Bande d’illettrés (économiques)

12 février 2012 14h56 · Ianik Marcil

Vernissage typique dans une galerie courue avec ma blonde (artiste). Une de ses connaissances, qui ne me connaît pas, me demande:

- Toi aussi, tu es artiste ?

- Non, je suis économiste.

(Silence gêné, petit sourire.)

Si tout se passe bien, mon interlocuteur ne sait pas quoi ajouter et ma blonde vole à son secours en excusant ma honteuse profession: « Mais Ianik écrit aussi beaucoup sur les arts, il tient entre autres une chronique dans ratsdeville ! » (ceci est une méta-plogue).

Si tout ne se passe pas bien, j’ai le droit aux désespérantes répliques suivantes, au choix:

(a) Ah ! Alors, tu peux sans doute m’aider dans mes impôts ! Ah ! Ah !

(b) Que penses-tu des idées économiques du/de la ___ (insérer ici le parti/mouvement politique dont on a parlé le matin aux infos).

(c) C’est fou, la Chine, hein, quand même ?

La méconnaissance généralisée de mon métier n’aurait aucune espèce d’importance si ça n’était de l’omniprésence des économistes dans les médias. Mais beaucoup plus grave, je prétend que cette situation est le reflet du peu d’intérêt que nous accordons à l’économie, malgré qu’elle soit un sujet de préoccupation quotidien pour un un grand nombre d’entre nous, ne serait-ce que pour des raisons personnelles.

En janvier dernier, Influence communications signalait l’existence d’un mémoire de maîtrise intitulé « Le retard de Montréal sur Toronto en matière de journalisme économique » de Stéphane Desjardins. M. Desjardins est maintenant Directeur adjoint chez Canal Argent (TVA). Ce mémoire, diffusé par la suite par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec a été retiré de leur site suite à une vaine controverse; pour la même raison, je crois, il n’est plus disponible sur le site de l’UQÀM. Quoiqu’il en soit, je l’ai téléchargé sur mon serveur et vous pouvez le lire ici (PDF).

Cette étude est fort intéressante. Pour ma part, il m’importe peu de savoir que Montréal a un retard sur Toronto en matière de journalisme économique: le peu de place de qualité accordée au journalisme économique est généralisé dans la presse francophone québécoise (et dans la presse francophone en général). Mon constat personnel est le suivant et va dans le sens du mémoire de M. Desjardins:

  • On confond « business » et économie. La plupart des sections « économie » des médias écrits ou parlés s’appellent « affaires. » Ça n’est pas anodin puisqu’une large majorité de la couverture médiatique de l’économie au Québec est consacrée au monde de l’entreprise. Non pas que ça soit mauvais en soi, bien sûr, mais les véritables questions macroéconomiques (chômage, pauvreté, innovation, compétitivité, commerce international, politiques publiques, etc.) occupent la portion congrue de tous les médias généralistes. Même les trois articles ayant remporté les « Prix de journalisme économique et financier » décernés par l’Association des économistes du Québec traitent essentiellement d’histoires du monde des affaires.
  • On confond finances personnelles et économie. Je suis économiste et non je ne peux pas faire votre rapport d’impôts (il y a des comptables pour ça) ni vous conseiller sur l’évolution du titre de Apple (il y a des conseillers financiers pour ça). Une large portion des pages économiques est consacrée à ces questions. Non pas que cela soit mal non plus, mais il ne faut pas confondre un texte sur l’évolution de l’agriculture et un guide pour aider à cultiver ses tomates.
  • Mais surtout, on présente l’économie comme la chose la plus ennuyeuse du monde. Pourtant, l’économie, ça peut être sexy. Quand j’entends aux informations quelque chose comme « La Banque du Canada maintient le taux cible du financement à un jour à 1%; le taux officiel d’escompte demeure à 1,25%, et le taux de rémunération des dépôts, à 0,75% » je veux hurler. PERSONNE ne comprend cela à part les économistes et quelques autres nerds. C’est comme si un scientifique nous parlait du réchauffement climatique en disant « Entre 1970 et 2004, les rejets annuels de dioxyde de carbone (CO2), le principal gaz à effet de serre anthropique, sont passés de 21 à 38 gigatonnes (Gt), soit une progression d’environ 80 %, et représentaient 77 % des émissions totales de GES anthropiques en 2004 » (tiré du dernier rapport du GIEC). Pourtant, justement, les scientifiques sont passés maîtres dans l’art de la vulgarisation. Comment se fait-il qu’un Stephen Hawking soit capable de rendre aussi captivant qu’un polar un bouquin qui nous parle de théorie des cordes et de trous noirs alors que les économistes en sont si rarement capables ? Surtout, comment se fait-il que le journalisme scientifique (quoique trop absent de nos médias généralistes) soit si intéressant et vivant, en témoignent les émissions de Radio-Canada, l’Agence science-presse ou le blogue de Valérie Borde alors que les pages économiques donnent au mieux l’envie de les utiliser pour éplucher les patates ?

Je ne suis pas sociologue et je ne connais pas les causes profondes de cette situation, qui ont sans doute à voir avec l’histoire catholique-française du Québec. Mais ce constat me désole, car il n’est pas sans conséquence. Les décisions économiques prises par nos gouvernants ont des impacts directs sur notre vie et notre futur mais peu de Québécois sont en mesure d’en comprendre ne serait-ce que les rudiments. Si on continue à leur présenter de manière aussi morne et ennuyeuse les questions économiques, ça n’est pas demain la veille qu’ils pourront prendre des décisions éclairées sur leur futur. Et on continuera à entendre dans les partys de famille de désespérantes généralités fondées sur l’intuition plutôt que la connaissance.

Et on ne parle même pas de l’école – il est scandaleux qu’il n’y ait à peu près aucune place accordée à l’économie et à la sociologie au secondaire. On peut, au Québec, avoir un diplôme de secondaire V sans rien connaître des enjeux sociaux, politiques et économiques contemporains. C’est quand même un comble !

Pourtant, nous avons plusieurs journalistes de qualité qui couvrent les questions économiques. Je ne crois pas que ce soit là le problème. Le problème, c’est celui des décideurs au sein des médias, qui n’accordent pas suffisamment de place à ces questions, mais surtout n’osent pas. La presse économique québécoise est d’un conventionnel sidérant. Si les questions économiques étaient présentées de manière aussi soignée et sexy que celles reliées au sport ou même aux sciences, le débat sur les enjeux et politiques économiques s’élèverait d’autant.

Et peut-être qu’on serait moins mal à l’aise dans les vernissages me sachant économiste… ;-)

Cela étant, je me permets de vous suggérer quelques lectures, livres et blogues, que je trouve particulièrement bien faits, accessibles au plus grand nombre et qui permettent de réfléchir intelligemment aux problèmes économiques actuels. Je me suis restreint aux livres et blogues en français.

 

Livres

Deux livres d’introduction aux problèmes économiques:

Jim Stanford (2011), Petit cours d’autodéfense en économie: l’abc du capitalisme, Montréal: LUX. Probablement le meilleur livre d’introduction à l’économie sur le marché actuellement. Ludique, vivant et intelligent.

Donald Marron (2011) Théories économiques en 30 secondes, Montréal: Hurtubise. Formule amusante, très facile d’accès mais tourne parfois un peu les coins ronds; accessible et permet de « sauter » les sujets qui nous intéressent moins.

Deux livres pour mieux comprendre la crise que nous continuons à traverser; ce sont des ouvrages collectifs qui ont tous les deux l’avantage de présenter des points de vue diversifiés (et contradictoires):

Forum d’action modernités (2009), Vers un autre monde économique, Paris: Descartes & Cie.

Le Cercle des économistes, sous la dir. de Pierre Dockès et Jean-Hervé Lorenzi (2009), Fin de monde ou sortie de crise ? Paris: Perrin.

Blogues

Monsieur Économie à Radio-Canada, Gérald Fillion a modifié la formule de son blogue au cours de l’été dernier et lui a donné, il me semble, un vent de fraîcheur. Son blogue respecte son souci pour l’indépendance et la neutralité tout en n’hésitant pas à souligner la gravité ou l’importance de certains enjeux. Sur Twitter: @geraldfillion.

Le blogue de Diane Bérard est l’un de mes préférés au Québec. Il traite d’affaires internationales et offre, ce faisant, une vision globale et souvent très originale sur les questions économiques contemporaines. Diane Bérard s’intéresse souvent aux questions reliées à la gouvernance des entreprises, à l’innovation et aux conséquences sociales et politiques des bouleversements économiques que nous vivons. Sur Twitter: @diane_berard.

Rédigé sur un ton parfois un peu trop « sérieux » à mon goût, j’apprécie néanmoins énormément la grande rigueur des billets du blogue de Pierre Duhamel sur le site de L’Actualité. Sur Twitter: @duhamelp.

Le blogue « Démystifier la finance: Éthiques et marchés » de Georges Ugeux sur le site du journal Le Monde est un petit bijou de vulgarisation du monde de la finance.

Finalement, le site Project Syndicate publie des textes extraordinairement pertinents des plus grands économistes du monde (principalement des États-Unis, donc): Kenneth Rogoff, Nouriel Roubini, Joseph E. Stiglitz, Laura Tyson et plusieurs autres. Les articles sont traduits en plusieurs langues, dont le français. Un must.

 

N’hésitez évidemment pas à me faire vos propositions !

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+ Ajouter le vôtre Commentaires 23

  • 12 février 2012 · 15h27 Mathieu Lemée

    Que répondriez-vous aux économistes très à droite qui disent sur les blogues que des auteurs comme Stiglitz et Krugman sont des idiots utiles et que leurs chiffres ne sont pas bons, mais que d’autre comme Martin Coiteux du HEC sont des génies et que leurs analyses sont toujours justes.

    • 12 février 2012 · 15h35 Ianik Marcil

      Je dirais trois choses:

      1) Il y a des fumistes et des incompétents à droite comme à gauche. Il y a des textes de « gauche » qui sont d’une imbécilité abyssale et qui font dire n’importe quoi aux faits et aux données, comme il y en a à droite.

      2) Qu’il ne faut pas confondre analyse et prises de position politique, comme le fait trop souvent Krugman, à mon humble avis, ou Paul Jorion en France. À l’inverse, Stiglitz fait généralement une distinction entre les deux. Martin Coiteux également.

      3) Pour pouvoir trier le bon grain de l’ivraie, il est essentiel d’avoir les bons outils intellectuels. C’est un peu le sens de mon message: nous sommes, citoyens, responsables de nous éduquer en matière économique. Des ouvrages et des blogues comme ceux que j’ai cités permettent de le faire. Et, ensuite, de mieux juger des prises de positions de droite ou de gauche.

  • 12 février 2012 · 17h27 David

    Très bon billet M. Marcil. J’ai justement lu « Théorie économiques en 30 secondes » dernièrement, et ça donne un bon fondement à quiconque veut mieux comprendre le jargon économique.

    Depuis que j’ai eu Martin Coiteux et Nicolas Vincent comme enseignants à HEC, je m’intéresse de plus en plus à l’économie.

    2 autres blogues (ou sites) que je suis, en plus de ceux que vous avez mentionné:
    -The new economics foundation : http://www.neweconomics.org/
    -Tim Harford (aka Undercover Economist) : http://www.ft.com/intl/arts/columnists/timharford
    -EconLog : http://econlog.econlib.org/

    • 12 février 2012 · 17h36 Ianik Marcil

      Merci de ces suggestions – ce sont d’excellents blogs également. Je m’étais limité toutefois à ceux écrits dans la langue de Molière :-)

  • 12 février 2012 · 17h42 Mathieu Lemée

    Martin Coiteux n’a-t-il pas cependant une prise de position ouvertement fédéraliste et de droite dans ses analyses? Vous en pensez quoi? Même Duhamel critique parfois certaines de ses conclusions sur son blogue.

    • 12 février 2012 · 17h59 Ianik Marcil

      D’une part, je dirais que Martin est plutôt un centriste. Centre-droit, disons. Il est aussi ouvertement fédéraliste puisqu’il est l’un des animateurs (je ne connais pas son rôle exact) du mouvement «L’idée fédérale». Il ne cache pas ce positionnement politique et c’est très bien ainsi quant à moi.

      D’autre part, cela ne l’empêche pas de produire des analyses fort solides. Par exemple, la dernière qu’il a produite, sur la pauvreté relative des Québécois, est inattaquable. Elle rigoureuse et «idéologiquement neutre.»

      Ce qui n’empêche pas les intersections entre ces deux aspects de sa pensée, comme c’est le cas de TOUS les économistes. Tous les économistes sont évidemment aussi des citoyens, préoccupés pour la plupart de l’évolution de leur société. Alors oui, Martin, comme moi et comme tous nos confrères, utilisera ses analyses pour ensuite les interpréter à défendre ses idées.

      Mais dans tout cela, il faut faire attention aux interprétations hâtives de ce qu’est la gauche ou la droite. Je partage avec lui, par exemple, l’idée que ça n’est pas en taxant à outrance les riches ou les corporations qu’on réglera quelque problème que ce soit. Par contre, en taxant le «capital inactif», c’est-à-dire les actifs financiers (ou autres) qui ne sont pas utilisés au développement utile de l’économie. Punir l’inaction, en quelque sorte et inciter l’inverse. Est-ce que c’est une position de droite ou de gauche? Elle peut être perçue de droite parce qu’on ne fait pas la promotion des méchants riches ou des méchantes corporations. Mais on peut aussi la concevoir de gauche si, comme je le défends, ce qu’on en fait contribue à une meilleure distribution des revenus et de la richesse.

      En un mot comme en cent: on doit faire preuve de nuance et d’indépendance d’esprit dans les analyses factuelles et ne pas hésiter à défendre ses idéaux politiques, parallèlement…

      Ce qui n’empêche pas que certaines analyses et interprétations seront toujours teintées politiquement. C’est inévitable. Croire que l’inverse existe, qu’une science économique (ou sociale) «pure» existe, c’est adhérer à un scientisme que je réfute fortement…

    • 13 février 2012 · 13h27 Fernet_g

      D’accord avec M.Marcil que l’analyse de Martin Coiteux est factuelle et inattaquable, en grande partie du moins. Même si elle est déstabilisante pour les tenantts de la souveraineté et certains gauchistes excessifs.

    • 13 février 2012 · 14h39 Claude Boucher

      @Fernet_g

      Vous tombez dans les mêmes travers que ceux que vous dénoncez. S’il est tout à fait exact de constater que le PIB du Québec est plus faible qu’ailleurs (un énoncé positif dans le jargon), les conclusions qu’on tire d’un tel constat sont sujettes à discussion et à interprétation.

      Dès le cours d’introduction à la macroéconomie, les étudiants de la discipline apprennent les limites d’un instrument comme le PIB, qui est «la valeur marchande des biens et services finals produits dans un pays au cours d’une période donnée» (Parkin et Bade, 2005:120) ou si vous préférez :

      Y = C + I + G + (EX – IM)

      Le PIB (et son petit frère le PIB par habitant) est une mesure importante mais incomplète de la santé économique d’une nation. Il ne nous informe pas sur les activités domestiques, les améliorations qualitatives, l’économie souterraine, la santé et le bien être, le temps libre et les loisirs ni sur la qualité de l’environnement, autant de facteurs qui influencent le niveau de vie des population. C’est pourquoi d’autres mesures existent pour mesurer le niveau de développement ou les inégalités (l’IDH de l’ONU, le coefficient de Gini, etc.)

      Par ailleurs le PIB par habitant a son lot de problème, qui était bien résumé par un de mes profs qui se plaisait à nous raconter l’histoire de Bill Gates qui entre dans un bar et qui fait augmenter en flèche le PIB per capita dudit établissement. Est-ce que les autres clients sont plus riches pour autant?

  • 13 février 2012 · 09h09 P. Lagassé

    Excellent. J’espère que cela contribuera à pousser un peu les gens à s’informer sur l’économie, dont les principes ne sont pas si compliqués. Cela nous permettrait peut-être d’écarter les âneries qu’on entend et qu’on lit quotidiennement; ces espèces de généralisations bâties sur des préjugés et qui n’ont aucun rapport avec la réalité, à part via l’idéologie.
    De quoi hurler.

    Je suis présentement à lire le petit guide d’auto-défense de l’économie. Merveilleux.

    Je recommande aussi les petits vidéos de vulgarisation sur la nature des dettes et de leur conversion en « actifs », créant ainsi de l’argent virtuel.
    http://www.youtube.com/watch?v=vVkFb26u9g8

    aussi disponible en français
    http://www.youtube.com/watch?v=VaCoI9CFSPQ

  • 13 février 2012 · 11h09 jean-claude bourbonnais

    Dans les années 40, mon père était ingénieur. À une époque où le Québec universitaire produisait en série des docteurs, des avocats et des curés. Il m’inculqua très jeune, à l’aube de l’adolescence, le sens de l’économie en m’ouvrant un compte chez Desjardins.
    Pourquoi cette corrélation chez moi entre épargne et ingénieur? Parce que le développement et la prise en charge de notre économie durant la Révolution Tranquille fut une oeuvre conjointe des économistes et des ingénieurs dans les grands projets hydro-électriques, entre autres, qui mirent Québec sur la mappe internationale du commerce et de l’expertise en génie.
    La Révolution Tranquille fut avant toute chose une révolution économique, et ce n’est pas assez dit, le lieu privilégié, tout autant que l’art, de l’émancipatuon et de l’affirmation de notre identité territoriale.
    Par ailleurs, n’est-il pas étrange de constater que deux des bêtes noires de notre gogauche vociférante n’ont guère changé de lieu depuis la Grande Noirceur,soit le « néo-libéralisme », l’économie de marché pour le dire sans affect et l’exploitation de nos richesses naturelles, l’argent et les sciences pures.
    Nos curés ont émigré, de la sacristie vers les Sciences Humaines de nos universités où ils professent encore les mêmes excommunications. Plusieurs artistes, hélas et parmi les plus doués, participent à cette chasse aux sorcières. Ils portent leur soutane dans leur tête. Et le démon d’autrefois sorti de l’enfer venu chercher les pêcheurs est remplacé par le feu de Satan qui sort des robinets des consommateurs impénitents…
    Il y aurait par ailleurs une analogie prodigieuse à faire entre la peur du sexe d’autrefois avec cette obsession verdoyante, récente, des entrailles de Gaïa, violées par les puits de gaz de schiste des méchants ingénieurs qui osent s’aventurer dans le ventre vierge du Plan Nord…
    Je vous le dis, l’argent, c’est pas seulement le nerf de la guerre, en économie, mais c’est encore le sang des impies chez nos amis les écolos, comme ça a toujours été le cas chez nos zélotes de tout acabit. On est pas sorti du bois, et encore moins de l’église, quoiqu’on en pense. Et voilà pourquoi nos journaux n’en ont que pour les drames familiaux et autres Occupation Double…

    • 13 février 2012 · 11h23 Ianik Marcil

      La Révolution tranquille a été certes aussi économique, vous avez raison de le souligner. Est-ce que notre rapport «difficile» avec l’économie a un lien avec notre passé catholique français, sans doute, mais je n’ai pas la compétence pour analyser la chose en profondeur…

      Merci de votre commentaire !

      IM

  • 13 février 2012 · 12h12 Claude Boucher

    Ianik,

    Je me permets de suggérer aux lecteurs deux blogues économiques canadiens (en anglais) que j’aime bien suivre, mais qui ne seront pas nécessairement à la portée de tous. Le premier, Worthwhile Canadian Initiative http://worthwhile.typepad.com/worthwhile_canadian_initi/ est animé par le prof. Stephen Gordon de l’Université Laval et regroupe plusieurs économistes de haut niveau.

    Les lecteurs qui sont intéressés aux questions énergétiques et environnementales devraient aussi lire Rescuing the Frog http://andrewleach.ca d’Andrew Leach de l’Université de l’Alberta.

    • 13 février 2012 · 12h15 Ianik Marcil

      Tout à fait d’accord avec vos suggestions Claude. Il y a plusieurs blogues de très grande qualité en anglais et ce lui de Stephen Gordon est dans mon top 10 !

      Merci pour les suggestions,

      IM

  • 13 février 2012 · 12h13 Nathalie Alarie

    Moi je n’hésite pas à dire que je suis illettrée économiquement. Quand on m’arrive avec des statistiques, des chiffres qui n’ont pas visage humain, j’ai ben d’la misère à m’identifier avec ça! Par contre, quand j’entends « mise à pieds de 700 personnes «White Birch» ou que pour travailler, il faut mettre sa vie en danger dans des mines de chrysotile (cancer), ou que le taux d’itinérance à augmenté à Montréal…ça m’interpelle! Sauf que ces nouvelles sortent sans que personne (sauf mon « punk » à cravate favori) ne prennent le temps de dire..700 travailleurs dehors parce que la compagnie faisait pas « assez » de profit ou quelle n’avait pas investit dans la modernisation de ses infrastuctures….bref le résultat est que 700 personnes vont au diable alors que la compagnie continue à fonctionner…ailleurs! Au fond, je deviendrai lettrée quand l’économie aura un visage humain!

    • 13 février 2012 · 12h19 Ianik Marcil

      Je suis profondément convaincu que la réflexion économique puisse avoir un visage humain. Les lectures que je suggère sont de cet ordre… Je crois aussi qu’il y a de plus en plus d’intérêt de la part des économistes et des journalistes pour ce type de discours, à cause/grâce à la crise. Souhaitons que cela se généralise ;-)

  • 13 février 2012 · 12h54 Serge Gingras

    Dès l’âge de 13 ans j’ai été graduellement initié à l’économie en écoutant fréquemment une merveilleuse émission radiophonique à Radio-Canada : Capital et travail. Cette émission est éventuellement disparue des ondes.

    J’ai plus tard eu la chance de lire, et écouter à PBS, The Age of Uncertainty, une excellente émission sur l’histoire de l’économie, animée par John Kenneth Galbraith, vulgarisateur de talent qui appelait un chat un chat. Pas très populaire le Monsieur dans les cercles de gens sérieux, comme ils se présentent eux même. Ex exemple, l’École de Chicago.

    De plus, J’ai eu la joie de lire plusieurs écrits de Noam Chomsky, ce philosophe qui déplait lui aussi souverainement aux gens de la droite.

    Je crois que vous mettez le doigt sur le bobo en blâmant notre mauvaise éducation catholique qui nous enseignait que l’excrément du diable, l’argent, devait être laissé entre les mains des méchants protestants et anglophones. Oui, eux roulaient sur l’or, mais nous, nous irions au ciel. Nous avons vraiment été mal élevés. Dieu merci, nous nous en sommes sortis, mais il y a encore beaucoup de chemin à parcourir.

    Il est impérieux de nous éduquer de la chose économique. Mais avec le peu d’heures que les élèves passent à l’école, voyages en autobus obligent, je ne vois pas comment on pourrait faire plus qu’une simple initiation, en espérant qu’ils auraient la piqure et chercheraient à approfondir le sujet de leur propre chef.

    Je blâme nos politiciens qui ont cédé le terrain aux financiers, banquiers de tout accabit, en légiférant de façon à leur laisser la bride sur le cou, carte blanche pour nous replonger dans les crises séculaires que FDR avait réussi à endiguer avec ses mesures restrictives que l’on a fait sauter sans égard aux conséquences que nous revivons présentement. Pourtant… Et je ne dis rien de la mondialisation, aventure criminelle s’il en est.

    J’ai fort apprécié votre article.

    • 13 février 2012 · 13h28 Ianik Marcil

      Merci pour vos bons mots.

      Galbraith n’était pas très apprécié effectivement des économistes «sérieux» (peu importe leur allégeance politique, d’ailleurs). Mais c’était un vulgarisateur hors pair. J’ai relu des passages d’un de ses livres récemment et il y a des éléments remarquables d’actualité.

      Comme je l’ai indiqué, je ne me sens pas très compétent pour juger des causes véritables de cette situation, qui a sans doute les racines sociologiques dont vous parlez. Je crois aussi que le fait que les médias grand public aient recours de plus en plus au «divertissement» comme mode de présentation y est pour beaucoup. L’économie n’est pas très divertissante, de fait…

      IM

  • 13 février 2012 · 13h48 Serge Gingras

    Si les médias appartenaient à un plus grand nombre de personnes peut-être aurions nous la chance de lire, d’entendre d’avantage d’information économique du genre dont vous parlez.

    Mais avec le monopole de l’information entre les mains de gens qui n’ont aucun intérêt à avoir un lectorat, un auditoire instruit de ces choses fondamentales, ces choses qui nous touchent directement, il est peu probable que l’éducation populaire se fasse par l’entremise de leurs médias.

    Du pain et des jeux, ça ne date pas d’hier. Les motifs sont les mêmes qu’à l’époque : faire diversion, afin que les moutons ne se rendent pas compte qu’on les mêne à la tonte. Ce qu’il y a de beau avec la laine, c’est que ça repousse. Et un bon tondeur ne blesse pas la bête. Non qu’elle apprécie se faire peler de la sorte, mais elle se dit, :  » Après tout, ce n’est pas si mal. Ce n’est qu’un court moment désagréable à passer. Je peux vivre avec ça.  » Et c’est ce qui se passe. On vit avec ça. Nous sommes des victimes ignorantes et consentantes.

    La vie est belle.

    • 13 février 2012 · 13h56 Ianik Marcil

      Une chose dont je suis persuadé, c’est que nous avons notre responsabilité comme citoyens et «consommateurs» d’information…

  • 14 février 2012 · 11h04 Stéphane Racine

    Bonjour,
    J’essaie de contribuer avec un blogue que j’ai ouvert récemment, mais le problème principal que je perçois avec les réactions que je reçois est que pour être simple et clair, il faut laisser filer des détails qui sont importants sinon ça devient opaque et incompréhensible pour la plupart du monde.
    Et quand on laisse ces éléments en marge, on perd de la crédibilité. Je le fais consciemment tout en connaissant les impacts, mais il est très difficile d’être à la fois clair tout en gardant le contenu vraisemblable et inattaquable.
    Certains y arrivent, mais j’en vois peu.
    Félicitations et continuez votre bon travail.
    Stéphane Racine

    • 14 février 2012 · 12h46 Ianik Marcil

      J’ai pris rapidement connaissance de votre blogue que je ne connaissais pas – je le consulterai sans faute avec plus d’attention.

      Le défi de la vulgarisation dans la concision est très grand, vous avez tout à fait raison. Particulièrement lorsqu’on traite de sujets qui sont a priori aussi abstraits que l’assouplissement quantitatif, comme vous le faites…

      Mais je crois que cela est possible et, surtout, que le jeu en vaut la chandelle. Il ne faut pas tomber non plus dans l’obsession d’être compris à tout prix. Je crois sincèrement que le lecteur curieux est prêt à fournir les efforts nécessaires pour comprendre si on le considère avec intelligence et qu’on lui présente l’importance de notre propos. Je l’ai vécu comme enseignant: je donnais des cours obligatoires d’économie et mes étudiants étaient très réceptifs à mon propos lorsque j’en arrivait à leur montrer que ce que je disais pouvait compter pour eux.

      Cela dit, bravo pour votre blog qui est maintenant dans les fils de mon lecteur RSS ;-)

  • 19 février 2012 · 14h34 Pierre-Yves McSween

    En effet. D’ailleurs, voici un papier que j’avais soumis à La Presse en 2010:

    http://www.cyberpresse.ca/debats/opinions/201011/30/01-4347784-analphabetes-de-largent.php

    De plus, Patrick Lagacé reprend les mêmes idées ce matin:

    http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/national/201202/18/01-4497491-serie-largent-les-analphabetes-de-la-finance.php

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