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Économiste spécialisé dans le domaine des transformations économiques, industrielles et technologiques. Passionné de culture, d’esthétique et d’arts visuels. Pratique l'indignation depuis au moins trois décennies. Punk à cravate. | Site web. | Twitter. | Page Facebook. | Chronique en arts visuels. | Punkonomie (définition). |

Le sous-développement des idées d’Alain Dubuc

11 janvier 2013 · Humeur, Société · Ianik Marcil
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Dans sa chronique de ce matin, Alain Dubuc collige en à peine 600 mots l’ensemble des préjugés les plus paternalistes et condescendants qui soient sur les chômeurs en plus de faire la démonstration éloquente de son incompréhension totale – si ce n’est sa pure incompétence – en matière de politiques économiques. Il semble bien loin et révolu, le temps où ce monsieur étudiait à la maîtrise en sciences économiques. Il affirme que la réforme de l’assurance-emploi, entrée en vigueur depuis le 1er janvier, est la « fin d’un cadeau empoisonné. » L’une des dispositions les plus importantes de cette réforme consiste à restreindre drastiquement l’accès aux prestations pour les travailleurs saisonniers. La thèse centrale de Dubuc repose sur le sempiternel fantasme de la motivation individuelle à travailler que saperaient les mesures de soutien étatiques héritées du keynésianisme d’après-guerre : « ce système est désastreux parce qu’il n’incite pas les gens à travailler. Pourquoi chercher un job si on a ses prestations d’assurance-emploi ? » questionne-t-il. En fait, « des régions entières vivent à ce rythme depuis des décennies, » pratiques qui « deviennent une forme d’organisation de la société » – l’assurance-emploi, un symbole qui revêt « presque un caractère identitaire, » « l’assurance-chômage comme mode de vie, » une « une tradition débilitante. » [...]

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Les rendez-vous manqués

9 janvier 2013 · Société · Ianik Marcil
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Les rendez-vous que l’on cesse d’attendre Existent-ils dans quelqu’autre univers Où vont aussi les mots qu’on n’a pas pris le temps d’entendre Gilles Vignault, « Le Rendez-vous » (musique Claude Léveillée, interprétée entre autres par Léveillée et Pauline Julien)   L’année politico-économique 2012 semble être celle des rendez-vous manqués. Ces rendez-vous que l’on manque parce qu’on n’a pas le courage ni l’envie de faire face à la musique. Parce qu’il semble plus simple de contourner l’obstacle que de le franchir. Parce qu’un rendez-vous implique un dialogue et invite à construire et à transformer l’ordre des choses sur la base de ce dialogue. À mon sens, plusieurs grands événements économiques de l’année reflètent l’absence de volonté de prendre des décisions fondamentales pour nos sociétés. La grève étudiante et le mouvement social qui a suivi a été évidemment l’événement marquant au Québec cette année. Les étudiants semblent avoir eu gain de cause avec l’élection du Parti Québécois et sa décision d’annuler la hausse des droits de scolarité. Cependant, étant donné l’ampleur de la contestation étudiante mais surtout de l’énorme brassage d’idées qu’elle a fait naître, l’éléphant semble avoir accouché d’une souris. Le véritable rendez-vous manqué ici, c’est celui avec une [...]

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Joyeuse surconsommation !

26 décembre 2012 · Humeur, Société · Ianik Marcil
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Buying is much more American than thinking. Andy Wahrol (The Philosophy of Andy Warhol, San Diego: Harvest/HBJ, 1975, p. 229.)   Comme bien d’autres, j’aime depuis toujours regarder des documentaires sur l’univers microscopique ou, à l’opposé, sur les mystères de l’univers lointain. J’y observe un monde auquel j’appartiens mais pourtant mystérieusement inaccessible, curieusement étranger à ma réalité concrète. Un sentiment similaire m’habite lorsque je regarde, année après année, les reportages télévisés sur la frénésie du boxing day, le lendemain de Noël. Jamais, jamais je ne comprendrai les ressorts psychologiques profonds qui motivent mes semblables à se livrer à de pareilles cohues pour acheter bidules et machins généralement superfétatoires à bas prix – on ne parle tout de même pas de s’entretuer pour un bout de pain rassis en période de famine ! La psychologie n’est pas mon domaine d’expertise de toutes les manières. Cela dit, la « tradition » du boxing day, même si elle ne date pas d’hier,  en dit long sur l’importance et le rôle de la consommation dans nos économies. La consommation de masse est relativement récente dans l’Histoire. Après la deuxième guerre mondiale, les sociétés occidentales – entendre ici l’Europe de l’Ouest, l’Amérique du Nord et [...]

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La magie de Noël

23 décembre 2012 · Humeur, Société · Ianik Marcil
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C’était quelques jours avant Noël. Julie buvait tranquillement son thé, dans le silence de la fin de soirée. Les enfants dormaient depuis un bon moment, la radio était fermée, le grésil clapotait sur les fenêtres de la cuisine. Son état semi-conscient lui démontrait pourtant l’évidence : boire ce thé, qui n’était à ses yeux qu’un automatisme acquis avec le temps, lui apportait un réel plaisir. Un luxe. Il se faisait rare, le luxe, depuis des mois. Elle commençait à être habituée à compter sa petite monnaie comme on égrène l’espoir qui nous quitte petit à petit. Elle pensait aux enfants, particulièrement insupportables aujourd’hui. Le plus vieux bavait sans s’épuiser la plus jeune qui, elle, pleurait – hurlait, plutôt – sans souffler. Les remontrances de leur mère passaient à mille pieds au-dessus de leur tête. Ils s’étaient endormis d’épuisement plus qu’autre chose et Julie se demandait encore ce qui la gardait éveillée. En mai l’année d’avant, on l’avait congédié du call center où elle travaillait depuis huit ans. Les patrons avaient invoqué la concurrence féroce, le manque de productivité et la chute des profits pour fermer la business qui allait déménager ses activités aux Delaware. Tout le monde savait très bien, évidemment, [...]

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Le bedeau de campagne

13 décembre 2012 · Humeur, Société · Ianik Marcil
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Ainsi, le bedeau est allé demander conseil à monsieur le curé. Jean-François Lisée, ministre des Relations internationales, est allé demander conseil au Commissaire à l’éthique afin d’évaluer s’il devait conserver la rétribution que lui accordait son ancien employeur, l’Université de Montréal. Dans un texte publié sur son blogue personnel – « Que faire lorsqu’on est un privilégié de gauche? » – il affirme s’être demandé depuis son élection ce qu’il devait faire avec cet argent : devait-il accepter une double rémunération, étant élu. Ne trouvant pas la réponse en son for intérieur, il a requis un avis officiel du chien de garde de la bonne morale des élus québécois. Le brave homme lui a donné sa bénédiction. Rien dans les lois ni dans leur saint-esprit ne condamne le clerc de recevoir une double rémunération. Mais la conscience du ministre n’en était pas pour autant soulagée. Le taraudait un grave dilemme moral : que doit-il faire, lui, un « privilégié de gauche, » avec tout ce fric ? « Cela, écrit-il, me renvoie donc à ma propre conscience, et à ma propre conscience sociale. Cela me renvoie au principe d’exemplarité. » Il versera donc sa rémunération de l’Université de Montréal à des organismes de sa circonscription. Quelle élévation, [...]

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Quatorze silences éternels

6 décembre 2012 · Société · Ianik Marcil
Quatorze silences éternels

Je n’ai plus la force de trouver de nouveaux mots pour parler de la tuerie de Polytechnique. J’avais 19 ans, j’étudiais en bas de la côte, dans les pavillons des sciences sociales. Ma première session à l’Université. L’espoir et l’enthousiasme secoués à jamais par le vacarme assourdissant de la violence, un soir de tempête de neige. Elles étaient mes sœurs, nos sœurs. Elles étaient nous. C’est la raison pour laquelle le Mal nous a, ce soir-là, tous retiré une parcelle d’innocence. Je ne trouve plus les mots. Je reprends ce que je concluais l’an dernier… Le symbole de la tuerie de Polytechnique a des allures des silences étouffants et étourdissants qui suivent les pires hurlements de douleur. En écho à celui de millions de femmes victimes de violence misogyne, d’injustices profondes mais aussi d’une des pires forme de violence: le silence, justement. Pendant des siècles en Occident, en des moments pires que d’autres, en des contrées, aussi, pires que d’autres, on a imposé le silence aux femmes qui n’ont pas eu la chance de nous apporter le bon et le mauvais en elles. Pendant des siècles nous nous sommes privés collectivement de leur présence sur les [...]

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La danse macabre des travailleurs

18 novembre 2012 · Humeur, Société · Ianik Marcil
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  Messieurs les ministres de l’Économie et des Finances, Chers confrères économistes au Fraser Institute, à l’Institut économique de Montréal, à la Fédération des chambres de commerce et d’ailleurs, J’ai lu, récemment, que vous estimez, et je cite, « qu’au Québec présentement, compte tenu des forces inéluctables de la mondialisation et de la mobilité internationale du capital, nous devons augmenter drastiquement la productivité des travailleurs afin de les rendre plus compétitif pour faire face aux défis de la croissance technologique et du déficit d’innovation dont nous sommes coupables. » … Ce qui me rappelle cette grande parole de sagesse : « Dives et pauper obviaverunt sibi utriusque operator est Dominus. » [1] Messieurs les ministres de l’Économie et des Finances, chers confrères, vous avez deux choses en commun avec les curés d’un temps (pas si) ancien : a) vous utilisez un langage que personne ne comprend ; b) vous croyez détenir la vérité et nous l’imposer. Messieurs les ministres de l’Économie et des Finances, chers confrères, je vous annonce que ce temps est révolu. Nous vous avons désormais à l’œil. L’information circule rapidement et aisément, de nos jours. Cela déboulonne les clercs de leur piédestal. Mais je soupçonne une chose : messieurs les ministres [...]

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L’économie des arts expliquée à MM Gagnon et Guzzo

13 novembre 2012 · Cinéma, Humeur, Société · Ianik Marcil
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Dans une entrevue accordée au Journal de Montréal, publiée ce 13 novembre, l’ancien patron du distributeur Alliance Vivafilm, Guy Gagnon et Vincent Guzzo, président de l’Association des propriétaires de cinéma du Québec, s’émeuvent de l’état du cinéma québécois, dont la part de marché serait pour 2012 autour de 5% – contre 18,2% à son sommet en 2005. Leurs arguments communs tiennent en trois idées d’un simplisme qui seraient d’un charme désarmant s’ils n’étaient à ce point intellectuellement malhonnêtes, ignorants des principes les plus élémentaires de l’économie de la culture et tout simplement faux. Résumons. 1. Le Québec ne produit pas assez de films « porteurs » ou « commerciaux » (Gagnon) qui seraient perçus – par l’intelligentsia, présume-t-on – comme « des films de ‘mangeux’ de popcorn » (Guzzo) car il produit trop de films « à subventions », qui sont « supposément ‘world renowned acclaimed’ », « coûtent de l’argent aux contribuables » – bref « des films artistiques, ‘lamentards’, où on se plaint toujours de quelque chose » (Guzzo, toujours). 2. Puisqu’on ne produit pas assez de films « commerciaux », les gens ne vont plus voir de films québécois en général. Selon cette logique, le succès d’un film québécois grand public – cités à témoin : Séraphin, Les Boys ou Maurice Richard – [...]

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Fermer les lumières de la ville

2 novembre 2012 · Société · Ianik Marcil
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Il y a 30 ans aujourd’hui, le 2 novembre 1982, la compagnie Iron Ore fermait sa mine de Schefferville. La fermeture de la mine signait l’arrêt de mort de la ville. Ce sont plus de 4000 personnes qui ont quitté la ville, ne laissant sur place quelques centaines de membre de la communauté innue de la réserve de Matimekosh, enclavée dans la ville. Une très belle chanson de Michel Rivard, « Schefferville, le dernier train, » raconte la fermeture: Il n’y a plus rien au Roxy Depuis quelques mois Y’a de la neige dans la porte Du vieux cinéma Dans la rue un chien jappe Et se prend pour un loup La nuit tombe sur la ville Qui m’a donné le jour La fermeture d’une ville est une décision d’affaire. En l’occurence, en pleine crise économique suivant le choc pétrolier de 1979, la mine de Schefferville n’était plus rentable, suite à la chute de la valeur de l’acier. Bien sûr, il ne s’agit pas que d’une décision d’affaire. Lorsque le président de l’Iron Ore, Brian Mulroney, qui allait devenir premier ministre plus tard, décide de cesser l’exploitation de cette mine, il provoque la destruction d’une communauté. Cette ville comptait, outre [...]

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La peur de la foule solitaire

31 octobre 2012 · Société · Ianik Marcil

À l’Halloween les enfants jouent à avoir peur. En fait ils jouent avec leur peur, pour apprivoiser un sentiment qu’ils connaissent bien mais dont ils ignorent l’origine. Ignorer quel terrible monstre ou quel zombie terrifiant se cachera derrière une porte mais comprendre, en même temps, qu’il s’agit d’un code, d’une mascarade, constitue l’une des multiples étapes de l’enfance qui se construit. L’ignorance et l’incertitude que vit l’enfant face à ce qu’il trouvera derrière les décors macabres de l’Halloween demeurent, pour nous tous, les deux causes profondes de nos peurs. Ça n’est pas pour rien qu’il existe littéralement une « industrie de la peur. » On utilise l’ignorance du consommateur et l’incertitude face à laquelle il se trouve pour lui vendre des produits d’assurance ou d’épargne. De la même manière, les entreprises comme les organisations publiques sont bombardées de produits et services visant à atténuer ou à maîtriser les risques qui les guettent. Cette « industrie » est basée sur une rhétorique, voire une idéologie – c’est le marketing de la peur, en quelque sorte. Mais la peur est un outil du pouvoir au sens large depuis la nuit des temps. Machiavel a bien démontré comment elle pouvait être une arme politique de soumission. À [...]

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