5 août 2012 18h53 · Ianik Marcil
Les économies occidentales font face à des turbulences potentiellement historiques. Tout indique que plusieurs pays européens sont déjà entrés en récession et la situation aux États-Unis n’est pas reluisante. Ajoutons à cela une baisse marquée de la croissance des nouveaux géants comme la Chine, le portrait n’est pas rose.
Je prétendais ici même il y a quelques semaines que les économies mondiales connaissent une crise économique systémique et profonde. Je proposais dans ce même texte des orientations générales pour l’avenir des politiques publiques.
Maintenant que nous sommes en campagne électorale, la question est : qu’est-ce qu’on peut faire, concrètement ? À quels problèmes devons-nous nous attaquer en priorité ?
À mon sens, les cinq principaux défis économiques du Québec à moyen et long terme sont les suivants :
1.- Fractures sociales et économiques. Environ la moitié de la population adulte québécoise est analphabète fonctionnelle (éprouve des difficultés de lecture). Nos taux de diplômation sont désastreusement bas. Les inégalités économiques se creusent ici aussi. Les effets purement économiques de cette situation sont désastreux : l’exclusion d’une large partie de la population de la vie économique privera le Québec d’un potentiel de production économique digne de ce nom.
2.- Tissu industriel éclaté et exploitation non valorisée des ressources naturelles. Ces deux problèmes importants sont inter-reliés. Le Québec économique des 40 dernières années s’est développé en partie grâce à l’hydro-électricité qui a fait naître autour d’elle de nombreuses industries (génie, alumineries, nombreux secteurs technologiques). Nos politiques publiques ont oublié cette leçon, semble-t-il. Le soi-disant Plan Nord ne prévoit à peu près aucune mesure pour valoriser les ressources minières (et on ne parle pas des retombées directes dans les communautés ni des impacts environnementaux). On s’entre-déchire sur les redevances minières alors que le vrai problème c’est l’intégration à l’ensemble de la filière métallique. Extraire du minerais, même avec les plus grandes redevances au monde, sans valoriser et créer tout un écosystème économique autour relève d’une vision suicidaire du développement économique
3.- Innovation et créativité sous-développées. On se targue de l’importance de la créativité québécoise alors que nos investissements en recherche-développement sont à des niveaux désastreux. Notre capacité à innover, à créer des entreprises créatrices et à valoriser les arts et les sciences nécessite encore, et plus que jamais, un sérieux coup de barre.
4.- Finances privées et publiques plombées. L’endettement privé et public est catastrophique ici comme ailleurs. Les caisses de retraites menacent d’imploser. L’évasion fiscale de toute nature représente l’équivalent du déficit annuel du gouvernement du Québec. Un redressement majeur est nécessaire et inévitable.
5.- Les modèles alternatifs de développement économique, qui constituent, à mon sens, l’avenir de nos sociétés, demeurent les enfants pauvres du Québec, alors que de nombreux pays (notamment en Europe du Nord et en Allemagne mais aussi en Amérique latine) les développent à grande vitesse. J’entends ici autant les coopératives, les industries vertes que l’innovation sociale au sein des communautés.
Au cours de la campagne électorale, je me pencherai sur ces cinq enjeux majeurs et j’examinerai les programmes électoraux des partis en fonction d’eux.
En matière de politiques économiques, nous devons nous concentrer sur ce qui dépend de nous, pour détourner l’expression d’Épictète. Croire qu’il est possible de contrer des puissantes tendances hors de notre contrôle est vain et constitue un gaspillage d’énergies précieuses. Mais je considère que sur ces cinq enjeux, l’État québécois peut à la fois agir et favoriser l’action dans les communautés. Cela nécessitera, en revanche, beaucoup d’imagination et une grosse dose de courage politique.
Une élection générale vise à choisir celles et ceux que les citoyens considèrent les mieux placés pour diriger le gouvernement, c’est-à-dire, au fond, choisir les meilleurs moyens pour régler nos problèmes communs. Mais aussi celles et ceux qui proposent une vision globale de notre société et de ses problèmes. Choisir, en quelque sorte, à la fois ceux qui émettent le meilleur diagnostic et, conséquemment, proposent les meilleurs remèdes.
Un gouvernement n’est pas qu’un simple « gestionnaire » de la chose publique : il doit être représentatif, justement, des préoccupations de ses commettants et donc d’abord offrir une vision des défis auxquels nous sommes confrontés.
Je serai donc aussi attentif à l’évaluation que font les différents partis de nos problèmes actuels qu’à la vision d’avenir qu’ils proposeront.








Très intéressant exposé, Monsieur Marcil.
Toutefois, la population qui vote n’a pas – et n’a jamais eu – la compétence pour apprécier comme il se doit le fond des enjeux. Et cela, les formations politiques le savent.
D’où il résulte toujours que l’on cherche à séduire l’électorat afin de se faire élire, laissant de côté ce qui serait de toute façon incompréhensible et peu porteur, pour plutôt miser sur des questions plus «émotives».
Du simplisme nuisible collectivement, mais profitable électoralement. Hélas.
Et demain n’est probablement pas la veille où tout ça changera. Si jamais ça change…
Wow ! Clair et direct ! Bravo ! Je suis moins de l’avis de M. Perrier toutefois. La population est éduquée (malgré les questions de littératie), engagée dans des débats quotidiens depuis des mois. Au fait des limites du système politique en place. Donc soit ne vote pas ou vote par défaut d’un coté pour éviter l’autre.
Ce qui m’a amené à me décourager des partis et du système qui les porte au pouvoir, qu’ils ne souhaitent alors pas changé malgré les promesses.
Mais un nouveau parti est arrivé et porte le projet d’écrire la constitution du Québec indépendamment des partis et de leur programme pour redorer le pouvoir politique en l’émancipant des pouvoirs économique et financier. Je pense qu’il pourra nous permettre d’élire par la suite les bonnes personnes au bon moment et créera l’espace dont nous avons besoin pour vivre les défis que vous identifiez.
La Coalition pour la Constituante, une vague blanche qui fait son chemin.
http://www.sansparti.org/index.htm
J’aurais apprécié du savant exposé de M. Marcil, non moins très apprécié de ma part, aussi une solution politique de son cru sur l’un des enjeux les plus importants d’un scrutin général, l’économie. Et que pense M. Marcil de votre suggestion judicieuse ?
à M. ou Mme MChartrand (ce serait utile de préciser, non?),
Certes, la population aujourd’hui est plus «éduquée», selon votre expression, qu’elle ne l’était auparavant. Il y a 50 ou 75 ans, notamment.
Mais une population «éduquée» n’implique nullement que celle-ci soit au fait des réels tenants et aboutissants des enjeux de société. Ceux-ci demeurent au mieux assez flous. À mon avis, du moins.
Ce qui résulte en une votation plus «émotive» que «rationnelle».
Et le gagnant, en bout de ligne, n’est pas nécessairement celui qui aura le meilleur projet de société dans sa sacoche…
« Mais une population «éduquée» n’implique nullement que celle-ci soit au fait des réels tenants et aboutissants des enjeux de société. »
ben oui, justement, claude. c’est exactement ce que « éduquée » implique. je me demande bien quelle autre signification ce mot peut prendre lorsque filtré par ton cortex cérébral…
@claude
« Mais une population «éduquée» n’implique nullement que celle-ci soit au fait des réels tenants et aboutissants des enjeux de société. »
ben oui, justement, claude. c’est exactement ce que « éduquée » implique.
je me demande bien quelle autre signification ce mot peut prendre lorsque filtré par ton cortex cérébral…
Le temps est peut-être venu pour que quelques personnes influentes appuient la mise en place d’une démarche de Constituante comme en Colombie Britannique, ou que les casseroles entourent le parlement, comme en Islande. Également, la démarche des Assises nationales au Sénégal qui a permis d’adopter une Charte de gouvernance démocratique. Des démarches souveraines du peuple et non contrôlées par des partis politiques.
Monique Chartrand
@claude perier
« Mais une population «éduquée» n’implique nullement que celle-ci soit au fait des réels tenants et aboutissants des enjeux de société. »
ben oui, justement, claude. c’est exactement ce que « éduquée » implique. je me demande bien quelle autre signification ce mot peut prendre lorsque filtré par ton cortex cérébral…
Économie: « Je serai donc aussi attentif à l’évaluation que font les différents partis de nos problèmes actuels qu’à la vision d’avenir qu’ils proposeront. »
De l’un ou l’autre (ou les deux), vous êtes alzheimer précoce ou naïf. De mémoire d’homme, lors d’élections générales, je ne me souviens pas d’une proposition d’un programme économique étayé à la lumière d’une vision globale du développement économique au Québec. Tout ce qu’il y a de «programme économique» chez tous les partis ce ne sont que des promesses de saupoudrage de $millions des divers programmes d’aide gouvernementale aux entreprises des Tisamis du parti, aux « welfare bums », n’étant utiles qu’à des fins électoralistes, à une réélection du parti au pouvoir. Pathétique !!!
Vous citez cette phrase hors de son contexte. Cette phrase ne traite pas d’économie mais de la politique en générale ( nos problèmes actuels ). Il faut la lire en lien avec le paragraphe précédent.
Pour illustrer le possibles de l’innovation citoyenne dans une économie des biens communs, comme nouveau paradigme socio-économique, je vous invite à lire cet article sur l’économie 3.0 : http://techno.lapresse.ca/nouvelles/201208/06/01-4562630-le-quebec-a-lheure-de-leconomie-30.php