Blogue de Hugo Prévost Hugo Prévost RSS
Journaliste poilu. Mène une double vie de reporter à La Presse Canadienne et de rédacteur en chef de Pieuvre.ca.
L’Association des journalistes indépendants du Québec (AJIQ) organisait jeudi soir la quatrième édition des Grands prix du journalisme indépendant. L’événement, tenu au Lion d’or, à Montréal, rassemblait cette année un peu plus d’une centaine de personnes. Une quinzaine de membres de l’Association sont ainsi repartis les mains pleines de prix remis dans diverses catégories. Le tout représentait la vigueur et la diversité du secteur de la pige au Québec. Histoire de prouver, encore une fois que les pigistes sont nombreux, vaillants et passionnés par leur métier. Une chose, cependant, m’a fait tiquer. À la toute fin de la soirée, alors que Pierre Sormany recevait le Prix reconnaissance de l’AJIQ, il a parlé, dans son discours, de l’importance de la pige et de la nécessité de toujours conserver un détachement face à ses clients – de développer une bonne relation, certes, mais en demeurant toutefois un pigiste. « J’ai toujours eu des clients, jamais des patrons », a-t-il déclaré, suscitant des applaudissements nourris de l’auditoire. S’il s’agissait sans aucun doute d’une façon de parler – après tout, M. Sormany a longtemps travaillé à Radio-Canada, et est désormais président des éditions Vélo Québec, je n’ai pas pu m’empêcher de m’interroger sur l’enthousiasme de mes [...]
C’est toujours plus difficile la première fois; votre cœur bat fort, vous avez chaud, vous craignez de vous planter lamentablement et que votre réputation soit foutue. Et la plupart du temps, le résultat est moyen. Pourtant, alors que j’en suis déjà à ma cinquième année en journalisme professionnel, cette peur de l’échec me taraude toujours. Même si ce sentiment est moins présent qu’avant, une partie de mon cerveau craint encore que j’aie l’air fou lorsque j’aborde des gens pour des entrevues, que j’envoie des demandes d’informations, ou lorsque je me présente – en tant que journaliste de La Presse Canadienne ou pour Pieuvre.ca. Cela tient peut-être à la vision que j’ai du monde journalistique, ou plutôt de la vision que j’en avais avant de véritablement m’y intégrer en tant que journaliste/rédacteur en chef. Quelle vision, me demanderez-vous? La vision d’un monde où les journalistes tentent d’atteindre un idéal, non pas celui de l’objectivité (quoique cela ait beaucoup à voir), mais plutôt celui de la vulgarisation. Vulgarisation du monde et de ses rouages pour mieux informer les citoyens, mais aussi vulgariser l’existence pour être soi-même en mesure de comprendre ce qui se passe dans l’univers, et sur une petite planète appelée [...]
J’ai besoin d’absurdité. Après plus de 100 jours de conflit étudiant, après d’innombrables chroniques, éditoriaux, reportages, analyses, et alors que le milieu journalistique semble se rapprocher d’un certain nihilisme, j’ai besoin de décompresser. Tandis que les reporters arborent un air quelque peu désemparé devant le flot de commentateurs, de blogueurs et de donneurs d’opinion, il semble manquer une certaine capacité de recul dans la sphère médiatique québécoise, histoire de faire le point, et peut-être de prendre quelques instants pour rire un bon coup avant de se replonger dans la crise. Car il s’agit bien d’une crise. Avec un aspect politique et social impossible à occulter, certes, mais également avec un aspect médiatique. La professeure de communication de l’Université Laval Colette Brin a d’ailleurs très bien résumé la chose dans un billet publié sur son blogue, plus tôt cette semaine, en parlant de l’impact de cette « première crise de l’ère numérique » sur les médias et de leur méthode de traitement. Où que l’on regarde, l’opinion est reine. Si la situation n’était pas excessivement différente auparavant, l’effet cumulatif de plus de 100 jours de conflit étudiant et de la loi 78 se fait drôlement sentir en ligne et dans les salles de rédaction. Je ne compte plus les chroniqueurs, blogueurs et « experts » qui se sont exprimés sur la question, ont donné leur avis, ou [...]
Tirer sur le messager
16 mai 2012 · Société · Hugo PrévostPeut-être devrais-je m’abonner au câble. La réflexion est quelque peu surprenante, me direz-vous, pour une personne dont le métier est non seulement d’informer, mais également de s’informer. Certes, il y a toute l’ampleur des Internets à portée de souris, avec l’abondance de nouvelles, de reportages, d’analyses et d’articles que cela suppose; mais en temps de crise, un peu de recul est sans doute apprécié. Recul? Je m’explique : nous vivons à une époque formidable, dixit mon confrère Jean Dion du Devoir. Formidable, parce qu’il est désormais possible de suivre en direct les tribulations, si je puis les appeler ainsi, des étudiants et des policiers, et ce en utilisant seulement un lien Ustream. Désormais, grâce à une caméra vidéo, voire même un téléphone cellulaire disposant d’une bonne connexion Internet, le public se retrouve au premier rang d’une ligne de piquetage, ou reçoit une bonne giclée de gaz poivre comme le caméraman de la télévision universitaire de Concordia. Avec Twitter et Facebook, bien entendu, c’est la déferlante. Les mots-clic #manifencours et #ggi ne sont plus un secret pour personne, et il est désormais possible de suivre le déroulement des manifestations en gardant un œil sur Twitter, et l’autre sur une chaîne d’information [...]
La perte de l’innocence
11 mai 2012 · Société · Hugo PrévostLe Globe and Mail a annoncé jeudi son intention d’instaurer un mur payant à l’automne pour l’ensemble de son contenu en ligne. Si la nouvelle ne surprend pas trop – après tout, de nombreuses publications l’ont déjà fait, y compris le Wall Street Journal, le New York Times, et Le Devoir, qui l’a toujours fait –, elle dénote plutôt du fait que les dirigeants des médias écrits traditionnels semblent se faire à l’idée (enfin!) que l’information gratuite ne fonctionne pas sur le web. Cela aura pris dix ans, avec l’essai de multiples formules de facturation à la clé, mais le mur payant « cumulatif », où les internautes peuvent consulter un certain de nombre de textes avant de devoir payer un certain montant pour accéder à l’ensemble du contenu semble faire ses preuves, du moins pour le NYTimes. Maintenant, certains d’entre vous pourraient affirmer – et avec raison – que cette stratégie de l’utilisateur-payeur risque de priver les médias de certains revenus ou, mieux encore, que la méthode du mur payant contrevient au précepte de la libre circulation de l’information, particulièrement à l’ère du web. À ceux-là, je répondrai que les murs payants ne sont effectivement pas la solution miracle à l’ensemble [...]
Ouf, c’est un peu le bruit de l’air qui quitte vos poumons après avoir reçu un coup de poing en plein plexus solaire. Vous vous retrouvez là, plié en deux, le souffle coupé, soudainement très conscient d’une certaine fragilité de l’être. Il est arrivé un peu la même chose, cette semaine, lorsqu’une série de fermetures, disparitions et autres barouds d’honneur a été annoncée dans le secteur québécois des médias. Voir Saguenay/Alma, Voir Mauricie, Hour Community, Nightlife Magazine, les sites de Rogers… la vague fait mal, et viens surtout estropier cette presse alternative, différente des grands médias traditionnels. Bien entendu, ces médias n’étaient pas parfaits, loin de là. Prenons les sites Internet de Rogers, par exemple. On retrouve, dans le lot, Branchez-Vous!, Showbizz.net, Jouez.com et plusieurs autres. Beaucoup de bonnes et de mauvaises choses ont été dites sur ces sites web que l’on consulte souvent en passant, en y restant quelques minutes pour lire un texte, survoler une dépêche, ou encore se plonger dans une critique de spectacle, par exemple. Si certains parlaient d’ « usine à saucisses », surtout dans le cas de textes repiqués sans en indiquer la source, il n’en reste pas moins que des journalistes ont perdu [...]
Hé oui, cette fameuse objectivité occupe encore mes réflexions journalistiques. La question est vaste, après tout, et mérite que l’on continue à s’y attarder. Comparée à tort, ou à raison à la neutralité, cette objectivité est quelque peu mise à mal depuis le début du conflit étudiant. Les lignes éditoriales des médias se répercutant dans les titres ou dans le traitement de l’information n’est certainement pas nouveau, j’en conviens, mais chaque conflit social d’importance permet d’observer la définition plus nette d’un certain microcosme journalistique qui est souvent fascinant à observer. Dans le cas qui nous occupe, les différentes unes des principaux quotidiens montréalais portent à croire que certaines pressions s’exercent pour observer la grève des étudiants selon divers prismes correspondant, plus souvent qu’autrement, aux tendances politiques et économiques traditionnelles du Devoir, de La Presse et du Journal de Montréal. Comme il n’existe pas de guide du parfait petit reportage sur un conflit social, le côté objectif plus ou moins prononcé des divers reportages est alors attribuable au journaliste, au chef de pupitre, ou encore à l’éditeur ou au propriétaire. Au-delà des habituels affrontements entre médias, toutefois, certaines situations soulèvent des questionnements intéressants. Mercredi soir, lors d’une manifestation des étudiants en [...]
Je suis bien embêté; voilà que jeudi, ma collègue de chez ProjetJ Anne-Caroline Desplanques suscitait une intéressante discussion sur Facebook en demandant carrément s’il était envisageable pour les journalistes, dimanche prochain, d’aller manifester dans le cadre du Jour de la Terre. Pas pour prendre position, précise Mme Desplanques, mais simplement pour indiquer que les journalistes sont là, eux aussi. Je suis bien embêté, donc, parce que le climat social actuel vient mettre à mal les aspirations d’objectivité auxquelles doivent tendre, selon moi, l’ensemble des journalistes professionnels. J’enfonce peut-être une porte ouverte, mais je crois qu’il s’agit là d’un autre domaine à propos duquel les nouveaux venus – et les vieux de la vieille – n’ont pas été assez formés, et où les entreprises de presse n’offrent pas nécessairement non plus des informations suffisantes sur cette problématique constante. Oui, me direz-vous, les médias et les enseignants en journalisme offrent des techniques de base pour adopter un ton se voulant le plus objectif possible dans les articles, topos et reportages que nous sommes amenés à produire chaque jour, mais pourquoi ai-je l’impression de parfois partir en quête du Saint Graal en voulant adopter la position la plus objective possible? Suis-je subjectif si [...]
La science, cette vertu
12 avril 2012 · Société · Hugo PrévostQuelle ne fut pas ma surprise, en début de semaine, d’être cité dans un éditorial de Pascal Lapointe, rédacteur en chef de l’Agence Science-Presse. M. Lapointe y discutait de l’avenir du journalisme scientifique, en parallèle avec la situation des blogueurs du Huffington Post, récemment déboutés dans leur poursuite contre leur employeur pour obtenir un salaire. Outre la sempiternelle question de la rémunération des journalistes à l’ère du web, M. Lapointe parle plus précisément de l’avenir de la presse scientifique, dont la présence dans les pages des journaux et en ligne s’amoindrit en raison de la réduction des budgets des rédactions, baisse de revenus publicitaires oblige. Les articles scientifiques auront-ils leur place au sein d’une toute petite niche auprès de lecteurs plus fortunés étant capables de dépenser pour obtenir des nouvelles spécifiques, alors que la population en général devra se contenter d’entrefilets? Outre le fait que toute diminution du nombre d’informations publiées dans les médias est une mauvaise nouvelle pour la profession, cet amoindrissement de la quantité de dépêches scientifiques est de mauvais augure pour la société en général. Pourquoi? Tout simplement parce qu’il est impensable de saisir l’ensemble de ce qui survient sur la planète si l’on oublie tout [...]
L’arbre qui cache la forêt
5 avril 2012 · Société · Hugo PrévostUn mot, tout d’abord, sur l’impact des compressions à Radio-Canada, qui ont été détaillées mercredi dans de nombreux médias – et par la SRC elle-même, bien entendu. Loin de moi l’idée de m’appesantir sur la question, puisque mon avis dans ce domaine est déjà connu (voir mon billet de la semaine dernière). Non, plutôt que de vous faire part de ma tristesse et de mon grand sentiment de solitude à l’annonce des réductions d’effectifs à Radio-Canada (et à l’ONF, même si on dépasse là le cadre journalistique), je vous ai trouvé le petit extrait vidéo suivant, tiré du deuxième Indiana Jones, qui semble correspondre, selon moi, à la situation actuelle dans le milieu de la culture et des médias au pays : *** Sinon, passons à un sujet portant davantage à réfléchir, si vous le voulez bien, histoire de ne pas sombrer dans la déprime. Le 26 mai prochain aura lieu, au Cœur des sciences de l’UQAM, l’anticonférence médiatique Media Camp, qui en sera alors à sa troisième édition. Se présentant comme une occasion d’informer, mais également d’échanger, la journée est divisée en ateliers lors desquels des présentateurs donnent souvent très rapidement l’occasion aux participants [...]
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