou ont saisi une première opportunité médiatique en sortant du cégep, sans retourner aux études par la suite.</p>
<p dir="ltr">Tenter de baliser le parcours de formation journalistique risquerait donc de tourner rapidement au cauchemar, mais la création d’une entité regroupant l’ensemble des journalistes, et à laquelle l’adhésion serait obligatoire, résulterait en une puissance de négociation dépassant de loin celle des syndicats locaux, ou encore nationaux existants à l’heure actuelle. Les médias seraient alors libres de négocier la convention collective ayant cours avec leurs employés, mais certains paramètres pourraient être fixés, comme la rémunération au feuillet pour les pigistes, qui n’a pas augmenté depuis des lustres.</p>
<p dir="ltr"><strong>2-Relancer le débat sur le statut de journaliste professionnel</strong></p>
<p dir="ltr">Qui dit syndicat dit certainement statut de professionnel, mais il serait sans doute possible de relâcher l’étau des groupes médiatiques sur leurs journalistes en établissant une fois pour toutes les paramètres nécessaires à l’obtention d’un statut de «journaliste professionnel». L’AJIQ a sa carte de presse, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) a la sienne, et ce sans compter les cartes émises par les différents médias.</p>
<p dir="ltr">Le statut de journaliste professionnel, accompagné d’une carte mentionnant la chose et agissant comme carte de presse universelle, est la première idée mentionnée dans le rapport de Dominique Payette sur l’avenir de l’information au Québec. L’étude avait été commandée par le précédent gouvernement, sous l’égide de la ministre des Communications d’alors, Christine Saint-Pierre. Si des discussions ont bel et bien été entamées sur la question, la bisbille entre la FPJQ, le Conseil de presse du Québec et d’autres acteurs du milieu sur les prérogatives de chacun a coulé l’idée, et le rapport a été promptement jeté aux oubliettes.</p>
<p dir="ltr">Oh, il y a bien eu cette tentative de transformer Télé-Québec en point nodal de l’information régionale, mais les compressions annoncées par le gouvernement Marois ont sans doute plongé le tout dans les limbes financières. Le ministre Kotto a certainement d’autres chats à fouetter en ce moment.</p>
<p dir="ltr">Et pourtant&#8230; et pourtant, le monde du journaliste a beau rassembler moins d’employés que des secteurs économiques plus connus (la construction, la santé, l’exploitation forestière, etc.), il n’en reste pas moins qu’une presse en santé est essentielle à une vie publique solide et étoffée (on le saura!). Voilà pourquoi il est essentiel de posséder un monde journalistique riche et diversifié, et dont les acteurs possèdent des conditions de vie acceptables et suffisantes pour accomplir correctement leur travail. Qu’aurait-on dit si les journalistes d’enquête, entre autres derrière les allégations ayant forcé l’organisation de la commission Charbonneau, avaient tous tenu des projets de financement Kickstarter pour s’assurer d’avoir les fonds nécessaires pour aller de l’avant?</p>
<p dir="ltr">Je suis donc persuadé que la société dans son ensemble doit mettre la main à la roue. Le gouvernement devrait ainsi s’impliquer dans les discussions avec les acteurs du milieu pour clarifier une fois pour toutes la question du statut de journaliste professionnel, et en profiter pour revoir les conditions de travail du milieu. La situation ne se corrigera certainement pas d’elle-même, puisque les entreprises de presse n’ont aucun incitatif à revoir leurs positions si des reporters finissent par s’astreindre à travailler dans des conditions désavantageuses. Et cela vaut autant pour les pigistes que pour les employés à long terme.</p>
<p dir="ltr">Il est donc temps d’avancer dans une seule direction, plutôt que d’espérer que la main magique du marché vienne au secours des travailleurs de l’information. Après tout, si cela n’arrive pas pour les banques, pourquoi cela arriverait-il pour les médias? Et comme je doute fort que le FMI veuille prêter des milliards aux grands médias&#8230;</p>
<p>Que faire des damnés pigistes, donc? Les soutenir, leur offrir de bonnes conditions de travail et enfin former un front uni pour défendre le travail journalistique bien fait, à un bon prix. Sans cela, c’est la mort lente du cinquième pouvoir&#8230; Ou est-ce le quatrième?</p>
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		<title>Multiplicité</title>
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		<pubDate>Mon, 04 Mar 2013 19:17:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hugo Prévost</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><em>Multiplicité</em>. Pas le film de 1996 avec Michael Keaton et Andie MacDowell, rassurez-vous, mais plutôt cet intéressant phénomène qui se manifeste peu à peu dans les médias québécois, soit la diversification sur le web des médias traditionnels.</strong></p>
<p>Si la première étape, dans la migration d’un média traditionnel &#8211; et plus particulièrement d’un média écrit &#8211; vers Internet consistait logiquement à copier-coller le contenu écrit dans les pages du journal ou du magazine sur une page web, l’offre médiatique s’est bien entendu rapidement diversifiée. Transition vers une radio numérique pour les stations, diffusion de contenu intégral ou de bulletins pour les chaînes de télévision&#8230; le refrain est connu, et cela permet aujourd’hui à des diffuseurs tels que Radio-Canada d’offrir ses trois médias aux internautes, partout sur la planète.</p>
<p>L’agréable surprise est plutôt de voir l’apparition, par exemple, d’une radio web au <em>Journal de Montréal</em>, qui est entrée en ondes récemment. Bien que, paradoxalement, ramener Gilles Proulx au micro semble ressembler à un retour aux années 1990, si l’on considère le tout d’un angle purement commercial, Québecor a eu parfaitement raison d’investir dans un nouveau studio. En créant un nouveau média web, l’entreprise dirigée par Pierre-Karl Péladeau s’assure de disposer d’un nouveau canal de diffusion pour ses informations et son contenu.</p>
<p>Si le développement multiplateforme de l’agence QMI ne s’est pas toujours effectué sans heurts &#8211; rappelez-vous cette <a target="_blank" href="http://www.youtube.com/watch?v=9ZCymrVkNOU" >vidéo surréaliste</a> sur l’évacuation du siège social de QMI il y a quelques temps -, le développement d’une radio web répond à d’autres impératifs. Aucun besoin, tout d’abord, de tenter de vendre ce produit à d’autres médias: le lien est plutôt direct entre les producteurs de contenu et les auditeurs, et ce peu importe le contenu produit. Québecor évite également de devoir investir dans l’achat d’une station physique, avec les contraintes financières et techniques que cela suppose; adieu, donc, les questions de fréquences et de puissance d’émetteur. Suffit de posséder un micro et un serveur, et voilà!</p>
<p>Pas question, non plus, de devoir affronter le CRTC pour obtenir une licence d’exploitation.</p>
<p>Du côté de <em>La Presse</em>, les artisans du quotidien de la rue Saint-Jacques offrent déjà, depuis quelques années, des capsules vidéo dont la qualité n’a eu de cesse de s’améliorer avec le temps. Il était peu surprenant de voir, d’ailleurs, qu’une offre d’emploi pour un poste de caméraman était récemment affichée.</p>
<p>Cette multiplication des modes de diffusion de l’information sur le web est sans doute ce qui peut arriver de mieux dans le marché médiatique québécois sur-concentré. En évitant de lancer de nouveaux produits physiques ou, pire, d’avaler des produits indépendants déjà existants, pour se concentrer sur le développement des plateformes Internet, ces médias fournissent non seulement des emplois, mais évitent de provoquer une surexposition de l’information sur les canaux habituels. En ce sens, donc, on ne peut que souhaiter que ces idées se multiplient. À quand une radio du <em>Devoir</em>, ou une table ronde filmée pour <em>L’Actualité</em>?</p>
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		<title>Prendre le temps d’arriver au Sommet</title>
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		<pubDate>Sat, 23 Feb 2013 17:54:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hugo Prévost</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Plus que deux jours avant le fameux Sommet de l’enseignement supérieur, qui sera piloté par le ministre Duchesne, et qui [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Plus que deux jours avant le fameux Sommet de l’enseignement supérieur, qui sera piloté par le ministre Duchesne, et qui occupe une bonne partie de la classe politique et de la société civile depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois.</strong></p>
<p><strong></strong>Les médias ne font certainement pas exception: les propositions en vue de révolutionner l’enseignement supérieur pleuvent, et les journalistes n’ont qu’à tendre la main pour saisir des experts, des études et des mémoires de toutes formes. Gratuité, dés pipés, farce, indexation, gel, votes de grève, déclarations à l’emporte-pièce ou tirades mûrement réfléchies; le contenu journalistique abonde.</p>
<p>Et pourtant, les médias semblent être passés à côté d’une belle occasion d’exercer leur pouvoir d’”éducation populaire” sur les enjeux de fond de la société. Voilà du moins ce qu’avancent Florian Sauvageau et Simon Thibault, qui se sont penchés sur la couverture médiatique du conflit étudiant et du “printemps érable” dans son ensemble &#8211; l’attention médiatique envers le Sommet devant débuter lundi n’a sans doute pas encore été examinée, bien que la tendance n’ait pas dû profondément changer.</p>
<p>Le résultat? Dans une lettre publiée dans <em>Le Devoir</em> de <a target="_blank" href="http://www.ledevoir.com/politique/quebec/371318/les-medias-ont-ils-failli-a-la-tache" >mercredi dernier</a>, ils expliquent que l’information a été fournie au compte-gouttes, au jour le jour, et que les raisons fondamentales de l’existence de cette crise étudiante et sociale ont majoritairement été occultées par la casse et l’esbroufe médiatique de l’ensemble des parties (je paraphrase).</p>
<p>“Les 59 participants aux six groupes de discussion, menés en juin par le sociologue Michel Lemieux, avaient pour la plupart augmenté leur consommation médiatique pendant le conflit. En revanche, et bien qu’ils aient été largement informés, voire surinformés au point d’en être saturés, plusieurs disaient toujours ne pas comprendre les « enjeux de fond » ; ce constat était, en fait, le « point central de toutes les remarques », souligne Michel Lemieux”, est-il écrit dans cette lettre. Celle-ci indique également que le taux de textes consacrés à l’analyse du conflit n’a que faiblement approché des 10 pour cent, et ce, encore, dans Le Devoir (avec 7 pour cent), tandis que ce taux avoisine les 2 pour cent au Journal de Montréal.</p>
<p>Au-delà des clichés qui viennent aisément à l’esprit, force est d’admettre que MM. Sauvageau et Thibault ont parfaitement raison: les médias se sont en effet concentrés sur le côté immédiat de la contestation. Pieuvre.ca n’est certainement pas en reste. Après tout, nous avions spécialement dépêché un photographe pour deux des manufestations&#8230; le sexe fait encore vendre, à voir le nombre de clics le lendemain et les résultats de recherche Google menant à notre site.</p>
<p>Là où je me questionne, c’est à savoir s’il appartient constamment aux journaux quotidiens d’explorer en profondeur l’ensemble des enjeux soulevés par un problème ou un dossier spécifique. Par définition, et les deux chercheurs l’expliquent parfaitement à la fin de leur lettre, les médias, quels qu’ils soient, sont limités en fonction des ressources dont ils disposent. Après tout, personne n’a une salle de rédaction de taille infinie avec un nombre tout aussi infini de journalistes. Il faut donc effectuer des choix, d’autant plus que l’actualité n’arrête pas de tourner pendant ce temps. En prenant de telles décisions, les questions analytiques se retrouvent souvent reléguées aux pages d’analyse ou de chronique, ou encore, dans le cas du Devoir, aux pages du cahier Perspectives durant la fin de semaine.</p>
<p>À ce compte, ne reviendrait-il pas aux publications hebdomadaires, bihebdomadaires, mensuelles et que sais-je encore, disposant d’un peu plus de recul médiatique, de s’intéresser a ces dossiers chargés? Le problème réside peut-être dans le dilemme entre le désir de tout savoir, immédiatement, et la nécessité de prendre du temps pour saisir, comprendre et disséquer les grandes questions de l’heure. Rome ne s’est pas bâtie en un jour.</p>
<p>Bien entendu, il est simple &#8211; et normal &#8211; de rejeter la faute sur un certain désir de sensationnel dans les médias. La situation est la même partout, et dépasse les simples frontières de l’information. Le renversant, l’étonnant et le choquant sont souvent plus vendeurs que l’articulé, l’analysé et l’examiné.</p>
<p>La solution? Peut-être quelques heures de plus dans une journée, ou encore un texte d’analyse sociale ou politique avec chaque journal acheté? Le temps, voilà ce qui fait défaut. Dans une société où chaque seconde semble compter et où, paradoxalement, les gens passent toujours plus de temps à se divertir, le gouvernement semble avoir compris que le temps, c’est de l’argent. Après tout, le Sommet durera une journée et demie. À quand le texte d’analyse journalistique?</p>
<p>PS: pour les intéressés, <em>Le Devoir</em> publie justement samedi un dossier sur le Sommet.</p>
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		<title>Embargo, mon amour</title>
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		<pubDate>Fri, 08 Feb 2013 20:09:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hugo Prévost</dc:creator>
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		<description><![CDATA[En journalisme, il existe quelques états de fait inéluctables auxquels il faut se frotter un jour ou l’autre: un pupitreur [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>En journalisme, il existe quelques états de fait inéluctables auxquels il faut se frotter un jour ou l’autre: un pupitreur qui charcute un peu trop votre texte, un relationniste qui vous appelle avec beaucoup trop d’enthousiasme dans la voix, des titres de courriels en majuscules, ou encore des communiqués de presse en format JPEG&#8230;</strong></p>
<p>En temps normal, il est assez aisé de passer outre ces petits aléas de l’existence médiatique. Il s’agit, la plupart du temps, de circonstances extraordinaires ou de situations ne se produisant que quelques rares fois.</p>
<p>Dans le cas des embargos médiatiques, cependant, on a affaire à une nuisance qui refuse obstinément de disparaître.</p>
<p>Pas que l’embargo soit totalement dénué d’intérêt ou d’importance, remarquez bien. Après tout, il est tout à fait normal &#8211; et sensé &#8211; d’imposer un black-out médiatique sur des mesures budgétaires, par exemple, ou dans le cadre d’une nouvelle ayant des conséquences prévisibles particulièrement importantes.</p>
<p>Pour les journalistes culturels, l’embargo est toutefois un empêcheur de critiquer en rond: la plupart du temps imposé par les grandes compagnies désireuses de protéger l’image de leur produit devant rapporter gros, il représentera pratiquement l’équivalent d’une peine de mort pour quiconque tentera de le braver. Si l’on peut comprendre l’importance de faire paraître une critique le plus près possible de la date de sortie d’un film, par exemple, afin d’en maximiser l’impact médiatique, la croissance toujours plus importante du journalisme citoyen en matière culturelle et la multiplication des blogueurs est en passe de rendre ces exigences caduques.</p>
<p>En effet, comment empêcher, par exemple, qu’un blogueur ayant un grand public ne diffuse sa critique d’un film plus tôt que ce à quoi ont droit les journalistes attitrés? Il me revient, à ce sujet, une anecdote à propos de la reprise d’Alice au pays des merveilles par Tim Burton, sortie il y a quelques années: si les journalistes accrédités ayant vu le film en projection de presse se sont fait imposer un strict embargo, les membres du public ayant assisté à une séance spéciale, eux, n’ont reçu aucune consigne. À quoi bon, alors, imposer un embargo si tout un chacun peut en parler s’il ne provient pas d’un grand média?</p>
<p>L’embargo dans le domaine culturel, d’ailleurs, donne une certaine impression de peur de la part de la maison de production, de la maison de disques, ou encore de l’éditeur: y a-t-il vraiment une crainte qu’une critique vitriolique plombe les chiffres de vente? Si tel est le cas, pourquoi ne pas simplement interdire toute critique? Remarquez, toutefois, des mauvaises critiques n’ont jamais empêché un produit culturel de vendre&#8230;</p>
<p>Le domaine scientifique est un autre domaine de l’univers médiatique où l’embargo se situe dans une zone grise. On peut comprendre l’importance de taire certaines découvertes jusqu’à ce que les circonstances soient appropriées &#8211; quoique dans certains cas, les organismes se débarrassent des empêcheurs de tourner en rond que sont les journalistes et leur révèlent la nouvelle en même temps que tout le monde, la plupart du temps -, mais en acceptant de facto la notion d’embargo, il existe certains risques de généralisation hâtive.</p>
<p>Il m’est arrivé, récemment, de violer malencontreusement un embargo sur une étude scientifique portant sur le niveau de stress perçu par les homosexuels ayant avoué leur orientation sexuelle. La recherche, qui ne comportait pas vraiment d’informations majeures susceptibles de provoquer une révolution sociale ou scientifique, était malgré tout frappée d’un embargo, que j’ai brisé sans m’en rendre compte un peu moins de 24 heures avant la date prévue. J’ai été rapidement ramené à l’ordre par non pas un, mais deux courriels impératifs (dont un avec un titre en majuscules comportant plusieurs points d’exclamation) m’informant de mon horrible trahison. Le problème a été rapidement réglé, mais il est possible de se demander si l’habitude d’imposer un embargo ne revient pas, dans une perspective plus large, à contrôler la circulation des informations se trouvant entre les mains des journalistes.</p>
<p>En usant (et parfois abusant) de l’embargo, les organismes, instances et autres agences nourrissant les médias nuisent plus qu’ils ne facilitent la libre circulation de l’information. Cette stratégie est sans doute plus adéquate du point de vue des relations publiques, mais le travail d’un journaliste est justement d’aller au-delà de ces contraintes souvent frustrantes. Ne serait-il pas temps de revoir ces pratiques afin de limiter le recours aux embargos aux situations qui l’exigent vraiment?</p>
<p>Une fois cela terminé, il sera encore temps de s’occuper des communiqués de presse sous forme d’image&#8230;</p>
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		<title>De l&#8217;importance de l&#8217;internationalisme journalistique</title>
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		<pubDate>Fri, 25 Jan 2013 18:52:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hugo Prévost</dc:creator>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[cnn]]></category>
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		<description><![CDATA[Le journalisme d’enquête se meurt. Bon, cette branche du métier n’est certes pas sur le point de disparaître, mais les [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Le journalisme d’enquête se meurt.</strong></p>
<p>Bon, cette branche du métier n’est certes pas sur le point de disparaître, mais les pressions sur ce genre journalistique sont de plus en plus fortes, dans un contexte rarement vu de baisse marquée des revenus publicitaires entraînant des compressions majeures dans les salles de rédaction.</p>
<p>Le refrain est bien connu: envoyer des journalistes en reportage à l’étranger coûte cher (très cher!), sans compter les assurances pour les zones de guerre, les risques de perte de matériel, les frais de logement&#8230; Pourquoi, d’ailleurs, dépenser toutes ces sommes pour des reportages sur une autre guerre anonyme dans un quelconque désert, ou sur d’autres prostituées plongées dans l’enfer de la drogue, alors que tant de nouvelles passent sous silence ici? Raison de plus, dans ce cas, pour garder des journalistes dans les grands centres, ou du moins au pays, plutôt que de les expédier à l’autre bout de la planète.</p>
<p>Bien entendu, il s’agit ici d’un sarcasme quelque peu généralisateur. Il est vrai, tout d’abord, que les baisses de revenus ont forcé un recentrage sur les activités médiatiques nécessitant des investissements moins importants. Il est également vrai qu’avec des dossiers comme la corruption, les revendications autochtones, les changements climatiques, et les transformations dans le paysage politique québécois, les médias ne manquent pas non plus de sujets à couvrir.</p>
<p>Ce qui est déplorable, toutefois, c’est que l’abondance de nouvelles sur la scène locale, provinciale ou nationale remplace pratiquement complètement l’actualité internationale. Le principe du mort kilométrique aidant, la prise d’otages en Algérie, par exemple, a suscité un tout nouvel intérêt lorsque les autorités algériennes ont affirmé que deux Canadiens faisaient partie des preneurs d’otages.</p>
<p>La guerre au Mali offre un nouvel exemple assez flagrant: l’attention est principalement portée vers Ottawa et la décision du gouvernement conservateur de prolonger son prêt d’un avion de transport C-17 à la France, tandis que les combats ne méritent qu’un entrefilet, ou sont rapportés par des agences de presse.</p>
<p>Ce désintérêt envers la chose internationale &#8211; et, incidemment, les reportages au long cours ailleurs sur la planète &#8211; est particulièrement bien résumé dans un segment dévastateur du <a target="_blank" href="http://www.thecomedynetwork.ca/Shows/TheDailyShow?videoPackage=129456" ><em>Daily Show</em> daté du 14 janvier</a>. Le reporter John Oliver rencontre Kaj Larsen, reporter de terrain ayant déjà voyagé partout sur la planète pour CNN, et qui est désormais consultant pour&#8230; la télésérie sur le journalisme <em>The Newsroom</em>. Interrogé à ce sujet, Larsen répond que son ancien employeur a discrètement éliminé tout le financement pour le journalisme d’enquête, y compris les reportages internationaux.</p>
<p>Ce qui choque le plus, dans toute cette histoire, est que CNN est l’une des chaînes disposant d’une quantité impressionnante de fonds. Si le réseau a cédé la première place en matière d’auditeurs à Fox News, il a malgré tout pu compter, entre autres, sur du journalisme en profondeur, étayé et professionnel.</p>
<p>En choisissant ce repli sur soi, cependant, CNN (et les autres médias cédant à la facilité) commet une grave erreur. Après tout, l’actualité continue de le prouver: les événements se déroulent la plupart du temps à une échelle internationale. L’absence de bureaux à l’étranger signifiera certes davantage de revenus pour les agences de presse, mais en l’absence d’une diversité des voix, il sera d’autant plus facile d’oublier certains aspects des événements, éliminant du coup un aspect de l’histoire qu’il aurait peut-être mieux valu raconter.</p>
<p>Je vous entends déjà me dire que tout cela coûte cher. Je sais. Mais peut-être pourrait-on, en contrepartie, réduire certaines dépenses locales plus que farfelues? A-t-on absolument besoin de savoir, entre autres, que le 1er juillet est jour de déménagement, ou que d’incorrigibles dépensiers font la queue le 26 décembre pour profiter des rabais chez FutureShop? Si la mission du journalisme est véritablement d’informer sur les événements de partout sur la planète, il est plus que temps de commencer à faire de meilleurs choix. Après tout, l’avenir n’attend jamais.</p>
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		<title>Ceci n&#8217;est pas un bilan</title>
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		<pubDate>Mon, 31 Dec 2012 17:17:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hugo Prévost</dc:creator>
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		<category><![CDATA[2012]]></category>
		<category><![CDATA[bilan]]></category>
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		<description><![CDATA[L’année 2012 tire à sa fin, et avec elle, une première année de blogue sur les médias alimenté par votre [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>L’année 2012 tire à sa fin, et avec elle, une première année de blogue sur les médias alimenté par votre humble serviteur. Avant de vous laisser à vos décomptes de fin d’année, j’aimerais vous proposer non pas un palmarès ou quelque autre liste du genre, mais plutôt une série de réflexions sur lesquelles je n’ai pas eu l’occasion de me pencher jusqu’à maintenant.</strong></p>
<p><strong>1-<em>Quid</em> du plan iPad de <em>La Presse</em>?</strong><br />
Annoncé en grande pompe il y a déjà de cela plus de deux ans, le fameux plan iPad du quotidien de la rue Saint-Jacques devait représenter une cassure nette du modèle de distribution traditionnel. En effet, selon des rumeurs qui ont couru à une certaine époque, le nombre d’exemplaires papier devait être ramené à 30 000 par jour, et les abonnés devaient se voir offrir une tablette numérique d’Apple en échange d’un engagement de trois ans.</p>
<p>Depuis la diffusion des premières rumeurs et informations, cependant, plus rien. Oh, nous avons bien sûr appris qu’il existait une salle de rédaction «secrète», située dans l’est de Montréal, lors d’une évacuation forcée des bureaux du Vieux-Montréal pendant un incendie. Il est également facile de constater que les embauches se sont multipliées au cours des dernières années, sans aucun doute pour faciliter la transition vers un modèle majoritairement numérique.</p>
<p>Cependant, point de plan iPad, ou, du moins, point d’annonce offrant une tablette numérique en échange d’un abonnement à la durée pas encore précisée. Le modèle a pourtant rencontré un certain succès, entre autres à l’Acadie Nouvelle, qui a lancé son propre programme, l’an dernier. La réussite d’une transition partielle vers un modèle numérique dans les bureaux du <em>New York Times</em> pourrait également inspirer les gens de chez Gesca. Par contre, après bientôt trois ans d’attentes, certains aspects de l’évolution du marché pourraient bien, à terme, menacer l’efficacité et la rentabilité de ce plan.</p>
<p>Tout d’abord, le cas de Cyberpresse. Bien que l’ensemble de l’appareil médiatique de Gesca ait subi un relookage, passant entre autres du vocable Cyberpresse à celui de LaPresse.ca, la structure gratuite demeure, et cela pose problème. Pas pour la libre-circulation de l’information, bien certainement, mais si tout le contenu web demeure gratuit, et que l’«avantage» d’avoir une copie papier disparaît, quel est l’intérêt de devoir s’engager pour trois ans avec une entreprise, pour obtenir un modèle de tablette de toute façon condamné à être dépassé dans les six mois à venir? Apple ayant désormais adopté la mauvaise habitude de présenter une nouvelle version de son iPad deux, voire trois fois par année, l’argument de la tablette «gratuite» sera-t-il toujours aussi vendeur?</p>
<p>Il ne faut pas non plus négliger le fait que la concurrence est désormais particulièrement rude sur le marché des tablettes. Alors que la firme de Cupertino dominait outrageusement le monde des tablettes &#8211; et c’est encore relativement le cas -, Google et Amazon ont tous deux mis en marché des appareils compacts, rapides et particulièrement efficaces, le tout pour un prix à faire rougir les gens de chez Apple. Une tablette Nexus 7 de base, par exemple, coûte un peu plus de 200 $, alors que le iPad Mini se détaille à plus de 300 $, pour des capacités semblables. J’ignore le prix auquel La Presse pense vendre son futur abonnement, mais à 10 $, en ce moment, pour la version électronique, j’aime encore mieux acheter la tablette qui me convient, ou tout simplement poursuivre avec la version gratuite disponible sur LaPresse.ca. On a beau prêcher pour le renflouement des caisses des médias, on ne gaspillera ses précieux deniers alors qu’une alternative gratuite existe&#8230;</p>
<p>La meilleure solution, pour <em>La Presse</em>, pourrait être d’introduire un système de mur payant en même temps que son plan iPad. Il s’agira d’un dur coup à donner, et le tout aura sans doute une incidence majeure sur les ventes, au tout début, mais comme le modèle papier utilisé par La Presse &#8211; le financement majoritaire par les revenus publicitaires &#8211; n’est certainement pas viable à long terme, faire passer ces deux mesures en force pourrait permettre d’éviter une longue période de confusion.</p>
<p><strong>2-La saga des murs payants</strong><br />
L’année 2012 aura été celle de la grande ruée vers les murs payants et les abonnements numériques. Le mouvement ne date bien sûr pas d’hier, mais le milieu canadien et québécois de la presse écrite semble s’être enfin réveillé cette année, et avoir compris que la solution à une partie de leurs problèmes de revenus passait par la mise en place de ces barrières électroniques.</p>
<p>De nombreux joueurs du Canada anglais &#8211; et les principaux journaux de Québecor &#8211; ont ainsi cédé à la tentation, sans doute poussés par le besoin d’assurer un certain niveau minimum de revenus. L’effort sera-t-il suffisant? L’on montre à gauche et à droite l’exemple du <em>New York Times</em>, mais aucun journal canadien ne peut se targuer d’avoir le lectorat du célèbre quotidien de la grosse pomme. 2013 sera sans doute l’année où ces murs payants seront mis à rude épreuve. Ça passe ou ça casse, comme on dit.</p>
<p><strong>3-La question des drames familiaux</strong><br />
Je suis bien conscient que je m’engage ainsi en terrain miné, et je tâcherai donc de mesurer mes propos, mais cet acharnement des médias sur les dossiers touchant à des drames familiaux dépasse l’entendement. Avec l’affaire Guy Turcotte, tout d’abord, mais aussi avec le dossier de Marjorie Raymond, cette adolescente qui s’est suicidée après avoir entre autres été intimidée, sans oublier l’histoire de cette mère de famille qui aurait tué ses enfants, à la fin de l’automne.</p>
<p>À voir la quantité de reportages, d’articles et de topos sur ce type de drames, et à voir l’acharnement avec lequel les médias semblent vouloir creuser le sujet, je ne peux que me dire que la société québécoise éprouve un besoin viscéral de succomber à un désir de voyeurisme malsain. Qu’on rende compte de ces situations dans les médias, c’est bien normal; notre travail est de rapporter les faits, après tout. Mais que l’on doive subir les sempiternelles interrogations des voisins, proches et amis tous dévastés et stupéfaits d’apprendre qu’untel tondait non seulement son gazon tous les samedis, mais est également soupçonné d’avoir assassiné quelqu’un, voilà qui touche à l’obsession. Quant à faire le pied de grue devant un hôpital psychiatrique, c’est tout simplement quelque chose de déplorable. N’y a-t-il pas d’autres sujets dignes d’obtenir l’attention des médias?</p>
<p>Un rapport blâmant l’attention médiatique portée aux drames familiaux sera d’ailleurs demeuré lettre morte. C’est bien dommage.</p>
<p><strong>4-Les journalistes tués dans l’exercice de leurs fonctions</strong><br />
Corollaire de mon point précédent, l’attention accordée aux représentants des médias tués pour avoir fait leur métier est inversement proportionnelle, au Québec, au nombre de reporters et journalistes assassinés au cours de l’année qui se termine.</p>
<p>Dans un courriel au ton alarmiste envoyé durant le temps des Fêtes, Reporters sans frontières révèle pourtant des statistiques passablement effrayantes. Je reproduis ici le sombre bilan pour 2012:</p>
<p>88 journalistes tués (une hausse de 33 pour cent)<br />
879 journalistes arrêtés/interpellés<br />
1993 journalistes agressés ou menacés<br />
38 journalistes enlevés<br />
73 journalistes qui ont fui leur pays<br />
6 collaborateurs des médias tués<br />
47 net-citoyens et citoyens-journalistes tués<br />
144 blogueurs et net-citoyens arrêtés<br />
193 journalistes emprisonnés, en date du 18 décembre</p>
<p>Aux dires de l’organisme, il s’agit là du pire bilan depuis 1995. Il y aura eu la Syrie et les autres conflits dans le monde arabe, certes, mais la répression contre les représentants du «quatrième pouvoir» se fait plus forte, plus dure, plus violente. Il est essentiel, à mes yeux, de continuer à défendre la libre-circulation de l’information et la liberté de presse, d’autant plus qu’en Chine, par exemple, les autorités viennent de renforcer les normes sécuritaires entourant l’utilisation d’Internet. Mais ça, nous le savons tous, ne fera pas la une des journaux.</p>
<p>Allez, bonne année 2013 malgré tout.</p>
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		<title>La déconnexion</title>
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		<pubDate>Thu, 20 Dec 2012 13:28:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hugo Prévost</dc:creator>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[déconnexion]]></category>
		<category><![CDATA[journalisme]]></category>
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		<description><![CDATA[Le confrère du Devoir Fabien Deglise parlerait de «mutations»; j’ai plutôt envie de parler de distanciation de la réalité. Pourquoi [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Le confrère du <em>Devoir</em> Fabien Deglise parlerait de «mutations»; j’ai plutôt envie de parler de distanciation de la réalité. Pourquoi donc? Tout simplement parce que j’ai la très forte impression que le journalisme, pratiqué de certaines façons, entraîne une déconnexion avec la «vie réelle» des gens.</strong></p>
<p>Je m’explique: il m’est arrivé, récemment, de m’emmêler les pinceaux et d’accéder à la demande de deux journalistes de <em>Pieuvre.ca</em> qui désiraient toutes deux assister au même spectacle. Ayant attribué la paire de billets à l’une plutôt qu’à l’autre, j’ai dû me résoudre, une fois ma gaffe constatée, à acheter un troisième billet pour contenter tout le monde. Quelle ne fût pas ma surprise de constater que la culture coûte particulièrement <em>cher</em> dans certains cas.</p>
<p>N’allez tout de même pas croire qu’à force de sorties culturelles, j’en soit arrivé à oublier que tous ces spectacles, concerts et autres projections de presse n’étaient gratuits que parce que je m’engageais tacitement à produire une critique ou un article par la suite. Toutefois, comme la rédaction de textes journalistiques est après tout mon métier, et que tout contenu supplémentaire est toujours apprécié pour <em>Pieuvre.ca</em>, il y a effectivement une certaine perte de repères monétaires en ce qui à trait aux événements culturels. Après tout, mon premier réflexe, en entendant parler d’une exposition, d’un lancement ou de tout autre événement du genre qui m’intéresse n’est plus de vérifier si mes fonds me permettent de m’acheter un billet, mais si je suis en mesure de trouver rapidement les coordonnées du responsable des relations média pour obtenir un laissez-passer.</p>
<p>Est-ce du snobisme médiatique? En faisant abstraction du fait que je ne reçois aucun salaire comme rédacteur en chef et journaliste de <em>Pieuvre.ca</em>, je considère plutôt qu’il s’agit d’une sorte de rétribution pour services rendus, en plus d’être tout simplement un aspect de mon travail. Après tout, les critiques culturels ont comme tâche d’assister à des événements dans ce secteur et d’en rendre compte; ce n’est d’ailleurs pas comme s’il s’agissait, à chaque fois, de chef-d’oeuvres&#8230;</p>
<p>Le fait d’axer la quasi-totalité de sa vie autour du journalisme a cependant d’autres impacts moins glamour &#8211; ou moins dignes de La misère des riches. Les horaires souvent atypiques d’un boulot de surnuméraire à <em>La Presse Canadienne</em>, couplés à ceux de <em>Pieuvre.ca</em> provoquent la création d’une certaine bulle spatio-temporelle dont il est parfois difficile de sortir.</p>
<p>Voulez-vous des exemples? Vous vous imaginez soudainement que tout le monde est non seulement muni d’un téléphone intelligent, mais que ces mêmes personnes sont constamment accompagnées desdits appareils, à vérifier s’il n’ont pas reçu de nouveaux courriels, messages texte, appels, etc.</p>
<p>Vous pouvez soudainement tomber sur un sujet de couverture franchement intéressant et tenter de contacter un journaliste pour le lui assigner, seulement pour vous rendre compte qu’il est désormais 23h, ou que la réponse que vous venez d’envoyer au relationniste après 17h, un vendredi, ne suscitera une réponse que le lundi suivant.</p>
<p>Pour le meilleur et pour le pire donc, il fait bon parfois revenir dans le “vrai” monde, ne serait-ce que pour constater que la journée de travail n’a souvent que huit heures, et non pas 12, ou encore 18. Et histoire, bien entendu, de payer vos billets de spectacles de temps en temps, question de faire rouler l’économie. Après tout, si vous voulez que les gens consomment des médias, encore faut-ils qu’ils soient capables de se les payer!</p>
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		<item>
		<title>Le média, ce temple</title>
		<link>http://voir.ca/hugo-prevost/2012/11/22/le-media-ce-temple/</link>
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		<pubDate>Thu, 22 Nov 2012 17:39:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hugo Prévost</dc:creator>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[journalisme]]></category>
		<category><![CDATA[religion]]></category>
		<category><![CDATA[société]]></category>

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		<description><![CDATA[L’idée m’est venue, alors que j’envisageais de réaliser un projet un peu fou consistant à photographier les devantures de divers [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>L’idée m’est venue, alors que j’envisageais de réaliser un projet un peu fou consistant à photographier les devantures de divers journaux et autres médias d’un peu partout à Montréal, et pourquoi pas ailleurs sur la planète. Le tout aurait un titre simple, <em>Temples</em>. En vérité, j’avais surtout en tête cette image de la tour de Radio-Canada à l’arrière du clocher d’une église située tout près. Ou encore celle de la devanture majestueuse du <em>New York Times</em>, dans la métropole new-yorkaise.</strong></p>
<p>Petit à petit, cependant, j’en suis venu à considérer qu’au-delà de la simple apparence visuelle, au-delà des bâtiments monolithiques ou des enseignes gigantesques, les médias ont effectivement beaucoup de liens communs avec la religion, tout en se situant à la fois à l’extrême opposé du spectre des valeurs prônées. Mais est-ce vraiment le cas?</p>
<p>En fait, si ma mémoire est bonne, la presse à commencé à se développer alors que l’emprise de la religion se relâchait peu à peu sur les sociétés occidentales. Les premiers véritables journaux n’ont-ils pas fait leur apparition lors de la Révolution industrielle, lorsque le progrès technologique a pris le pas sur l’obscurantisme. Certes, ce même obscurantisme avait déjà commencé à s’effacer durant le siècle des Lumières, mais la mise sur pied de principes d’automatisation aura certainement servi à assurer la naissance des presses journalistiques telles que nous les connaissons aujourd’hui. Et avec elles sont apparus des moyens de production abordables et rapides pour diffuser l’information.</p>
<p>Par ailleurs, existe-t-il une presse véritablement libre dans les pays où la religion (ou l’oppression étatisée, pour parler des régimes communistes de Chine, de Cuba et de la Corée du Nord) est omniprésente?</p>
<p>Et pourtant, autant les médias se multipliaient au fur et à mesure que les églises se vidaient, autant les journaux, et plus tard les stations de radio, de télé, voire les sites Internet, proposent une nouvelle Vérité répandue auprès des fidèles au moyen de canaux de distribution révolutionnaires.</p>
<p>Attention, il ne faut cependant pas lier la Vérité transmise par les médias à celles des principaux courants religieux. Dans un bon média, au sein duquel les journalistes tentent d’atteindre cette insaisissable objectivité, cette Vérité peut être appelée à changer à toute heure du jour ou de la nuit. Elle est modifiée à chaque fois qu’une décision est prise aux Communes, ou qu’un terroriste se fait sauter au Moyen-Orient. Contrairement aux religions monothéistes, où la Vérité consiste la plupart du temps à réinterpréter des textes vieux de plusieurs centaines, voire de plusieurs milliers d’années, les médias peuvent s’adapter, changer, évoluer.</p>
<p>Malgré tout, en voulant remplacer le sermon par le bulletin télévisé, le bulletin paroissial par le journal hebdomadaire, le livre saint par d’innombrables ouvrages sur les normes journalistiques, les médias ont créé une nouvelle classe de fidèles, qui n’hésiteront pas à verser l’équivalent de la dîme pour recevoir les bons enseignements des prêtres et des prédicateurs ayant oeuvré derrière une dactylo, et qui sont aujourd’hui campés devant un clavier et un écran d’ordinateur, ou sur le clavier d’un téléphone BlackBerry.</p>
<p>Si, heureusement d’ailleurs, aucun média n’a encore commandité de croisade pour aller punir les infidèles, le domaine comporte lui aussi son lot de prophètes, prédicateurs, prêtres et charlatans de toute sorte, qui n’hésitent pas à modifier les faits ou à les adapter à leur vision du monde pour parvenir à leurs fins. Pire, nous vivons notre propre Apocalypse! Au lieu de chariots de feu et d’anéantissement biblique, cependant, nous avons une perte de revenus, l’érosion de la liberté de presse et la disparition des médias indépendants.</p>
<p>Peut-être vais-je trop loin dans la comparaison. Il n’empêche qu’à l’instar des églises du Québec, les médias devront s’adapter rapidement pour éviter que ces temples de l’information ne se retrouvent aussi vides que leurs homologues chrétiens.</p>
<p>D’ici-là, allez en paix, et que le pupitreur soit avec vous.</p>
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		<title>Les petites choses</title>
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		<pubDate>Sat, 10 Nov 2012 17:25:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hugo Prévost</dc:creator>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[cnn]]></category>
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		<description><![CDATA[Comment votre soirée électorale s’est-elle déroulée? Après deux ans de préparatifs, il s’agissait (enfin!) de la grand-messe des électeurs américains, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Comment votre soirée électorale s’est-elle déroulée? Après deux ans de préparatifs, il s’agissait (enfin!) de la grand-messe des électeurs américains, alors que la planète en entier attendait de voir qui allait l’emporter. Au-delà de l’élection en elle-même, il était également question du passage obligé pour tous les médias sérieux: la redoutée soirée électorale. Dans ce cas, en plus, il ne s’agissait pas d’une banale élection municipale dans un coin reculé; il s’agissait des États-Unis, rien de moins.</p>
<p>Comme prévu, les journaux, la radio, la télévision et même les médias électroniques ont sorti le grand jeu: correspondants éparpillés un peu partout, comptes rendus sur place, sondages à la sortie des urnes, analystes en studio, grands écrans tactiles montrant, en temps quasi réel, les résultats dans chaque comté&#8230; Délaissant quelque peu le diffuseur national, j’ai plutôt opté pour CNN, Wolf Blitzer, ses lunettes quelque peu étonnantes et son équipe. Pourquoi, après tout, se contenter d’une seule possibilité quand le Cable News Network a enfin l’occasion de se démarquer et de prouver qu’il peut encore être utile?</p>
<p>Rendons à César ce qui lui appartient: la soirée électorale de CNN a été sans faille. Aucun incident du côté du superbe outil informatique pour comptabiliser les résultats, un emploi judicieux des correspondants sur le terrain (même si nous avons eu notre dose de centres beiges de dépouillement des voix), un recours parfait aux analystes&#8230; et même un petit extra, avec l’antenne de l’Empire State Building qui s’illuminait de rouge et de bleu pour marquer la progression des votes pour les deux candidats. Un accompagnement parfait au buffet americain de circonstance.</p>
<p>Ce qui a surpris, toutefois, durant cette soirée électorale, ce sont les petites choses. Tout d’abord, les studios de CNN semblent particulièrement grands; il s’agit sans doute d’un effet d’optique, mais les changements de caméras et les passages du grand tableau indicateur à l’écran tactile révélaient de grands pans d’espace vide. Rien d’alarmant, mais, si je ne me trompe pas, cette technique de l’aire ouverte n’existe pas dans le domaine du journalisme télévisé québécois. Il y a bien le Centre de l’information de Radio-Canada, certes, mais la grande salle est quand même utilisée par des journalistes qui y travaillent&#8230;</p>
<p>Autre truc étrange, la diffusion de la soirée électorale était entrecoupée de publicités à saveur électorale appelant à voter pour le développement gazier et pétrolier ou, pire, le charbon « propre ». Bien entendu, les règles sur les publicités du genre sont plus laxistes chez nos voisins du Sud qu’ici, mais pour un média devant être objectif, j’en ai ressenti un certain malaise. Un peu comme si Radio-Canada, pendant sa soirée électorale provinciale, diffusait des publicités invitant à voter pour le développement des gaz de schiste&#8230; Personne n’est nommé directement, bien sûr, mais il est particulièrement aisé d’établir un lien entre l’enjeu et le parti qui défend celui-ci.<br />
***<br />
D’un point de vue journalistique, cette campagne électorale 2012 représente sans doute le plus haut niveau d’implication du secteur médiatique dans le domaine de la politique. De mémoire, l’omniprésence des médias, des reporters et des fact-checkers, ces chevaliers de l’honnêteté intellectuelle, n’aura jamais été aussi imposante, écrasante, voire étouffante. De l’ombre du début des primaires républicaines au dévoilement des résultats, mardi soir, il se sera produit un nombre incalculable d’articles, d’analyse de résultats de sondages, d’entrevues, de reportages de fond&#8230;</p>
<p>L’interminable campagne des républicains pour désigner leur candidat aura d’ailleurs contribué à cette boulimie médiatique. Il aura fallu endurer les frasques, l’ignorance, et la plupart du temps les mensonges éhontés des Rick Perry, Herman Cain, Michelle Bachmann, Rick Santorum, Newt Gingrich, Ron Paul&#8230; et même de Mitt Romney et de Barack Obama qui ont multiplié les vérités distordues dans leurs publicités respectives, ainsi que durant les débats. Rappelons d’ailleurs le simili coup de gueule de Candace Crowley, l’animatrice du deuxième débat présidentiel, qui a promptement remis Mitt Romney à sa place en lui indiquant qu’il se trompait; un petit acte de revanche bien mérité pour toutes les énormités qu’il est normalement impossible de dénoncer directement sans sembler prendre position.</p>
<p>Pour en revenir aux fact-checkers, l’une des personnes avec qui j’écoutais la soirée électorale a eu cette idée : pourquoi ne pas avoir, en direct, une équipe de ces vérificateurs qui pourraient indiquer aux candidats, lors de débats, s’ils sont honnêtes ou s’ils parlent à tort et à travers? Bon, laissons tomber l’idée d’une pénalité pour avoir menti, mais avec des ressources suffisantes, il s’agirait-là de la conclusion logique d’un travail déjà entamé plus directement pendant la dernière campagne provinciale, entre autres à Radio-Canada et du côté de La Presse. Les faits, rien que les faits: voilà ce qui ne fera jamais de tort à une entreprise médiatique honnête.</p>
<p>En attendant, prend-on les paris pour 2016?</p>
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