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Simon a toujours aimé danser
7 avril 2010 · Divers · Josiane OuelletIl ne reste que quatre jours pour voir Simon a toujours aimé danser, un spectacle très personnel, écrit et interprété par Simon Boulerice. Cette autofiction raconte l’histoire d’un garçon qui, comme Mozart et Whitney Houston, rêve d’accomplir quelque chose de prodigieux. Au gré d’un texte vivant, plein d’humour et de tendresse, le comédien-danseur offre une performance aussi généreuse que sincère. Et si l’ensemble présente quelques excès lyriques, ceux-ci vont tout à fait dans le sens de la candeur lucide du personnage. Quant aux chorégraphies, elles conjuguent émotion et précision de manière particulièrement expressive. Tandis que le décor, la mise en scène siéent bien au propos, avec leur petit côté artisanal, bricolé, ludique. Jusqu’au 10 avril, à Premier Acte.
Les Marchands : Une fable percutante
11 juin 2009 · Divers · Josiane OuelletÇa y est, le Carrefour touche à sa fin, alors qu’avait lieu hier soir la première de la dernière pièce au programme, soit Les Marchands du Français Joël Pommerat. Un spectacle aussi exigeant que fascinant par sa forme inusitée (les acteurs jouant des scènes exemptes de dialogues, tandis qu’une narratrice raconte ce qui s’est passé), son histoire étrange (dans un univers où se rencontrent le monde des vivants et celui des morts et où chaque personnage possède son double, son opposé), son propos qui fait réfléchir (notamment, sur la place du travail dans nos vies). Entre deux murs de béton, sur fond de voile blanc lumineux, des silhouettes se découpent : quelques accessoires (chaises, lampes, télévisions, table, fauteuil), mais surtout, des êtres humains, au sein d’un décor aussi dénudé que leur vie. L’espace d’un fondu au noir et, comme dans un kaléidoscope, éclairages, sons, [...]
Éonnagata : Entre deux genres
8 juin 2009 · Divers · Josiane OuelletOn se marchait littéralement sur les pieds lors de la première d’Éonnagata, un spectacle conçu et interprété par Robert Lepage, Sylvie Guillem et Russell Maliphant. Il faut dire que cette production mêlant danse et théâtre s’arrêtait à Québec pour un soir seulement et que, comme toutes les créations de Lepage, elle était très attendue. Or, à en juger par le tonnerre d’applaudissements auquel elle a donné lieu, les spectateurs ont semblé apprécier cette expérience singulière. Pour ma part, j’en retiens la performance étonnante de Lepage qui, aux côtés de deux danseurs chevronnés y allant eux-mêmes de prouesses impressionnantes, s’en tire admirablement. Les chorégraphies où se rencontrent Onnagata (technique utilisée par les acteurs de théâtre Kabuki pour représenter des femmes de manière stylisée), arts martiaux et danse contemporain. Des ambiances sonores, des éclairages, des costumes dépaysants.
Voyage… : Jeu dans l’espace-temps
6 juin 2009 · Divers · Josiane OuelletJ’étais juste à temps pour le dernier embarquement du merveilleux Voyage, premier épisode de La Fabrique imaginaire de Bruxelles. Or, je n’aurais su trouver une meilleure façon d’employer mon temps en ce samedi après-midi. En effet, toujours sous le charme de La Tragédie comique, présentée en ouverture du Carrefour, c’est avec enthousiasme que je voyais venir le temps de découvrir cette autre création de la troupe d’Ève Bonfanti et Yves Hunstad. Et, à l’instar de cette spectatrice qui, à la fin de la pièce, s’exclamait : « Pas déjà, j’en veux encore », je n’ai pas vu passer le temps, si ce n’est que comme personnage immatériel, transparaissant de la forme éclatée et du propos perspicace de cette production d'une fraîcheur irrésistible. Car on nous offre ici une brillante réflexion sur le temps, au gré d’un voyage nous transportant d’un passé lointain à nos jours, alors qu’un généticien nous explique comment l’ADN renferme une mémoire millénaire; un périple entre la vie et la mort, en compagnie d’une comédienne ayant eu un accident de voiture; [...]
Vu d’ici : Décapage en profondeur
6 juin 2009 · Divers · Josiane OuelletIl vous reste encore deux chances d’assister à la pièce Vu d’ici, adaptée du roman de Mathieu Arsenault et mise en scène par Christian Lapointe. Je dis « chance », non parce que ce spectacle souffle sur vous comme une douce brise, mais au contraire, parce qu’il décape de la bonne façon. En effet, l’auteur a su trouver les mots, le style, et les artisans de la scène, la forme pour exprimer quelque chose qui, loin d’être admirable, rejoint pourtant notre expérience quotidienne. En mettant tout au même niveau, comme le fait la télé, en télescopant guerre et pub, violence et surconsommation, ici et là-bas, l’auteur crée des effets saisissants. D’autant qu’on sent qu’il s’agit réellement d’une autocritique plutôt que d’une critique facile du voisin [...]
Rearview : Un voyage intérieur
2 juin 2009 · Divers · Josiane OuelletAu gré d’un langage mariant avec style français et anglais, de manière à créer des images tantôt amusantes, tantôt poétiques, Rearview, écrit et interprété par Gilles Poulin-Denis, nous convie à un voyage au cœur des états d’âme d’un personnage davantage qu’à un périple nocturne sur des routes d’Ontario. En effet, alors que l’asphalte défile, c’est le chemin menant ce jeune homme à lui-même que l’on parcourt en sa compagnie, jusqu’à découvrir le malaise sous-jacent, qui a nécessité un événement violent pour se manifester, pour susciter une prise de conscience. Et tout, ici, se met au service, voire au diapason de cette introspection. D’abord, le texte, porteur de la vision du héros, qui nous raconte l’histoire, nous plonge dans les situations toujours en fonction de son point de vue. Puis, le jeu, tenant de la confidence, même quand celle-ci se fait à grands cris plutôt qu’au creux de l’oreille. Cela, tout en donnant vie aux autres protagonistes ainsi qu’aux lieux par son pouvoir d’évocation. Idem en ce qui a trait à la [...]
Il y avait foule pour la première de Où tu vas quand tu dors en marchant…?, le grand événement populaire gratuit du 10e Carrefour de théâtre, coordonné par Frédéric Dubois. En effet, malgré l'apparence de pluie, les gens ont répondu en masse à l'appel que leur avaient lancé quelque 200 artistes, sous la direction de six créateurs issus de diverses disciplines (théâtre, arts visuels, danse, musique) et ils ont semblé aussi étonnés que ravis des découvertes qui les attendaient au long de ce parcours théâtral en six stations. Car c'est véritablement tout un monde, étrange et merveilleux, qui s'ouvre à nous tandis que l'on déambule, du parc Lucien-Borne au parvis de l'église Saint-Roch. On a vraiment l'impression d'un rêve éveillé devant ces tableaux vivants - ou plutôt morts-vivants dans plusieurs des cas -, propres à nous transporter ailleurs avec une incroyable inventivité, un remarquable souci du détail. Le travail d'installation, de mise en scène, de scénographie des lieux impressionne; certains clins d'oeil et trouvailles font sourire; la musique, les sons, les éclairages créent une atmosphère dépaysante; [...]
Départ canon pour le Carrefour
26 mai 2009 · Divers · Josiane OuelletCoup d’envoi du tonnerre pour le 10e Carrefour international de théâtre, avec la présentation de La Tragédie comique d’Ève Bonfanti et Yves Hunstad. J’avais entendu dire qu’il ne fallait pas rater ce spectacle et, comme c’est souvent le cas lorsque les attentes sont élevées, je craignais un peu d’être déçue. Eh bien, non! J’en ressors même agréablement surprise et n’hésite pas à recommander ce petit bijou à tous, sans la moindre réserve. Car enfin, j’imagine mal comment on pourrait ne pas aimer une pièce aussi drôle, intelligente et remarquablement interprétée. En effet, pourquoi bouder son plaisir quand on rit autant, sous l’influence d’un humour savoureux de vivacité, d’espièglerie, d’inventivité? Le clownesque à son meilleur, quoi, avec des blagues et des pitreries d’autant plus efficaces qu’elles s’inscrivent dans un jeu [...]
Je t’aime moi non plus
1 juin 2008 · Divers · Josiane OuelletPour la dernière soirée du Carrefour international de théâtre, j’ai assisté à Un peu de tendresse, bordel de merde!, second volet de la trilogie de Dave St-Pierre intitulée Sociologie et autres utopies contemporaines. Ce mélange étrange de stand-up comic (par les interventions au bilinguisme amusant de la maîtresse de cérémonie Enrica Boucher) et de parodie extrême, de danse chorégraphiée et de gestuelle expressive plus libre a tout pour susciter un vaste éventail de réactions, allant de la répulsion à l’émotion poétique. En effet, avec son audace, voire son côté subversif, le spectacle cherche – et réussit – à provoquer et à faire rire en misant sur un humour grinçant, d’une dérision, d’un cynisme outranciers; sur le chaos, le désordre, au gré d’improvisations déjantées; sur le contact direct avec les spectateurs, alors que les danseurs se mêlent à nous, parfois nus; de même que sur la sexualité dans ce qu’elle peut avoir de sordide. Tout cela, pour décrier un cruel manque de tendresse, en passant par des moments plus sincères où on nous fait sentir ce mal, jusqu’à une finale d’une grande beauté. Bref, un parti pris radical, avec ses forces (pouvoir évocateur, aspect déroutant) et ses faiblesses (redondances, facilités), mais [...]
Ce soir, la compagnie Hotel Modern des Pays-Bas nous a pour ainsi dire transportés au cœur de la Grande Guerre, en nous faisant vivre une expérience sensorielle aussi convaincante qu’inventive. En effet, son spectacle conjuguant, d’une part, la création de scènes à petite échelle et, d’autre part, la projection simultanée du film qui résulte de leur captation en direct par des caméras miniatures, offre une reconstitution remarquable tant par la justesse des impressions suscitées que par l’ingéniosité de l’illustration. Au gré des bombardements et des paysages de désolation modelés dans la boue, le feu, les cadavres, ainsi que des témoignages de soldats livrés en voix off, on a l’impression d’être confronté de l’intérieur à l’horreur de la guerre, alors que les hommes, figurines-figurants, se fondent à un environnement rendu hostile, impitoyable, déshumanisé, pour mourir, pourrir et retourner à la terre. Cela dit, il s’avère également intéressant d’assister à cette démystification ludique de l’art cinématographique, donnant lieu à une performance de même qu'à un résultat filmique (composition des images, éclairages, bruits, etc.) tout ce qu'il y a d'impressionnant.