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Économiste spécialisé dans le domaine des transformations économiques, industrielles et technologiques. Passionné de culture, d’esthétique et d’arts visuels. Pratique l'indignation depuis au moins trois décennies. Punk à cravate. | Site web. | Twitter. | Page Facebook. | Chronique en arts visuels. | Punkonomie (définition). |
Piliers démocratiques
15 septembre 2012 · Société · Ianik MarcilTexte d’un discours que j’ai prononcé au parc Émilie-Gamelin, à Montréal, le 15 septembre 2012, dans le cadre de la Journée internationale de la Démocratie, à un rassemblement organisé par le Mouvement pour une démocratie nouvelle. Je suis étonné. Étonné, lorsque j’affirme que le fondement de notre vie en commun repose sur un idéal d’égalité, de passer au mieux pour un doux rêveur. Au pire pour un dangereux séditieux. L’égalité en 2012 est un non sens. À ce point irréaliste qu’on ne peut même pas en parler. Pourtant. Pourtant, le fondement de nos démocraties repose sur l’égalité. Les quatre piliers de la démocratie sont l’égalité devant le vote, l’égalité devant la justice, l’égalité devant l’accès au savoir et l’égalité économique. Fragilisez l’un de ces piliers et c’est l’ensemble de l’édifice démocratique qui est fragilisé. Un système électoral plus juste assure une meilleure égalité devant le vote. Réduira l’asservissement populaire étouffé à un système clientéliste et ploutocratique. Mais il n’assurera pas une meilleure démocratie à lui seul. Tant et aussi longtemps qu’on n’aura pas consolidé les quatre piliers de notre démocratie, elle ne sera pas solide. Réformer le système de vote est assurément nécessaire. C’est la base. Mais ça [...]
Maintenant qu’il est au pouvoir, mais sous la haute surveillance des deux principaux partis d’opposition, le PQ s’empressera de faire adopter des mesures qui le démarqueront de ceux-ci. Dès le premier jour, il a promis d’annuler l’essentiel de la hausse des droits de scolarité et de suspendre l’application de la loi 12. Cette déclaration ne visait rien d’autre qu’à affirmer son positionnement sur l’échiquier politique et à afficher, sans qu’il n’en coûte grand chose, la teinte progressiste de sa vision politique. Il semble clair que le gouvernement Marois s’engagera rapidement à concrétiser sa promesse de hausser l’impôt sur le revenu des contribuables gagnant plus de 130 000 $ à un taux dépassant les 50%. Même si le budget ne sera déposé qu’au printemps prochain, il semble fort probable que le PQ essaiera de capitaliser médiatiquement sur cette question dès la rentrée parlementaire. Parce qu’il semble a priori noble et juste de taxer les plus riches de la société. Or, cette mesure n’est pas progressiste, elle est populiste. Elle fait miroiter deux faussetés. En s’attaquant à un faux problème, on détourne nécessairement l’attention des véritables. La taxation poursuit deux objectifs : financer les services publics et assurer une plus juste distribution des [...]
Une certaine gauche un peu fruste s’obstine à condamner en bloc notre système économique en le qualifiant de «néolibéral». Ce type de diabolisation ne mène à rien d’autre qu’à une simplification à outrance de la réalité. Car au final, elle ne nomme rien. Or, l’idéologie soutenant le système économique dans lequel nous vivons est constituée d’un ensemble complexe de partages de pouvoirs, de référents symboliques et, surtout, de discours. Parmi ceux-ci, celui qui éclaire le mieux le résultat des élections générales du 4 septembre au Québec est sans contredit l’obsession managériale. Au cours des trois ou quatre dernières décennies, le discours propre au management s’est imposé peu à peu dans toutes les sphères de l’activité humaine. Il est possible, en ce début de 21e siècle, d’affirmer sans rire que les jeunes enfants doivent développer leur leadership ou d’évaluer les coûts-avantages – financiers, émotionnels, quand ce n’est pas environnementaux – d’avoir des enfants. On ne parle pas tant d’économie dans les débats politiques: on y discute des qualités de gestionnaires des partis et élus. Les engagements électoraux ne sont pas tant des propositions de politiques économiques qu’un portefeuille de produits offerts avec les techniques marketing les plus classiques. Il serait facile [...]
Jour de rentrée, Université de Montréal, pavillon Jean-Brillant, fin des années 1990. J’ai fin vingtaine, je suis un fier et prétentieux nouveau chargé de cours. Je partage mon temps entre l’enseignement de l’analyse des interventions de l’État, des théories politiques critiques en science-pô et de l’analyse économique à HÉC. Début septembre, le temps est toujours doux, le soleil, toujours rieur. Parce que la rentrée, demeurera pour moi toujours le plus beau temps de la vie. Renouveau, retrouvailles, fraternité, connaissance, création – la sensation, par-dessus tout, d’appartenir à une longue tradition qui remonte à la Sorbonne du Moyen Âge si ça n’est à l’Académie de Platon ou au Lycée d’Aristote. Une noble et grandiose histoire qui a voulu que l’Université – avec un U majuscule – soit le château-fort inviolable de la liberté absolue de pensée et de création. Du respect de la divergence des idées. De la fraternité dans la différence. Des liens entre maîtres et élèves, où les premiers élèvent, justement, les seconds à des niveaux toujours plus élevés de connaissance, d’esprit critique, d’imagination et d’humanité. L’Université n’est pas un building ni une business. L’Université n’est pas usine à petits robots qui répondent aux besoins des entreprises ni de [...]
La boussole électorale est un gadget sympathique. On le présente comme un « outil éducatif » qui permet d’en apprendre davantage sur les plateformes des partis politiques. Cependant, il me laisse à cet égard dans un état d’esprit plutôt dubitatif. Toute initiative visant à aider les électeurs que nous sommes me semble a priori louable. En revanche, ce questionnaire succinct participe également de ce qui nourrit la dérive de notre vie démocratique et le cynisme qui est sous-jacent: la sur-simplification des problèmes et des solutions, l’engagement politique à la carte, l’absence de délibération, personnelle et publique. On l’a assez répété, moi le premier: une élection générale n’épuise pas la totalité de la vie politique d’un peuple. Mais elle en constitue tout de même un moment décisif qui ne devrait pas se régler en répondant à quelques questions primaires. Heureusement, médias et organisations diverses ont proposé au cours de cette campagne électorale de nombreux outils comparatifs des programmes des partis politiques en plus, surtout, de sources de réflexions pour permettre aux électeurs de mener une « délibération » personnelle un peu plus approfondie. Sans être exhaustif, j’ai fait l’exercice de relever ceux qui me semblent les plus complets ou originaux et qui [...]
Nous avons passé l’étape de la mi-campagne électorale. La « vraie » campagne commencera demain, probablement, après le débat des chefs télévisé « officiel. » Malgré cela, plusieurs se désolent déjà de la piètre qualité des échanges – qui ne serait même plus au ras des pâquerettes, mais à un niveau infra-lithosphérique. Pareillement, plusieurs d’entre nous qui croyons que la crise sociale allumée par la grève étudiante à la fin de l’hiver est potentiellement porteuse de changements constructifs et profonds pour notre vie en commun perdent espoir qu’il puisse résulter autre chose d’un scrutin aussi banal que les autres, au terme duquel nous n’en conserverons qu’un vague sentiment de lendemain de veille ou de celui d’une vie qui continue sans que rien n’ait, au fond, bien changé. Un peu partout on discute de l’intérêt de voter « stratégique, » de voter avec ses convictions, d’annuler son vote – sinon de s’abstenir. Les arguments de part et d’autre sont étoffés. La discussion, sérieuse. Contexte oblige, l’actualité des conversations se concentre ces jours-ci presque essentiellement sur l’issue du scrutin du 4 septembre. À cet égard, les discussions sur le vote « stratégique, » de « conviction, » blanc ou inexistant semblent bien légitimes. Pourtant, on soulignait encore récemment à grands traits que [...]
Les économies occidentales font face à des turbulences potentiellement historiques. Tout indique que plusieurs pays européens sont déjà entrés en récession et la situation aux États-Unis n’est pas reluisante. Ajoutons à cela une baisse marquée de la croissance des nouveaux géants comme la Chine, le portrait n’est pas rose. Je prétendais ici même il y a quelques semaines que les économies mondiales connaissent une crise économique systémique et profonde. Je proposais dans ce même texte des orientations générales pour l’avenir des politiques publiques. Maintenant que nous sommes en campagne électorale, la question est : qu’est-ce qu’on peut faire, concrètement ? À quels problèmes devons-nous nous attaquer en priorité ? À mon sens, les cinq principaux défis économiques du Québec à moyen et long terme sont les suivants : 1.- Fractures sociales et économiques. Environ la moitié de la population adulte québécoise est analphabète fonctionnelle (éprouve des difficultés de lecture). Nos taux de diplômation sont désastreusement bas. Les inégalités économiques se creusent ici aussi. Les effets purement économiques de cette situation sont désastreux : l’exclusion d’une large partie de la population de la vie économique privera le Québec d’un potentiel de production économique digne de ce nom. 2.- Tissu industriel éclaté et exploitation non valorisée [...]
Trésor public
1 août 2012 · Société · Ianik MarcilDiscours devant les amis de NOUS ? pour une soirée préélectorale le 31 juillet 2012 au Bar A à Montréal. Tu te lèves le matin pour aller travailler. En voiture, tu passes pas loin de la chapelle de Sainte-Rose-de-Lima à Sainte-Rose-du-Nord, bâti du bois de ton coin de pays, riche de cet autel fabriqué d’un seul tenant d’une tranche d’arbre centenaire. Glorieuse chapelle qui domine le fjord avec humilité. Tu te lèves le matin pour aller au bureau de chômage. En autobus, tu passes devant le Cégep de Sherbrooke et tu te rappelles qu’il n’y a pas si longtemps encore tu écoutais le professeur Simard te raconter la poésie des Antilles et du Québec. Tu te lèves le matin, tu prends le métro pour aller faire tes heures de serveuse dans un hôtel du Vieux-Montréal, avant la reprise de ta session de cours à l’Université. Tu es maussade ce matin, mais en débarquant à la station Champ-de-Mars, la lumière qui traverse les vitraux de Marcelle Ferron t’apaise un peu. Tu es travailleuse, tu es chômeur, tu es étudiante et tu te lèves en ce matin du 1er août 2012 en pensant à toutes ces choses précieuses et belles [...]
La campagne électorale n’est même pas commencée que les espaces médiatiques (les « nouveaux » comme les « traditionnels ») regorgent de fadaises et billevesées aussi diversifiées qu’insupportables. Nul parti ni groupe d’intérêt ne semble épargné par le virus de la vacuité de la pensée. Ça promet. L’édition de La Presse de ce 25 juillet en fait l’éloquente démonstration dans deux textes d’opinion. Le premier, de l’éditorialiste Mario Roy est intitulé « L’épouvantail. » Le second, Michel Kelly-Gagnon et Yanick Labrie de l’Institut économique de Montréal (un think-tank qui défend les valeurs du libéralisme économique), « Une ère néolibérale ? » Les deux textes conspuent un soi-disant discours anti-économique porté par les milliers de manifestants dans les rues de Montréal, de Trois-Rivières et de Québec dimanche dernier, qui en appellerait à mettre « dehors les néolibéraux » (cf. page Facebook de l’événement). Messieurs Roy, Kelly-Gagnon et Labrie tentent de démontrer que (a) le Québec n’est pas néolibéral, bien au contraire et que (b) il s’agit d’un discours idéologique, « chez nous, le néolibéralisme fait office de Bonhomme Sept-Heures, » selon les mots de Mario Roy. Ils réclament doctement que les « carrés rouges » (qui osent contester l’ordre politico-économique actuel et pas uniquement la hausse des droits de scolarité) devraient « recourir aux [...]
Supposons que vous désiriez calculer la vitesse d’une boule de pétanque atterrissant sur votre terrain préféré. Votre vieux manuel de physique de secondaire 4 vous fournira l’équation idoine à cette fin, si vous êtes en mesure d’évaluer la masse de la boule, l’énergie cinétique que le travail de votre bras lui aura imprégné et autres petites variables du même acabit. L’ensemble de ces informations, les « conditions initiales, » sont mesurables et les lois élémentaires de la physique nécessaires à ce calcul, connues depuis Newton. Le résultat ne pose donc aucun problème : nous pouvons calculer avec précision et certitude la vitesse de notre boule de pétanque. Sauf que pas vraiment. Il y a plus de cent ans, un grand mathématicien et physicien français, Henri Poincaré, a produit une réflexion à ce sujet qui a fortement marqué le développement des mathématiques pures et appliquées de la deuxième moitié du 20e siècle. Poincaré est décédé il y a 100 ans aujourd’hui. Il a été l’un des mathématiciens et des physiciens les plus importants du siècle dernier et ses travaux ont, notamment, donné naissance à ce qui fut appelé, dans les ouvrages grand public, la « théorie du chaos. » Simplifions à outrance : si en théorie nous [...]
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