Stephen Harper me déteste, Justin Trudeau me méprise

18 avril 2013 11h15 · Jean-Félix Chénier

Vous avez sans doute déjà vu ce macaron porté par certains et qui proclame «Stephen Harper me déteste». J’aime bien ce slogan qui propose une image inversée. Ce n’est pas tant moi qui est hostile à Stephen Harper (quoique…) que lui et ses politiques qui posent une attaque frontale au Québec et à son modèle de développement.

Que l’on parle de ses positions morales sur l’avortement; de sa volonté d’abolir le registre des armes à feu et de son refus de transférer les données au gouvernement du Québec malgré l’unanimité de la demande de l’Assemblée nationale sur cette question; qu’il s’agisse de sa volonté de durcir la loi sur les jeunes contrevenants malgré un autre consensus québécois, on serait tenté de croire que M. Harper et son gouvernement cherchent en quelque sorte à faire campagne sur le dos du Québec aux prochaines élections… Autres exemples, la réforme de l’assurance-emploi proposée par le gouvernement Harper touche effectivement davantage les régions du Québec et des maritimes que le reste du pays. La rhétorique conservatrice telle que promulguée au Canada anglais glisse quelquefois vers une logique de détestation du Québec, ces gens qui vivent au crochet du reste du pays pour se payer des programmes sociaux généreux… Rajoutez à cela son déni de la science et des changements climatiques, l’indifférence des ministères fédéraux à l’égard du bilinguisme officiel et l’entêtement de M. Harper à nommer des juges et un Vérificateur général unilingue et vous aurez d’autres illustrations de cette indifférence hostile au Québec. Enfin, le dernier budget Flaherty s’attaque aux fonds syndicaux comme le Fonds de solidarité de la FTQ et Fondaction de la CSN qui sont des modèles uniques au Québec et qui sont au cœur de ce qu’on appelle souvent le «modèle québécois». Toutes ces politiques ont des impacts sur les finances publiques du Québec, dans un contexte où les transferts fédéraux vers les provinces sont eux aussi appelés à être diminués.

M. Harper a non seulement fait une croix sur le Québec sur le plan électoral, mais il semble en plus vouloir utiliser une forme de Quebec bashing pour gagner de nouveaux sièges au Canada anglais… Stephen Harper me déteste.

Et Justin Trudeau, lui? Justin Trudeau, consciemment ou non, me méprise comme Québécois. Dans le contexte des révélations importantes faites par le politologue Frédéric Bastien dans son livre La bataille de Londres, non seulement Justin Trudeau manifeste une ignorance et un détachement pour le moins inquiétant, mais il en rajoute en affirmant «que la raison pour laquelle Québec n’avait pas signé la Constitution de 1982 était que son premier ministre de l’époque – René Lévesque – était souverainiste». Voilà une affirmation non seulement fausse, mais problématique pour tout fédéraliste québécois qui se respecte (Y a en a-t-il encore?). Le chef libéral québécois de l’époque et leader du camp du NON lors du référendum de 1980, Claude Ryan, qualifiait le rapatriement de la constitution de 1982 de «coup» fait contre le Québec et son Assemblée nationale. Les revendications au cœur des fédéralistes québécois ont été bafouées par la refonte constitutionnelle de Pierre Elliott Trudeau et aucun premier ministre québécois depuis 1982 n’a osé accepter les changements majeurs apportés par le Canada et les provinces à majorité anglophone depuis ce temps. Pire encore, tout le paysage politique canadien a été transformé par ce «coup» que Brian Mulroney promettait de corriger «dans l’honneur et l’enthousiasme», réparation qui n’a pas été accomplie puisque les Accords de Meech et Charlottetown ont échoué. Lorsque Justin Trudeau parle de «vieilles chicanes», il méprise le fait que les fondements de l’État canadien ont été négocié sur le dos du Québec, sans son accord et dans des circonstances – le livre de Frédéric Bastien nous le rappelle – pour le moins troublantes sur le plan des principes fondamentaux de la démocratie libérale…

Justin Trudeau méprise donc le Québec. Son phrasé bilingue qui fait de la culture canadienne une mosaïque au sein de laquelle le Québec n’est qu’une communauté culturelle vouée par définition à l’assimilation ne font que renforcer et institutionnaliser ce mépris. Qu’est-ce que la culture québécoise aux yeux de M. Trudeau? Je ne crois pas qu’il se soit déjà posé la question. Chose certaine, sa vision du pays, sorte de version figée de celle de papa, refuse systématiquement de considérer que le Québec puisse être compris comme l’une des deux sociétés d’accueil pour les immigrants canadiens. C’est tout le projet politique du Québec moderne qui est ainsi nié: souverainistes comme fédéralistes québécois ont en effet comme objectif depuis 1960 de faire du Québec une société d’accueil capable d’intégrer ses immigrants en français. Le Québec comme culture d’accueil et d’intégration. Mais non, M. Trudeau préfère voir le Canada comme une seule nation bilingue. Or, on le sait, le bilinguisme coast to coast est essentiellement porté par les francophones au Canada: où le Canada est-il effectivement bilingue? Au Québec et en Acadie. Ailleurs, disons simplement que c’est un bilinguisme de façade. Tous les rapports du Commissaire aux langues officielles depuis 1969 disent la même chose: ce sont les francophones qui portent le bilinguisme au Canada.

Dans la vision trudeauiste, la culture québécoise est mise sur le même pied que celle des Canadiens d’origines chinoise ou grecque ou ukrainienne… Or, ces minorités culturelles n’ont pas comme objectif d’intégrer d’autres canadiens à leur culture… Même les nations autochtones n’ont pas cette ambition. Elles en sont encore à poursuivre un projet de survivance culturelle.

Dernière illustration du mépris que Justin Trudeau entretient à l’égard du Québec. Son empressement à s’excuser des politiques impopulaires de son père à l’égard de l’Ouest canadien pose problème devant son refus obstiné à faire de même lorsqu’il est question du Québec. Surtout que les politiques impopulaires de PET dans l’ouest ne touchaient pas aux fondements de l’État!

Alors, selon vous, quel sentiment est le plus problématique? La détestation ou le mépris? Le sentiment et les politiques de Stephen Harper m’apparaissent moins hypocrites et plus clairement affirmées. De son côté, Justin Trudeau lançait sa campagne à la chefferie en disant qu’il «aime le Québec» et qu’il est «en amour avec le Canada

On peut donc se demander si Justin Trudeau est vraiment conscient du mépris qu’il a à l’égard du Québec? Son père l’était et l’assumait. Lui? Je répondrais en citant Félix Leclerc, qui chantait que «l’ignorance a le mépris facile»…

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  • 18 avril 2013 · 14h33 Laurent Desbois

    Moi, je suis tanné du Canada! C’est un pays que je veux!!!!

    Le nouveau Canada ???? Rien de neuf !!!!
    Le vrai Canada qui lève sa jupe!!!

    Le fossé se creuse entre le Québec et le Canada! Harper représente très bien ce Canada! Ce n’est pas Harper personnellement qui est en cause, c’est l’appartenance à ce cher Canada !

    Justement, le problème c’est que notre place n’est pas au Canada!!!!! Sortons-en au plus vite !

    Dénoncer Harper, ce n’est pas promouvoir l’indépendance. Cela envoie le message que si ce n’est plus Harper, si c’est le NPD avec Mulcair ou les PLC avec Justine Trudeau par exemple, le Canada c’est bien, ou du moins pas si pire.
    L’indépendance… la seule solution!

    Harper ? Cons., PLC, NDP, c’est du pareil au même! Sortons du Canada!
    La Boussole électorale, Élections fédérales 2011
    23 bonnes raisons sur 30 pour faire l’indépendance… et tellement d’autres encore !
    http://www.boussoleelectorale.ca/resultats/federales/

  • 19 avril 2013 · 00h46 Michel Lacroix

    Moi j’en ai asser du Québec et du Canada.Que ce soit du côté des politiciens du Québec ou de ceux du Canada,on tourne en rond…Vous savez,il ne faut pas s’étonner que le parti Conservateur ait des politiques de droite c’est un parti de droite,et il n’y a plus un seul parti de gauche asser populaire pour gouverner à bref échéance le Canada(le NPD est maintenant un parti de centre).

    Au Québec,nous sommes pris avec le parti Québécois qui se situe dans le centre mou de l’échiquier politique.Le Québec n’ira pas dans l’extrême droite ni l’extrême gauche mais restera dans le centre mou où tout est confortable et quand on risque rien,on obtient rien.Je dois quand même féliciter le parti Québécois pour s’être débarasser de Gentilly 2,cette centrale maudite.Mais quand j’ai vu que Madame Marois qui cognait sur ces casseroles,refuse maintenant d’aider,les étudiants,je trouve que c’est un coup bien bas et bien sournois de sa part.On va aussi couper les finances dans les commissions scolaires et chez les Assistés sociaux.

    Si il y a encore des gens pour penser que le parti Québécois est un parti de gauche alors vous avez la preuve maintenant que c’est le centre mou déguisé en parti de gauche(gauche caviar).

    Pour ce qui est de la langue Française,je constate la disparition lente et douce de cette merveilleuse langue.Je vis en région et quand je vais à Montréal,je suis stupéfait à toutes les fois que des Québécois Francophones me parlent en Anglais.Quand j’ai demandé à un serveur Montréalais quelle sorte de gâteau il y avait dans le présentoir,il m’a montré un gâteau en me disant c’est un « cheese cake ».Ce serveur est un Québécois de souche et Francophone..Pourquoi n’a -t-il pas dit à un client Québécois de souche et Francophone,ceci est un gâteau au fromage?

    • 19 avril 2013 · 09h41 Laurent Desbois

      • 1965, 15% pour la souveraineté (Trudeau arrive à Ottawa pour sauver le Canada!)
      • 1980 référendum, 40% pour la souveraineté!
      • 1995 référendum volé, près de 50% pour la souveraineté!
      …….. 2011 60%?????

      La décanadianisation du Québec s’accélère

      http://www.vigile.net/La-decanadianisation-du-Quebec-s

      http://www2.lactualite.com/jean-francois-lisee/la-decanadianisation-du-quebec-saccelere/7024/
      Alors, commente Jack Jedwab, “ce qui m’inquiète est que la totalité des groupes de moins de 65 ans se sentent très détachés du Canada”. Jack est, comme chacun le sait, un fédéraliste convaincu. Il a de bonnes raisons d’être inquiet.
      « Les fruits sont murs dans les vergers de mon pays. Ça signifie que l’heure est venue, si t’as compris… » Félix Leclerc

  • 19 avril 2013 · 18h44 Claude Perrier

    Mais pourquoi ne pas vraiment ouvrir les vannes, Monsieur Chénier… ?

    Stephen Harper qui vous déteste, et Justin Trudeau qui vous méprise, c’est bien… Un bon premier pas… Il ne fallait néanmoins pas vous arrêter si tôt. Il faut parfois aller au fond des choses, si on veut enfin comprendre pourquoi on se sent tellement insatisfait de son sort.

    Ainsi, une longue liste d’autres valeureux candidats contribuent chacun à leur manière à alourdir l’air qui vous entoure.

    Il y a, de la sorte, Pauline Marois qui vous floue. En reculant sur tout. Puis, n’oublions pas Jacques Parizeau qui, du haut de sa prestance, vous snobe. Vous, nous, tout le monde. Ah, et puis évidemment, il y a Thomas Mulcair qui vous ignore. Ce qui ne vaut guère mieux… En ce qui concerne Jean Charest – oui je sais, il n’est plus dans le portrait – il ne veut plus rien savoir de quoi que ce soit. Il a rangé son volant.

    Je pourrais vous glisser quelques mots à propos de Daniel Paillé, des bicéphales de Qs, de François Legault et de… hum… comment s’appelle-t-il encore ce nouveau chef du PLQ… mais qu’importe son nom… ah ça me revient, Philippe Couillard. Plus aussi cet autre de Option nationale – mais celui-là, pas la peine de chercher, je ne me rappellerai pas de qui il s’agit…

    Eh bien, tous ceux-là (et très certainement des tas d’autres), ils n’ont absolument rien à cirer de votre voisinage. Cela a toujours été comme ça. Peu importe qui vous «représente». À la ville, à Québec ou à Ottawa. Partout. Même au syndicat qui perçoit vos cotisations.

    Si ça peut malgré tout vous consoler un petit peu, Monsieur Chénier, dites-vous que de votre côté de la clôture, une chose est sûre: il y a foule. Et c’est de cet endroit encombré que tous nous regardons passer la «parade», cette désolante «parade» qui piétine plus qu’elle n’avance, au son discordant d’une fanfare majoritairement composée d’amateurs sous-doués.

    (Au moins, l’hiver fout le camp. Toujours ça de pris.)

    • 21 avril 2013 · 06h21 Claude Perrier

      Depuis le bien timide optimisme sur lequel je terminais mon plat commentaire ci-dessus, soit que l’hiver – au moins – nous laissait enfin un peu de répit… eh bien, les dernières heures ont plutôt marqué un retour obstiné de ce vieux fatigant: en ce moment, il fait un déprimant -2 degrés (lequel empire même à un encore plus déprimant -4 degrés lorsque l’on tient compte du facteur éolien).

      (Au moins il ne neige pas – encore que je n’aurais peut-être pas dû ajouter ça…)

    • 21 avril 2013 · 09h54 Laurent Desbois

      Monsieur Perrier,
      Tu n’as surement pas lu mes deux commentaires ci-haut!
      On dirait que vous êtes dans votre dernier retranchement…. avec votre « spin » sans fondemant concret.. à la Gesca!

      Maudite paranoïa!!! Pourquoi Ottawa a tout fait pour détruire ce vidéo???

      LA GUERRE SECRÈTE DE TRUDEAU contre l’indépendance du Québec

      http://www.ameriquebec.net/2006/09/17-video-de-la-guerre-secrete-contre-l-independance-du-quebec.html

      http://www.republiquelibre.org/cousture/GRC.HTM

    • 21 avril 2013 · 11h58 Claude Perrier

      Un «spin»… Monsieur Desbois?

      Ce serait là une appréciation à la fois inattendue et presque intéressante de mes propos, si cette appréciation ne trahissait pas surtout une attitude figée et navrante…

      Ah mais, quelle gaffe ici… Encore un «spin»…?

      (Heureusement qu’il fait soleil, malgré tout le reste qui désole.)

  • 10 mai 2013 · 16h55 Jean-Félix Chénier

    Lire ce billet de Frédéric Bastien qui résume bien le mépris et l’ignorance volontaire: http://www.ledevoir.com/politique/canada/377705/l-affaire-laskin-estey-ou-les-dangers-de-la-verite

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