Blogue de Ianik Marcil Punkonomie RSS

Économiste spécialisé dans le domaine des transformations économiques, industrielles et technologiques. Passionné de culture, d’esthétique et d’arts visuels. Pratique l'indignation depuis au moins trois décennies. Punk à cravate. | Site web. | Twitter. | Page Facebook. | Chronique en arts visuels. | Punkonomie (définition). |

Quoi ? La liberté

4 juillet 2012 · Société · Ianik Marcil
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On vient d’apprendre à Frank qu’il a un cancer du cerveau. Incurable. Pas pour rien qu’il avait des migraines carabinées depuis un certain temps. La veille, il perdait son emploi, parce qu’il avait pris la liberté de noter l’adresse de la résidence de la réceptionniste de son bureau, afin de lui envoyer des fleurs, alors qu’elle traversait une mauvaise passe. Or, utiliser le registre des renseignements personnels de la compagnie d’assurances pour laquelle il travaille contrevient aux règlements internes, aussi stricts qu’impitoyables de conséquences. Donc, licenciement. Au regret de son gestionnaire immédiat, qui ne fait qu’appliquer les directives « venues d’en haut, » bien entendu. L’avant-veille, tentant d’échapper à sa migraine et son ennui, il zappait entre divers postes de télévision aussi débiles que variés les uns que les autres. Naviguant d’un concours à la American Idol où un jeune homme sans talent se fait humilier à une émission politique qui ferait passer Fox News pour un repère de socialistes en passant par un compendium des cascades les plus idiotes et autres télé-réalités où des adolescentes hystériques se chamaillent en se lançant un tampon hygiénique usagé par la tête, Frank n’a non seulement pas perdu sa migraine mais a gagné en plus [...]

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Wikipolitique

2 juillet 2012 · Société · Ianik Marcil

Un peu partout dans le monde, des mouvements populaires cherchent à se réapproprier le politique. Les institutions traditionnelles – tant les partis politiques que les organisations représentatives – semblent de moins en moins répondre aux aspirations et aux besoins de la vie civique. Affairisme, carriérisme et corruption, management à court-terme de la chose publique, saccage du patrimoine environnemental et industriel, négation du rôle des travailleurs dans la société, endettement généralisé, montée inexorable des inégalités sociales de toute nature: nombre de citoyens constatent que le politique a été sacrifié à la politique à la petite semaine. Ce contexte est le terreau idéal sur lequel croissent le cynisme et la désaffection politique. La réputation des politiciens et les taux de participation anémiques aux élections le démontrent parfaitement. Les mouvements sociaux comme les occupy, les indignados ou le mouvement des carrés rouges constituent autant de cris du cœur contre cette dérive politicienne et affairiste qui laisse en plan la destinée des peuples. En revanche, la situation ouvre la porte à de nouvelles formes de participations politiques. En Europe comme dans les Amériques, on voit naître semaine après semaines ces dernières années des initiatives de « démocratie liquide » – des forums laissant un [...]

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À semer le vent…

28 juin 2012 · Société · Ianik Marcil
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Le baromètre économique mondial pointe à la tempête. La grosse tempête. Les indicateurs récents le démontrent. La confiance des consommateurs continue à chuter aux États-Unis, la croissance européenne est à zéro et aggravée dans certains pays par les mesures d’austérité, le chômage dans les économies les plus fragiles au plus haut, l’éclatement possible de la zone euro, la production des géants de la Chine et de l’Inde en fort ralentissement, la création d’emploi et la production aux États-Unis sont bien en deçà de leur potentiel, les autorités monétaires sont à court de solutions pour la relance, le problème de la dette souveraine de plusieurs États est tout sauf réglé, l’endettement privé et public ne s’est guère amélioré depuis le crash financier de 2008… Bref, ça ne va pas bien du tout. À l’automne pourrait s’amorcer une nouvelle récession mondiale aussi sévère que celle que nous avons connu en 2008-2009. Une situation comme celle-là serait catastrophique, compte tenu qu’aucune économie dans le monde ne s’est encore remise – même très partiellement – de la dernière. Deux récessions économiques mondiales de cette ampleur coup sur coup seraient tout simplement cataclysmique. Dans le contexte social que nous connaissons au Québec et compte tenu [...]

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Do it yourself resistance

20 juin 2012 · Société · Ianik Marcil
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N.B.: Texte que j’ai présenté hier (19 juin) à Mots et images de la résistance V, événement invitant « étudiants, professeurs, intellectuels, créateurs et grand public à présenter quelques-unes de leurs armes de résistance, de leurs bouées intellectuelles » – à partir de mots, d’images, de discours, de références historiques. La plupart des textes de ces présentations sont disponibles sur la page Facebook du groupe, qui développera au cours de l’été d’autres outils de diffusion. On peut également les suivre sur Twitter (@MIResistance).   Do it yourself resistance : Économie politique de la casserole Punk is not really a style of music. It was more like a state of mind. – Mike Watt   Dans cette crise, les manifestants se sont bricolés une résistance. Un morceau de feutrine rouge grossièrement taillé, une épingle à couche – et voilà l’image de la résistance. La première casserole à portée de main, une cuiller en bois – et voilà le bruit de la résistance. Le mouvement des carrés rouges – appellation que je préfère à celle du « printemps québécois » et encore plus à celle de « printemps érable, » trop connotés à mon goût – constitue un [...]

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Économie politique de la crise

17 juin 2012 · Société · Ianik Marcil
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Nombreux sont ceux qui constatent que l’attitude du gouvernement Charest dans sa (non) gestion de la crise est idéologique. La « juste part » que devraient assumer les étudiants, ainsi que le répètent les élus depuis le tout début du conflit, reflète l’idéologie de l’utilisateur-payeur, associée à la politique néolibérale (comme le mentionnait Jérôme Lussier ici la semaine dernière). On l’a largement souligné : l’obstination avec laquelle le gouvernement désignait le mouvement étudiant par un « boycott » des cours, plutôt qu’une grève, traduisait une vision économiste de l’éducation – l’étudiant étant considéré comme le consommateur d’un produit associé à un investissement rentable dans le futur. Ceci justifiant cela : l’étudiant étant l’unique bénéficiaire de ses études, il doit donc faire sa juste part en acceptant la hausse des droits de scolarité. Évacuée toute notion de bénéfice commun d’une collectivité scolarisée. À aucun moment depuis le début de la grève le 13 février dernier le gouvernement n’a justifié sa décision sur d’autres bases. Les seuls calculs qui ont été soumis à la population, par le biais des médias, n’ont jamais concerné d’autres questions que celle de la rentabilité des études ni de l’égalité du financement entre les universités québécoises et celles des autres provinces. Je [...]

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Complexité du politique

5 juin 2012 · Société · Ianik Marcil
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Le premier ministre a affirmé vendredi matin que les manifestants à Montréal « sont en train de nuire aux Québécois, aux gens chez qui ils cherchent des appuis. » Nous manifestons. Nous nuisons aux Québécois. Donc nous ne sommes pas Québécois. CQFD. Après la tactique du divide et impera – diviser pour mieux régner – voilà que le premier ministre en rajoute une couche et invente le exclude et impera – « exclure pour mieux régner. » Cette rhétorique est emblématique de l’épuisement généralisé du sens politique. L’exclusion du discours commun constitue le dernier rempart de l’incompréhension, de l’incompétence et de l’arrogance politiques. Ce fut d’abord le boycott plutôt que la grève, la proposition plutôt que l’entente, puis la désobéissance civile assimilée à la violence ou les casseroles à des menaces. Maintenant: l’opposition des idées à l’exclusion même de l’appartenance à la communauté. N’en déplaise au gouvernement, aux commentateurs et aux lobbys frileux qui se réchauffent de leurs certitudes passéistes, ce conflit social ne s’épuise pas dans un manichéisme puéril et ne mourra pas de sa belle mort avec l’arrivée de l’été. Que le conflit étudiant se résolve rapidement ou non n’y changera rien. Les manifestations de casseroles cesseront bientôt, sans aucun doute. [...]

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Démocratie liquide

31 mai 2012 · Société · Ianik Marcil
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Démocratie liquide

Le conflit étudiant aura entraîné dans son sillon, comme plusieurs commentateurs et analystes et moi le répétons depuis deux mois, bien plus que le mécontentement envers le gouvernement Charest ou des revendications souvent ébouriffées et incohérentes de renouveau social, économique et politique. La diversité des griefs comme celle des solutions, l’incohérence des reproches comme celle des espoirs, sont la résultante d’une lame de fond déferlant dans l’ensemble des sociétés industrialisées depuis quelques années. Ce mouvement participe de la dérive du capitalisme financier et consumériste au cours des deux dernières décennies. La méfiance grandissante, sinon le cynisme le plus radical, d’une partie de plus en plus large de la population face aux institutions politiques, économiques et médiatiques ne reflète rien d’autre que cette désagrégation du lien social. Au plan économique, il est la conséquence de tendances lourdes observées depuis les années 1970: un revenu personnel disponible qui croit nettement moins rapidement que l’ensemble de l’économie, une accentuation accélérée des inégalités économiques et sociales, l’explosion de l’endettement privé facilité par le crédit à rabais, la croissance anémique de l’épargne que les bas taux d’intérêt de favorisent pas, l’excroissance obscène de la sphère financière. Résultat: le fossé s’est creusé inexorablement et [...]

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La masse

21 mai 2012 · Humeur, Société · Ianik Marcil
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L’homme moyen n’existe pas. Adolphe Quêtelet, médecin français fondateur de la « biométrie, » avait calculé au 19e siècle les mensurations moyennes des organes internes – cœur, foie, rate, reins, etc. – pour se rendre compte que ces organes « moyens » ne pouvaient pas tenir dans le corps « moyen » et former un être humain viable. [1] Le corps humain ne constitue pas un système d’organes interchangeables: chacun de ces derniers interagit, trouve sa place et son rôle, en fonction des autres. Il en est de même du corps social: la communauté dans laquelle nous vivons n’est pas une masse indifférenciée et monolithique. Elle évolue au gré des intérêts et des influences qui la constituent. Le Québécois moyen n’existe pas plus que l’homme moyen. On dit que les 2/3 des Québécois appuient le gouvernement dans la « ligne dure » qu’il tient et qu’il a cristallisé par l’adoption de la loi 78. Aucun citoyen n’est au 2/3 d’accord avec le gouvernement. Une partie appuie son gouvernement, l’autre non. Le taux d’appui serait inversé qu’il n’y changerait rien à l’histoire. Dans une démocratie représentative, un gouvernement légalement élu a toute la légitimité pour agir contre la majorité, dans le respect de ses lois constitutives. Ce qui lui [...]

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Le sacre du printemps

6 mai 2012 · Société · Ianik Marcil
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Depuis le début du conflit avec les étudiants, les questions de sémantique ont pris beaucoup de place. Le premier ministre continue à insister, dans son opération de marketing politique, à parler de boycott plutôt que de grève. [1] La ministre de l’Éducation a fait une sortie contre l’utilisation par un groupe d’étudiants sympathisants de la CLASSÉ du vilain juron « ostie » lors d’un appel à manifestation cette semaine. [2] Ce qui semble être la fin du conflit a été aussi placé sous le signe de la bataille sémantique, les uns parlant d’entente, les autres de proposition – les journalistes, selon Antoine Robitaille du Devoir, préférant parler, à la blague, d’une simple « suite de mots. » S’approprier le sens des mots est une tactique rhétorique et politique vieille comme le monde. [3] Cet « ostie » est devenu le sacre du printemps. [4] Cette lutte pour l’appropriation du sens des mots dans le conflit étudiant est emblématique de la question de fond qui la sous-tend. Les opposants aux grévistes et le gouvernement cherchent à présenter le mouvement de grève illégitime en parlant de boycott et en recourant aux arguments juridiques (non respect de l’État de droit). En recourant aux arguments économiques charriés par [...]

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Conversation inutile

27 avril 2012 · Humeur, Société · Ianik Marcil
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Depuis le point de presse du premier ministre et de sa ministre de l’Éducation, je ressens une grande lassitude. Grosse fatigue. Pour la première fois depuis des semaines, Jean Charest a choisi de prendre les devants: conférence de presse ce midi, téléjournaux ce soir. Signe classique d’élections sont à nos portes. Jean-François Lisée explique mieux que je ne pourrais le faire: les élections sont imminentes. Alors que le premier ministre a l’odieux de prétendre que cette idée est grotesque. Nous sommes donc menacés de retourner rapidement à une conversation électoraliste et clientéliste. Une conversation entre le PLQ et le PQ – à laquelle tenteront de se joindre, tel des enfants qui sautillent dans une réunion d’adultes pour prendre la parole, la CAQ, ON et QS. Notre système électoral uninominal à un tour – dans lequel les élections se gagnent à la marge – nous ramènera à un dialogue de sourds. Ou plutôt à un dialogue de hurleurs. Le PLQ fera de la hausse des droits de scolarité son cheval de bataille, le PQ essaiera de hurler plus fort en tentant de ramener la discussion sur les questions de corruption, le Plan Nord, les gaz de schiste, etc. Un [...]

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