27 janvier 2012 11h35 · Ianik Marcil
Au Québec, un adulte sur deux est un analphabète fonctionnel. La moité de la population qui désire travailler, s’épanouir, être heureux; la moitié de la population qui a le droit de voter, de conduire une voiture, qui cherche à comprendre le monde dans lequel elle évolue.
Tant que la situation ne s’améliorera pas, on devrait répéter tous les jours cette statistique effarante. Préférablement en écrivant à nos élus. C’est aujourd’hui la Journée de l’alphabétisation familiale qui vise à faire la promotion « de l’éveil à l’écrit et du plaisir de lire en famille. »
Le plaisir. Dans notre société qui carbure au spectacle, à la séduction, au ludique, à la recherche effrénée du plaisir, comment n’arrivons-nous pas réussi à faire partager à nos semblables le plaisir de la lecture et de l’écriture, de la connaissance et de la curiosité?
Les conséquences humaines de l’analphabétisme sont évidemment nombreuses et tragiques. Comme le souligne la Fondation pour l’alphabétisation, la moitié des adultes du Québec a donc de la difficulté à:
- aider ses enfants à faire leurs devoirs;
- comprendre les procédures liées à son emploi;
- lire une posologie de médicament;
- remplir une demande d’emploi en ligne;
- passer en revue le programme électoral d’un parti.
Il est question, ici, de besoins des plus élémentaires. D’être en mesure de s’épanouir comme être humain, de jouer son rôle comme citoyen et d’assurer son bien-être matériel.
Car les conséquences économiques de l’analphabétisme sont également terribles. Imaginez! La moitié des adultes du Québec peuvent ne pas être en mesure de comprendre les procédures liées à son emploi! Et on s’alarme, à juste titre, du déclin de la culture générale…
La littératie est étroitement liée à la scolarisation, bien entendu. Les deux permettent l’amélioration du bien-être économique de tous. Une étude démontrait il y a quelques années que chaque année de scolarité supplémentaire rapportait en moyenne 8,3% de plus de salaire aux Canadiens. Mais il n’y a pas que la scolarité, comme vecteur d’une meilleure performance pour les travailleurs. La litératie élémentaire, celle qui permet de dépasser le niveau illustré ci-dessus, améliore toutes les conditions de vie matérielles des gens; l’UNESCO a démontré en long et en large que l’analphabétisme est fortement corrélé avec la faiblesse de la croissance économique, des niveaux élevés de dépenses en santé publique et des inégalités de revenu profondes.
Avec une économie qui se transforme à une vitesse vertigineuse, où les compétences attendues des travailleurs sont de plus en plus complexes, ne pas se soucier de ce problème de société majeur c’est s’assurer de foncer directement dans un mur au-delà duquel il n’y aura aucun retour possible.
À l’heure du grand brassage de cartes que nous connaissons, aucun parti ni mouvement politique n’aura ma sympathie s’il ne met pas l’alphabétisation et l’éducation au sommet de ses préoccupations et, surtout, des actions concrètes qu’il entend mettre de l’avant pour améliorer drastiquement la situation. Il n’y a pas de place, ici, pour les vœux pieux et les bons sentiments: il y a urgence d’agir massivement.




Je me souviens, lorsque mon père a perdu son emploi. En chercher un autre allait s’avérer un cauchemar. Les emplois dans son domaine requéraient alors une connaissance de base de l’environnement, de pouvoir au moins se débrouiller avec Microsoft Word et Outlook. Ça l’a frustré. Je lui ai demandé pourquoi il n’allait pas prendre de cours pour au moins s’y habituer… « Ben je comprends rien… » Ce n’est que plusieurs années plus tard que je me suis rendue compte qu’il ne faisait pas référence aux ordinateurs, mais à la simple notion d’apprentissage (lecture de manuels, prise de notes, examens). Lire un titre dans un journal lui prend une éternité, lire un article lui donne la migraine.
Heureusement, il s’est trouvé autre chose, mais ça suffit pour démontrer que c’est vrai. Quelqu’un qui peine à lire et à écrire n’aura pas les meilleurs emplois. Si encore ce n’était que pour une infime partie de la population… Sauf qu’on parle ici de 49% des québécois! Allez me dire que ça n’influence la la situation économique de la province, après ça.
Votre histoire personnelle montre bien que ça n’est pas une situation qui n’est réservée qu’aux «autres.» Ce fameux 49% (on me signale que c’est autour de 60% au Nouveau-Brunswick, par ailleurs) représente une somme de tragédies individuelles incroyables.
Merci pour votre commentaire !
Bravo! M. Marcil! On nous demande trop souvent de taire ces statistiques effarantes, alors que c’est en les clamant haut et fort que nous arriverons à passer le message! Devons-nous continuer de jouer à l’autruche en acceptant de laisser la moitié de la population vivre dans l’obscurtié et dans la honte? Certainement pas! Il y a urgence d’agir, comme vous le dites si bien, mais aucun élu ne semble comprendre! Les subventions allouées aux organismes qui travaillent en alphabétisation restent au statu quo depuis des années! Et depuis des années, elles sont carrément insuffisantes! J’espère que vous continuerez à lutter avec nous! Merci M. Marcil!
Véronique Poulin
Directrice
Alphare
Bonjour Véronique, merci beaucoup de ce commentaire. Cette cause me tient à cœur personnellement – mais cela n’est pas important. Il s’agit surtout d’un problème humain, social et économique de la première importance.
Bravo à vous, de travailler dans des conditions que je sais difficiles.
IM