8 novembre 2012 9h00 · MBAM
« Mr. Anonymous » : ainsi était surnommé Robert Sterling Clark (1877-1956). Héritier de la compagnie des machines à coudre Singer, il rassemble dans le secret pendant près d’un demi-siècle une des premières collections d’art des États-Unis. Amateur informé, négociateur stratège, indépendant dans sa vie comme dans ses goûts, cet homme réfléchi et réservé choisissait lui-même ses œuvres, prenant en compte le seul avis autorisé de sa femme, Francine, avec qui il inaugurera en 1955 le Sterling and Francine Clark Art Institute à Williamstown. Cet institut est aujourd’hui un haut lieu d’études en histoire de l’art, une des rares institutions dans le monde qui a une double mission muséale et de recherche.
Clark est venu plusieurs fois à Montréal pour retrouver ses collections entreposées en toute discrétion. Marié avec une actrice française, ce francophile a vécu longtemps à Paris où il collectionne activement. La Seconde Guerre approchant, il décide d’envoyer en 1938 une grande partie de ses œuvres à Montréal. Rien ne laisse présager l’importance de cette collection tenue cachée. Prêteur récalcitrant, visiteur en retrait, il reste à l’écart de la vie publique des musées. Il n’est pas mentionné parmi les collectionneurs de Renoir lors de la rétrospective de 1937 du Metropolitan Museum of Art, à New York, ce qu’il était incontestablement puisque seul son contemporain Albert C. Barnes le surpassait en quantité… mais certainement pas en qualité selon Clark qui détestait les « affreuses “saucisses” tardives de Renoir ».
La sélection de ce connaisseur autodidacte présentée dans l’exposition témoigne d’un goût précis et d’un œil exigeant pour l’impressionnisme. Au-delà du prestige des signatures, ses tableaux sont toujours d’une excellente qualité. Seul manque Cézanne que Clark n’aimait pas, sa modernité échappant à un cadre impressionniste conventionnel. Pour Clark, le principe de ressemblance, la maîtrise dans l’exécution, la solidité de la composition, l’élégance décorative, la séduction du coloris constituaient autant de qualités incontournables. Il apprécie la virtuosité de leur métier, même démodé, peu lui importe. Cette inclination pour un style « pompier », volontiers opposé à l’impressionnisme par les historiens et les artistes eux-mêmes, étonne mais c’est justement là que réside l’originalité et l’indépendance de Clark, qui mélange avec malice les irréconciliables de l’histoire de l’art.
Prochaine étape : Le Musée vert et la naissance de l’écologie en France…
Nathalie Bondil
Directrice et conservatrice en chef du MBAM
Commissaire de l’exposition à Montréal











Intéressant, je n’étais pas du tout au courant !
L’impressionnisme, ça me plaît beaucoup. Les tableaux des peintres sont empreints de tendresse, de douceur, de délicatesse, je dirais même de naïveté.
Plus jeune, je me suis retrouvée avec un tableau des jeunes filles au piano et je l’ai encore avec moi. Fascinant!
Grâce à M. Anonymous, les peintures des impressionnistes ne resteront plus anonymes pour plusieurs personnes!
Ces courts billets sont intéressants! Ils nous permettent d’apprendre des choses intéressantes!
Cet article intéressant suscite ma curiosité.
Merci Mr. Clark. J’ai vu des tas de tableaux de la période impressionniste… en reproduction. Avec vous et un peu de chance, je les verrai en vrai.
Bravo M. et MMe Clark.
Quelle belle exposition ! Je l’ai déjà vu 2 fois et j’irai la revoir encore!
C’est à voir et revoir!!
Encore un coup de maître de « la Bondil ». Faire précéder son nom du « la » témoigne de ma grande admiration à son égard! Je suis émue à l’idée de revoir « la petite danseuse » que j’ai déjà eu le bonheur d’admirer à la Cité de l’Énergie dans le passé. Mais aussi à la pensée de me laisser charmer par la merveilleuse histoire de Mr. Anonymous, héritier des machines à coudre Singer. Ce dernier point m’intéresse à cause du lien du mécène avec Paris Singer, dont la liaison tumultueuse avec la célèbre Isadora Duncan avait fait les manchettes en son temps. Bravo pour cette exposition!
L’impressionisme me fascine tant.
La douceur des oeuvres me touche profondément.
Quelle belle initiative du MBAM! À voir à coup sûr!
Quelle belle occasion pour voir et apprécier cette belle collection.
Merci à Mr Anonymous.
J’attends avec impatience une exposition ayant pour thème les grands collectionneurs (de toutes les époques), leurs motivations et leurs relations avec les artistes.
J’ai bien hâte d’aller voir l’exposition sur ces grands peintres impressionnistes. Je ne veux pas la manquer pour rien au monde.
J’aimerais bien voir ces grands peintres impressionnistes au moins une fois dans ma vie.
Je ne connaissais pas du tout ce collectionneur. Et je suis entièrement d’accord avec son sentiment sur « les saucisses » de Renoir!
Cette exposition est vraiment exceptionnelle d’après ce que je vois,donc j’espère avoir réellement cette chance d,aller la visiter.
Je connais très peu l’impressionnisme. Mais la tendresse et la douceur qui transparaissent dans ces toiles ne font déjà rêver…