Blogue de Ianik Marcil Punkonomie RSS
Économiste spécialisé dans le domaine des transformations économiques, industrielles et technologiques. Passionné de culture, d’esthétique et d’arts visuels. Pratique l'indignation depuis au moins trois décennies. Punk à cravate. Site web. Twitter. Chronique en arts visuels. Punkonomie (définition).
L’homme moyen n’existe pas. Adolphe Quêtelet, médecin français fondateur de la « biométrie, » avait calculé au 19e siècle les mensurations moyennes des organes internes – cœur, foie, rate, reins, etc. – pour se rendre compte que ces organes « moyens » ne pouvaient pas tenir dans le corps « moyen » et former un être humain viable. [1] Le corps humain ne constitue pas un système d’organes interchangeables: chacun de ces derniers interagit, trouve sa place et son rôle, en fonction des autres. Il en est de même du corps social: la communauté dans laquelle nous vivons n’est pas une masse indifférenciée et monolithique. Elle évolue au gré des intérêts et des influences qui la constituent. Le Québécois moyen n’existe pas plus que l’homme moyen. On dit que les 2/3 des Québécois appuient le gouvernement dans la « ligne dure » qu’il tient et qu’il a cristallisé par l’adoption de la loi 78. Aucun citoyen n’est au 2/3 d’accord avec le gouvernement. Une partie appuie son gouvernement, l’autre non. Le taux d’appui serait inversé qu’il n’y changerait rien à l’histoire. Dans une démocratie représentative, un gouvernement légalement élu a toute la légitimité pour agir contre la majorité, dans le respect de ses lois constitutives. Ce qui lui [...]
Depuis le début du conflit avec les étudiants, les questions de sémantique ont pris beaucoup de place. Le premier ministre continue à insister, dans son opération de marketing politique, à parler de boycott plutôt que de grève. [1] La ministre de l’Éducation a fait une sortie contre l’utilisation par un groupe d’étudiants sympathisants de la CLASSÉ du vilain juron « ostie » lors d’un appel à manifestation cette semaine. [2] Ce qui semble être la fin du conflit a été aussi placé sous le signe de la bataille sémantique, les uns parlant d’entente, les autres de proposition – les journalistes, selon Antoine Robitaille du Devoir, préférant parler, à la blague, d’une simple « suite de mots. » S’approprier le sens des mots est une tactique rhétorique et politique vieille comme le monde. [3] Cet « ostie » est devenu le sacre du printemps. [4] Cette lutte pour l’appropriation du sens des mots dans le conflit étudiant est emblématique de la question de fond qui la sous-tend. Les opposants aux grévistes et le gouvernement cherchent à présenter le mouvement de grève illégitime en parlant de boycott et en recourant aux arguments juridiques (non respect de l’État de droit). En recourant aux arguments économiques charriés par [...]
Depuis le point de presse du premier ministre et de sa ministre de l’Éducation, je ressens une grande lassitude. Grosse fatigue. Pour la première fois depuis des semaines, Jean Charest a choisi de prendre les devants: conférence de presse ce midi, téléjournaux ce soir. Signe classique d’élections sont à nos portes. Jean-François Lisée explique mieux que je ne pourrais le faire: les élections sont imminentes. Alors que le premier ministre a l’odieux de prétendre que cette idée est grotesque. Nous sommes donc menacés de retourner rapidement à une conversation électoraliste et clientéliste. Une conversation entre le PLQ et le PQ – à laquelle tenteront de se joindre, tel des enfants qui sautillent dans une réunion d’adultes pour prendre la parole, la CAQ, ON et QS. Notre système électoral uninominal à un tour – dans lequel les élections se gagnent à la marge – nous ramènera à un dialogue de sourds. Ou plutôt à un dialogue de hurleurs. Le PLQ fera de la hausse des droits de scolarité son cheval de bataille, le PQ essaiera de hurler plus fort en tentant de ramener la discussion sur les questions de corruption, le Plan Nord, les gaz de schiste, etc. Un [...]
Devant les événements qui secouent le Québec présentement, la colère s’exprime. Tout le monde est en colère ce matin, peu importe le « camp » où l’on loge. Pour ou contre la hausse, une vaste majorité des Québécois sont en colère, j’en suis persuadé. Pour des raisons opposées, mais en colère. La colère, l’adage le dit, est mauvaise conseillère. L’expression de la colère l’attise encore plus. Et il faut se calmer avant qu’il ne soit trop tard, comme l’écrit Jean Barbe ce matin. J’en appelle à la raison. La raison économique. Celle de l’intérêt privé et individuel. J’en appelle aux commerçants, aux patrons de PME, aux professionnels du monde des affaires, avocats, comptables, fiscalistes et autres, aux responsables des agences de développement économique et commercial (CDEC, SADC, etc.), j’en appelle à tous les acteurs économiques de notre société, peu importe leur allégeance politique. J’en appelle particulièrement à ceux qui sont en faveur de la hausse des droits de scolarité. Qui doivent, comme la majorité des citoyens, souhaiter la paix sociale. La crise que nous vivons s’envenime de jour en jour. Un climat social délétère n’est pas bon pour le commerce. Mais, bien plus, une société dont une partie importante de [...]
Un «rassemblement pour le bien commun» – ainsi annonce-t-on la marche pour le Jour de la Terre à Montréal, cet après-midi. Le « bien commun » est un beau terme. Comme plusieurs de ses semblables, il se vide de sa substance et de son sens profond à force d’être utilisé. Il devient rapidement, alors, une vertu éthérée, un idéal désincarné et éthéré. Pourtant, il charrie dans son sillage une signification essentielle à notre vision du lien social et de son organisation. Économistes, nous n’avons pas à nous préoccuper du bien commun. Le bien commun constitue la frontière de notre expertise et de la légitimité de nos prétentions, ou à tout le moins devrait la constituer. Si le bien commun nous échappe, car il appartient au politique, la nature d’un bien commun, elle, nous est familière. Un bien commun, c’est un bien dont l’utilisation se soustrait aux lois du marché. On dit aussi un bien public – comme un lampadaire de rue: il n’est pas possible, pour un marché, de «produire» un lampadaire, parce que dès lors qu’une personne a payé pour son installation, tout le monde profite de la lumière qu’il projette. Il est nécessaire que la communauté s’organise pour [...]
Michel Seymour, professeur de philosophie à l’Université de Montréal – qu’on ne peut taxer de sédition révolutionnaire – vient d’envoyer aux médias et aux élus de l’Assemblée nationale du Québec le texte suivant. Je suis le premier à dénoncer la violence – et même les répliques violentes à la violence, qu’elle soit langagière, symbolique ou physique. Il importe toutefois de dénoncer toutes les violences – et, surtout, les causes premières du climat délétère dans lequel la société québécoise semble dériver présentement. Ce que fait admirablement ce court texte du professeur Seymour, à mon avis. Le ras le bol de Ponce Pilate La Presse du 20 avril 2012 titre que le recteur de l’U de M en a ras-le-bol et est exaspéré par le climat de violence, « tout ça pour un dollar par jour d’augmentation. » Ce propos est lui-même violent pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il est tenu par quelqu’un qui fait près de 400 000$ par année et pour qui une telle hausse, ce n’est rien. Monsieur Breton omet également de préciser que l’augmentation de 1 dollar par jour durera pendant près de 5 ans, ce qui revient à une augmentation de 75% sur 5 ans. Mais surtout, il omet [...]
Dans la cité idéale décrite dans la République de Platon, les gardiens, c’est-à-dire les policiers, occupent le sommet de l’organisation politique et sociale. Ils forment l’élite intellectuelle de l’État et agissent, par leur éducation philosophique, de manière totalement désintéressée en vue du Bien et de la Justice. Nos « gardiens » par les temps qui courent semblent de plus en plus s’éloigner de cet idéal platonicien. Hier soir, un parent a publié un témoignage sur Facebook où il s’inquiétait de la visite de policiers du SPVM à son CPE, dans Villeray à Montréal. Ce genre d’activité est régulière dans les écoles et CPE: les policiers y apprennent aux enfants diverses consignes de sécurité. Là où il y a un hic, c’est que lors de cette activité, les policiers ont mis des menottes aux enfants (de quatre ans) pour « jouer. » À l’origine, ce parent avait compris que les policiers donnaient comme exemple les arrestations des étudiants. Cette histoire, qui circule sur les médias sociaux (et j’ai contribué à la diffuser), est moins directe, après vérification auprès du principal intéressé: les policiers ont voulu également montrer aux enfants comment fonctionnait leur système de télécommunication. Au moment de le faire, l’un de leurs [...]
Il est d’usage chez les historiens politiques de faire débuter le 20e siècle avec la première guerre mondiale et de le clore avec la chute du Mur de Berlin. J’aime, pour ma part, caractériser le 20e siècle économique borné entre le naufrage du Titanic en 1912 et l’attaque contre le World Trade Center en 2001. Ces deux extrêmes me semblent illustrer parfaitement toute la démesure et les contradictions de l’évolution du capitalisme du siècle dernier. Le Titanic, merveille de la technologie, de l’industrie, du luxe consumériste et ostentatoire de son époque, naufragé par son point de faiblesse sur un improbable iceberg. La force de la confiance capitaliste réduite à néant par un événement totalement improbable. Des centaines de victimes humaines. Le World Trade Center – centre du commerce international littéralement! – deux tours orgueilleuses, longtemps parmi les plus hautes du monde, qui se tenaient comme New York, « bien raide, là, pas baisante du tout, raide à faire peur, » selon les mots de Céline [1]. Le centre du monde politico-financier occidental détruit par un événement totalement improbable. Des centaines de victimes humaines. Daniel Thibault, dans son blogue ici même, prétendait il y a quelques temps qu’il était nécessaire de [...]
Ceci est le texte que j’ai livré lors de l’événement NOUS? au Monument national, le 7 avril 2012. Il a été écrit pour être entendu et non pour être lu. [N]otre devoir est simple. Rompre définitivement avec toutes les habitudes de la société, se désolidariser de son esprit utilitaire. (…) Refus de servir d’être utilisable pour de telles fins. (…) Nous prenons allégrement l’entière responsabilité de demain. - Paul-Émile Borduas, Le Refus global (1948) Je suis économiste. J’analyse les statistiques pour comprendre les flux de transactions commerciales, l’épargne, l’endettement, le chômage, la productivité, la fabrication de biens et de services. Je suis économiste. J’ai vu cet homme et cette femme, plutôt âgés, assis sur la chaine de trottoir, pleurant comme des enfants. Ils pleuraient : ils avaient perdu les économies d’une vie en jouant au casino, drogue dure qui finance l’État. J’ai vu une petite fille de huit ans à Chandler, brisée pour la vie d’avoir retrouvé son père pendu dans le garage parce qu’il avait perdu sa job. Une job qu’il n’adorait peut-être pas mais qui lui permettait de rêver à un avenir meilleur pour sa fille – [...]
Je m’étais promis de ne pas faire, sur ce blogue, de billets d’humeur motivés par l’indignation circonstancielle. Mais aujourd’hui, la grosse Presse ne me donne pas le choix. On y apprend, en effet, que Lassonde, propriétaire de la populaire marque de jus Oasis, a poursuivi en cour une petite compagnie québécoise, Olivia’s Oasis, propriété de Deborah Kudzman, parce qu’elle utilise le nom «Oasis» dans sa marque de commerce. Dans cet article, on lit que Stefano Bertolli, vice-président aux communications de Lassonde, explique qu’il est « essentiel pour l’entreprise de protéger ses actifs les plus importants comme les jus Oasis. » De plus, Lassonde n’est pas à ses premiers faits d’arme en la matière: l’entreprise a intenté plusieurs poursuites similaires pour « protéger ses actifs. » Protéger ses actifs ou détruire sans raison aucune une autre entreprise, dont les activités et produits n’ont absolument rien à voir avec les vôtres, M. Bertolli? Dans le dernier rapport annuel de Industries Lassonde, Inc., votre entreprise déclare des ventes de 760 millions de dollars et des profits après impôts de 34,6 M$. Vos poursuites mettent en péril une petite entreprise parce qu’elle doit maintenant payer 80 000$ en frais juridiques. J’espère que vous [...]
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