20 juin 2012 15h30 · Ianik Marcil
N.B.: Texte que j’ai présenté hier (19 juin) à Mots et images de la résistance V, événement invitant « étudiants, professeurs, intellectuels, créateurs et grand public à présenter quelques-unes de leurs armes de résistance, de leurs bouées intellectuelles » – à partir de mots, d’images, de discours, de références historiques. La plupart des textes de ces présentations sont disponibles sur la page Facebook du groupe, qui développera au cours de l’été d’autres outils de diffusion. On peut également les suivre sur Twitter (@MIResistance).
Do it yourself resistance : Économie politique de la casserole
Punk is not really a style of music.
It was more like a state of mind.
– Mike Watt
Dans cette crise, les manifestants se sont bricolés une résistance. Un morceau de feutrine rouge grossièrement taillé, une épingle à couche – et voilà l’image de la résistance. La première casserole à portée de main, une cuiller en bois – et voilà le bruit de la résistance.
Le mouvement des carrés rouges – appellation que je préfère à celle du « printemps québécois » et encore plus à celle de « printemps érable, » trop connotés à mon goût – constitue un bricolage de l’action politique.
Do it yourself resistance.
Une résistance bricolée chez soi. Avec les autres.
Des milliers d’individualités qui se rejoignent.
Dès le début de la grève, on a assisté à une lutte symbolique. Le champ de bataille s’est déplacé sur le terrain de la sémantique.
Cette lutte pour l’appropriation du sens des mots dans le conflit étudiant est emblématique de la question de fond qui la sous-tend.
De nombreux citoyens et groupes plus ou moins organisés ont tenté très tôt de déplacer le débat et de capitaliser sur le mouvement étudiant pour signifier leur mécontentement envers un amalgame hétérogène de problèmes.
À chacun ses revendications, à chacun ses symboles.
À tous ses revendications, à tous ses symboles.
Des milliers d’individualités qui se rejoignent contre l’individualisme.
Contre le consumérisme.
Contre l’économisme.
Contre un asservissement généralisé.
Une déconstruction de l’édifice étouffant du clientélisme politique, de l’utilitarisme économique et de l’éthique du soi hypertrophié.
Une cuiller en bois.
Une casserole.
Un chiffon rouge.
Une épingle à couche.
Des bricolages revendicateurs. Pas de chef, pas de manifeste. Une résistance gossée maison.
Un élan individuel, mais vers l’autre.
Une philosophie de l’unicité, de l’individualité, de la tabula rasa. D’un retour à soi, mais pas contre l’autre – à soi comme humain.
Nous étions travailleurs – nous voici réduit au rôle de consommateur – bricolons notre carré rouge, ne l’achetons pas.
Nous étions citoyens – nous voici réduit au rôle de contribuable – bricolons nos chants, nos slogans, notre bruit revendicateur et politique.
Nous étions malades, vieux, étudiants – nous voici clients – reprenons notre rôle actif, hors de toute logique de transaction.
Soyons punks.
Comme l’épingle à couche est punk, les carrés rouges et les casseroles sont punk.
Greg Graffin, chanteur du groupe Bad Religion, décrit dans son « Punk Manifesto, » la pensée punk en cinq points :
- l’expression personnelle de notre unicité qui vient de l’expérience de notre capacité humaine à raisonner et à poser des questions ;
- un mouvement qui réfute les attitudes sociales perpétuées par l’ignorance volontaire de la nature humaine ;
- un questionnement et un engagement à comprendre qui résulte en progrès personnel et se développe dans la société ;
- la conviction que ce monde est ce que nous en faisons, que la vérité émerge de notre compréhension des choses telles qu’elles sont et non de notre adhésion à des prescriptions qui nous disent comment elles devraient être ;
- une lutte constante contre la peur des répercussions sociales.
Les carrés rouges et les casseroles sont punks.
Le mouvement social québécois actuel est l’écho de voix trop longtemps assourdies par le brouhaha affairiste de la politique, étouffées par la logique marchande de l’économie et abêties par une culture de masse veule et vide.
Il charrie une suspicion de principe contre l’establishment.
Il désire retrouver la volonté de faire par soi-même (do it yourself) – particulièrement, son opinion.
Il crie sa volonté de déconstruire toute forme de pouvoir pour en révéler les mécanismes intrinsèques.
Il cherche à mettre de l’avant la liberté individuelle, la valorisation de l’expérimentation, d’essayer ce qui n’a pas été fait.
Il propose une remise en question drastique, continuelle et sans compromis du mode d’organisation sociale dans lequel nous vivons.
*
Des centaines d’œuvres punks pourraient faire écho à ce mouvement des carrés rouges. De l’album Bedtime for Democracy des Dead Kennedys à American Jesus de Bad Religion, ils sont légions.
« Merchandise » du groupe Fugazi sur leur premier album (Repeater, 1990) est l’une de celles-là.
Fugazi est un groupe qui a particulièrement été attaché à l’éthique punk du Dot it yourself. Fugazi est l’acronyme qui était utilisé à la guerre du Viêt Nam par les G.I. lorsqu’ils étaient en fâcheuse position : « Fucked Up, Got Ambushed, Zipped In. »
When we have nothing left to give
There will be no reason for us to live
But when we have nothing left to lose
You will have nothing left to use
We owe you nothing you have no control
Merchandise keeps us in line
Common sense says it’s by design
What could a businessman ever want more than to have us sucking in his store
We owe you nothing
You have no control
You are not what you own
*
*








Moins t’as de sous, plus t’es créatif…
Plus on te dépouille, plus tu te réinventes…
Moins tu t’isoles, plus tu t’en sors…
Your are not what you own…
You are what you dream…
I dream that my kids will not have to worry about what they need, I dream that my kids will be able to dream about what ever they want.
What am I?
@ Jonathan
À priori, je vous répondrai que vous êtes un père qui souhaite que ses enfants arrivent à subsister à leurs besoins les plus élémentaires et qu’ils ne laisseront personne détruire tous ces rêves qui les habitent et qui leur permettent d’aller de l’avant, d’avoir des idéaux et d’avoir foi en leurs quêtes. Parce qu’en tant que père, vous aurez pris le temps de leur expliquer ces nuances, si importantes, entre les besoins, les désirs et les rêves. Ces nuances qui font toute la différence entre « tout vouloir, là, maintenant » et « espérer, construire, grandir et s’épanouir » (et ce, au sein d’un monde à partager).
Si je n’aurai,matériellement, à léguer à ma fille que mon piano et mes vieux pinceaux, je sais que je lui aurai légué des richesses de coeur qui ne se comptabilisent pas, qu’on ne pourra lui enlever, qui seront toujours siennes…
Merci pour la réponse.
C’est très joli comme image:
« Si je n’aurai,matériellement, à léguer à ma fille que mon piano et mes vieux pinceaux, je sais que je lui aurai légué des richesses de coeur qui ne se comptabilisent pas, qu’on ne pourra lui enlever, qui seront toujours siennes… »
Je pense qu’à quelque part, oui on se rejoint. Oui, vous avez certainement raison qu’à la base, je veux donner quelques valeurs et les laisser « construire » le reste – mot très bien choisi en passant. Mais à chaque jour, certainement, vous reconnaissez que si vous pouvez faciliter la vie de vos enfants même si ce n’est qu’un micron, c’est un espèce de « devoir »…et que je me le donne, et ce, jour après jour. Peut-être qu’on vise un base minimale, et chaque coche de plus, tant mieux?
Mais c’est à ça que je rêve – d’aider mes plus chéris – et qu’ils se tiennent un tantinet mieux que moi j’étais avant eux, grâce à l’acharnement de mes parents…
Bref – belle réponse (le mots coulent bien ensemble!) et merci pour l’échange.
Y’a pas d’quoi !