Partager l’horreur

3 avril 2013 22h50 · Ianik Marcil

Les médias soi-disant « sociaux » nous permettent de partager dans notre réseau de contacts des photos de chatons, des citations fleur bleue sur fond d’arc-en-ciel et de licornes, des vidéos rigolo ou des articles et billets de blogue. Ce faisant, nous donnons, dans nos cercles, un écho plus ou moins important à des propos qui auraient, autrement, mérité aucun intérêt notable.

Lorsque je partage un article complètement débile, est-ce que je participe à la diffusion d’idées qui ne mériteraient que le silence ? C’est la question que je me pose à chaque fois. Dénoncer en diffusant ces propos ? Ou : simplement porter à la lumière du jour l’existence d’une réalité autrement passée sous silence et partagée par une fange de la société ?

Je me pose la question depuis que ces réseaux existent. Trois postures morales sont possibles : (1) je donne du crédit à des imbéciles finis, (2) je dénonce, en « partageant » ces publications leur caractère malsain et je contribue, ainsi, à une certaine indignation vouée à faire évoluer les choses ou (3) j’amplifie une espèce de chasse aux sorcières inversée et je conforte ma gang dans ses certitudes.

À preuve deux petits événements qui ont fait du bruit sur les médias sociaux ces derniers jours.

D’abord un billet sur le blogue « Les amis de la vérité » – « un blogue pour les amoureux du christianisme, du conservatisme, de la moralité et de la liberté. Libérons nous d’un Québec athée, gauchiste et anti-canadien ! » comme l’indique son slogan. Ce billet, « Sexe faible, gouvernement faible, » cherche à démontrer que le parti québécois au pouvoir « fait preuve, à l’image de celle qui le dirige, d’une mollesse toute féminine. »

Ensuite, l’arrestation et la mise en accusation d’une jeune femme de 20 ans, Jennifer Pawluck, par le corps policier de Montréal pour avoir partagé sur son compte Instagram la photo d’un graffiti représentant le porte-parole de ladite police avec une balle dans le front, pour cause de harcèlement.

Dans les deux cas, d’un simple clic de souris, on porte sur la place publique des événements et des propos relativement anodins, voire marginaux. Mais quels en sont les impacts ?

En partageant le billet de ce groupuscule chrétien fondamentaliste, on m’a reproché de leur donner de la visibilité alors qu’on devrait les ignorer. Parallèlement, Jennifer Pawluck a tout simplement partagé la photo d’un graffiti présent dans l’espace public et se retrouve avec une accusation au criminel. Donc : elle est potentiellement une criminelle.

J’ai l’impression qu’on assiste à une redéfinition fondamentale de notre rapport à la symbolique politique, dans ces deux cas.

Le danger majeur est celui du troupeau. On reste entre nous, on partage des machins sur Facebook et sur Twitter, et on se tape dans le dos sans se soucier de nouer un véritable dialogue dans l’esprit de la délibération démocratique. Dialogue de sourds, tout simplement. Par exemple, Éric Duhaime, dont l’émission a des cotes d’écoute désastreuses, apparaît souvent dans mes fils de médias sociaux, démonisé par mes « amis » gauchistes. De la même manière, j’y ai contribué en partageant ce billet de chrétiens fondamentalistes.

D’autre part, il y a un autre danger : se croire victime et, ce faisant, alimenter un discours destructeur envers nos semblables, nos institutions et notre capacité à construire un vivre-ensemble meilleur. Est-ce que Jennifer Pawluck a véritablement désiré la mort du porte-parole de la SPVM ? Bien évidemment que non. Elle n’a fait que publier la photo d’un graffiti. Mais par associations d’intentions, le pouvoir institutionnel la rend potentiellement coupable de miner nos institutions.

Car dans les deux cas là est la pente glissante : donner du crédit à ce qui n’est que passif. À ce qui n’est que dette envers le dialogue démocratique. Je ne sais toujours pas s’il est légitime d’offrir une visibilité à des propos autrement marginaux. Mais une chose me paraît certaine : que la publication par Jennifer Pawluck d’une photo d’un graffiti dessiné dans l’espace public lui vaille des charges criminelles me semble une dérive insoutenable, peu importe son intention. Il s’agit là d’une attaque à la liberté de partager notre indignation face à une situation que nous considérons inadmissible. Une petite dictature policière du quotidien.

Partager des informations sur les médias sociaux comporte sa part de risques et de responsabilités, certes. Mais en ces temps troubles, j’ai l’impression qu’il s’agit là d’un réflexe démocratique visant à mettre en garde nos concitoyens contre les possibles dérives d’un système de pouvoir qui vise notre apathie bien plus que notre silence. Ce qui est bien pire.

 

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  • 4 avril 2013 · 00h27 Sébastien Lavoie

    J’ai souvenir d’un article d’Yves Boisvert qui m’avait fort surpris. Je crois que c’était à l’époque où le Québec venait de découvrir qu’il hébergeait un Rambo sur la Côte-Nord. Ça parlait donc d’intimidation et la conclusion de monsieur Boisvert, étonnante, était que la seule personne qui peut déterminer si un acte ou une parole constitue de l’intimidation, c’est le récepteur. En d’autres termes, je pourrais vous dire : « Bonjour monsieur Marcil! » et vous pourriez vous en plaindre et dire que vous vous êtes senti intimidé par ma salutation. C’est du moins comme cela que j’avais schématisé le propos de la chronique, mais je demanderais tout de même à dame Robert son avis sur la chose.

    Bonjour monsieur Marcil…

    • 4 avril 2013 · 08h18 Véronique Robert

      Monsieur Lavoie, est-ce moi dame Robert?

      «Ça parlait donc d’intimidation et la conclusion de monsieur Boisvert, étonnante, était que la seule personne qui peut déterminer si un acte ou une parole constitue de l’intimidation, c’est le récepteur.»

      Je ne sais pas de quel article il s’agit, mais l’intimidation n’est pas un crime en soi, sauf si c’est «dans le dessein de forcer une autre personne à s’abstenir de faire une chose qu’elle a légalement le droit de faire, ou à faire une chose qu’elle peut légalement s’abstenir de faire». Bref, de l’intimidation, en droit, c’est de faire un geste X dans le BUT de forcer la personne à faire ou ne pas faire quelque chose.

      Concernant la perception de la personne intimidé, harcelée ou menacée, c’est différent d’un crime à l’autre. (Par exemple, en cas de menace, il importe peu que la personne ait eu peur ou même qu’elle ait reçu le message menaçant).

      Mais en cas de harcèlement et d’intimidation, il faudra toujours prouver que les paroles ou les gestes ont été faits dans l’intention d’harceler ou d’intimider. Et il faudra aussi démontrer que la personne visée aura RAISONNABLEMENT eu raison de craindre.

      Tout ça pour dire que «Bonjour monsieur Marcil» ne peut pas être du harcèlement, même si monsieur Marcil ne va pas bien du tout cette journée-là et qu’il s’est senti harcelé par le Bonjour.

      À l’inverse, si y’a un gars qui me suit tous les jours en me disant simplement «Bonjour madame», au bureau, à la maison, au téléphone, dans mon courriel. On pourra commencer à trouver qu’une personne raisonnable, placée dans la même position que moi, aurait eu raison de se sentir harcelée…

  • 4 avril 2013 · 02h27 Louis-Augustin Roy

    « partagée par une fange » Votre frange dépasse de votre jupon : on sait maintenant très bien ce que vous en pensez, de ces gens. Ha ha ha!

  • 4 avril 2013 · 04h01 Unsigned Char

    Ian Lafrenière, un parano à la tête du SPVM, pas étonnant qu’on matraque à qui mieux mieux les manifestants à Montréal, jeunes ou vieux tous y passent en toute impunité…

    Harcèlement criminel ?, de la part de qui je me le demande bien… Entre la fille qui prend une photo d’un stencyl dans la rue et qui la post sur Internet… Et le moron qui envoie ses sbires armés à l’assaut d’une jeune femme de 20 ans… Pas étonnant que des matricule 728 s’en tirent à bon compte… Et c’est sans compter tous les autres dont on ne parlera jamais!!!

    Moi si j’étais au pouvoir, je te ferais une réforme en profondeur de ce système là !!! Pour que tous ces péteux de bretelles goûtent à leurs méthodes… J’irai même jusqu’à les mettre au fouet et au bûcher s’il le faut !!!

    Quand j’avais 20 ans, la police elle était gentille avec tout le monde!!! J’ai hônte des gens de ma génération qui sont devenus des bourreaux et des sans coeurs, qui n’utilisent pas un grain de leur cervelle avant d’agir !!!! Et qui en plus en sont fièr…

    Pour ensuite utiliser l’argent de mes impôts et taxes pour convaincre la population qu’ils agissent dans les règles de l’art et qu’ils sont victimes de la situation…

    Messieurs les policiers, particulièrement ceux du SPVM, (et j’exclus tous ceux qui peuvent se regarder dans le miroir et ne pas avoir honte) vous êtes devenus de sales connard et vous ne meritez aucun respect, j’espère que cette action vous portera préjudice en bout de ligne!!!

    Je sais que mes propos en choqueront plus d’un, mais nous vivons mes amis dans une nouvelle ère de servitude, où les valeurs de la vie humaine ne font plus loi !!! Où des gens manipulent le pouvoir pour leurs propres intérêts avant ceux de la collectivité… Ce que nos ancêtres ont tenté d’instaurer, de la révoluution française à la révolution tranquille, est en train de disparaître… Des royaumes, des monarqqes et toute la hierarchie, se re-matérialisent petit à petit…

    Si la dérive se maintient, Ian Lafrenière dans quelques années, nous pourrons le comparer au shérif de Nottingham !!!

  • 4 avril 2013 · 05h27 gabroy

    stop crying noob

  • 4 avril 2013 · 05h27 gabroy

    stop crying noob !!!!!!!!!

  • 4 avril 2013 · 07h46 Véronique Robert

    Juste une chose…

    « Est-ce que Jennifer Pawluck a véritablement désiré la mort du porte-parole de la SPVM ? »

    Ce n’est pas du tout l’intention coupable que la couronne doit prouver dans une affaire de harcèlement… Il suffit de prouver que l’accusée avait l’intention (mauvaise) que la personne visée se sente harcelée.

    Et le harcèlement est plus qu’un simple dérangement. Les tribunaux ont donné comme synonyme de harcèlement: tourmenté, troublé, inquiet, tracassé, confus.

    Il faut aussi faire la preuve que la personne visée s’est raisonnablement sentie harcelé.

    Mais aucunement question de prouver que la personne avait l’intention de tuer. C’est idem en matière de menaces de mort. Il suffit de prouver (hors de tout doute raisonnable) que l’accusé a voulu que son message fasse peur, même s’il n’avait absolument pas l’intention de tuer.

  • 4 avril 2013 · 08h38 Félix

    J’ai partagé l’article…je me suis presque senti mal!

  • 5 avril 2013 · 13h14 David Gendron

    Véronique, vous êtes ridicule de même considérer la possibilité d’un harcèlement dans ce dossier.

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