Israël: le sursaut moral?

21 janvier 2013 21h05 · Jean-Félix Chénier

C’est jour d’élections législatives en Israël demain. Et tout porte à croire que la coalition d’extrême-droite reprendra le pouvoir… Ceci est dû à une obsession sécuritaire qui a de bonnes raisons d’exister, mais qui est surtout bien entretenue et instrumentalisée par la droite expansioniste (sic).

Et si la société israélienne se réveillait cette nuit en se disant que l’occupation a assez durée? Et si elle s’avouait franchement que la colonisation des territoires palestiniens est une forme de terrorisme d’État qui ne peut à terme que nuire à l’ambition de la normalisation de l’État d’Israël dans la région? Et si le camp moral israélien qui s’est assoupi ou s’est disloqué après l’échec d’Oslo au milieu de l’an 2000 se réveillait pour bloquer l’extrême-droite complètement inconsciente de la ruine vers laquelle elle pousse sa propre société ainsi que celle de ses voisins?

Ces rêves de dernière minute ne sont pas uniquement des lubies. Il existe un camp moral en Israël, qui croit que ce pays a une exigence supplémentaire envers le respect de la dignité humaine et qui accepte mal les crimes de guerre commis au nom de la «sécurité nationale» ou de la survie de l’État d’Israël. Ce camp moral a émergé à la suite de Sabra et Chatila. Quand l’armée israélienne a supervisé le massacre des camps palestiniens du Liban en 1982, 200 000 personnes sont sorties dans les rues de Tel-Aviv pour crier que ces actes ne doivent pas se faire «en notre nom»… Ce même camp moral a porté Rabin au pouvoir et est sorti dans la rue pour condamner son assassinat par un coreligionnaire israélien en 1995. Ce camp moral s’est ensuite immiscé au sein de l’armée: ce sont ces refuzniks faisant partie de Tsahal, qui refusent de survoler les territoires occupés ou de participer à des missions de réoccupation des territoires palestiniens, considérant que leur rôle n’est pas d’agrandir le territoire israélien, mais de protéger celui déjà acquis à la suite de la guerre d’indépendance.

Ce camp moral a donc depuis longtemps compris qu’Israël a gagné son indépendance et qu’il faut maintenant permettre aux Palestiniens de gagner la leur, sans que la violence n’en devienne la voie privilégiée. Nous connaissons en effet parfaitement les contours d’une paix possible. Et nous pouvons tirer des leçons des échecs passés.

Alors, pour que l’espoir reprenne, il suffirait que le camp moral israélien se réveille et se mobilise.

Dans le silence de l’urne, il peut se passer bien des choses… Bonne nuit Israël.

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+ Ajouter le vôtre Commentaires 4

  • 23 janvier 2013 · 10h08 Jean-Félix Chénier

    Mes espoirs ne se sont pas confirmés, mais mes pires craintes non plus. Il y a eu un début de sursaut citoyen en Israël… http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/agnes-gruda/201301/23/01-4614049-yair-lapid-la-surprise-israelienne.php

  • 23 janvier 2013 · 13h55 Claude Perrier

    Vu d’ici, cela paraît tellement évident que tous y gagneraient à ranger leurs armes, à se rendre compte qu’à tirer sur l’autre on se tire du même coup dans le pied, que nous ne comprenons pas pourquoi ça traîne et ça traîne dans la violence depuis des décennies.

    Derrière les beaux discours et les propos hargneux, il y a des éléments fondamentaux qui nous échappent. De la manipulation à profusion. Pour que les «justes» s’égarent de bonne foi. Pour faire avaliser (par un très grand nombre) des façons de faire qui ne font qu’envenimer la situation. Et que cette population leurrée appuie – en croyant bien faire – des politiques qui lui causent d’immenses torts.

    La désinformation – assortie des conséquences telle qu’une haine viscérale de la partie «adverse» et les affrontements à répétition – sévit tant du côté israélien que du côté palestinien. L’heure juste n’est pas à l’ordre du jour. Car l’heure juste risquerait de remettre les pendules à l’heure et de laisser tout le monde bêtement interloqué à soudainement se demander ce qu’ils ont à se taper dessus sans cesse alors qu’ils pourraient profiter du beau temps, partager des petites bouchées avec une consommation aux terrasses des cafés, et faire de beaux projets d’avenir.

    Et qui profite de cette désinformation vraisemblablement à la source d’un inextricable et interminable conflit? Il ne serait pas étonnant qu’il se trouve là de ces marchands de canons pour qui la moindre accalmie cause un ralentissement des «affaires». Et une baisse des profits.

    La population (israélienne ainsi que palestinienne) est victime. Également et doublement victime, même. Les gens sont manipulés, on leur bourre le crâne de préjugés et de faussetés, ce qui les aiguillonne dans la mauvaise voie à leur insu, et ils reçoivent des bombes par la tête en prime.

    Le problème de la population n’est pas moral. C’en est un d’aveuglement. D’aveuglement inconscient en raison des sermons nauséabonds d’une poignée de manipulateurs et de leurs complices marchands de canons.

    Mais, j’ai peut-être tort à dire tout ça, moi. Car je suis ici. Pas là-bas…

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