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	<title>L&#039;ère du médical : santé, maladie, hypochondrie.</title>
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	<description>Réflexions sur le corps, la mort, la santé, le biopouvoir. Et bien d&#039;autres choses reliées de près (ou de loin) à ces thèmes.</description>
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		<title>Rendre impossible le temps du deuil par sa médicalisation ?</title>
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		<pubDate>Wed, 15 May 2013 01:02:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Julien Simard</dc:creator>
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		<description><![CDATA[                                              source Quelques articles ont été publiés dans les derniers jours sur le tout récent et sulfureux DSM-V (Manuel diagnostique [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://voir.ca/julien-simard/files/2013/05/Capture-d’écran-2013-05-14-à-20.39.02.png" ><img class="aligncenter size-full wp-image-98" src="http://voir.ca/julien-simard/files/2013/05/Capture-d’écran-2013-05-14-à-20.39.02.png" alt="" width="463" height="328" /></a>                                              <a target="_blank" href="http://laciutatinvisible.coop/activitats/16-m-presentacio-desde-el-sentimiento-de-la-memoria/" >source</a></p>
<p>Quelques articles ont été publiés dans les derniers jours sur le tout récent et sulfureux DSM-V (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux), bible de la psychatrie et de la psychologie américaine.</p>
<p>Parmi ces textes, on retrouve notamment celui d&#8217;Étienne Boudou-Laforce, dans le <a target="_blank" href="http://www.ledevoir.com/societe/sante/378117/le-dsm-5-ou-le-monde-normalise-par-la-psychiatrie" >Devoir</a> du 14 mai, et celui de Sandrine Cabut dans <a target="_blank" href="http://www.lemonde.fr/sciences/article/2013/05/13/dsm-5-le-manuel-qui-rend-fou_3176452_1650684.html" >le Monde </a>du 13 mai, exposant tous deux des points de vue critiques face à son contenu. Cabut fait d&#8217;ailleurs référence au dernier livre de Jean-Claude St-Onge <em>Tous fous ? L&#8217;influence de l&#8217;industrie pharmaceutique sur la psychiatrie</em>, un titre qui veut tout dire.</p>
<p>Ce nouveau DSM change radicalement la façon dont le deuil est classé, conceptualisé et matérialisé, en lui retirant d&#8217;emblée son caractère &laquo;&nbsp;exceptionnel&nbsp;&raquo; : dans l&#8217;édition précédente, datant de 1994, les symptômes dépressifs étaient considérés comme &laquo;&nbsp;normaux&nbsp;&raquo; jusqu&#8217;à une période de deux mois après la mort d&#8217;un proche. Dans la nouvelle édition, la fourchette temporelle se réduit à deux semaines. Je me fie ici à un récent article de <a target="_blank" href="http://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736%2812%2960248-7/fulltext" ><em>The Lancet</em></a>.</p>
<p>Vous avez bien lu : si, deux semaines après la mort d&#8217;une personne aimée &#8211; ou de quelqu&#8217;un avec qui vous entreteniez une forme ou une autre de relation &#8211; vous faites toujours l&#8217;expérience de tristesse profonde, de sentiments de perte, d&#8217;insomnie, d&#8217;épisodes de larmes, d&#8217;impossibilité à vous concentrer, de manque d&#8217;appétit, vous pourriez être diagnostiqué.e.s comme dépressifs majeurs.</p>
<p>Et, bien sûr, vous serez alors éligible à vous faire prescrire des substances psycho-chimiques. C&#8217;est dire, en gros, que tout le monde sera malade après le passage de la Grande Faucheuse : qui peut se remettre de telles pertes en deux semaines et retourner travailler à pleine capacité ? Cet état de vacillement inclut peut être tous ces autres deuils qu&#8217;on peut faire dans la trame d&#8217;une vie : ceux des amis disparus dont on a le blues, ceux des lieux, ceux des toutes les finalités institutionnelles, les deuils des chats rendus trop vieux et ceux des endroits qu&#8217;on a quitté pour émigrer. C&#8217;est l&#8217;expression somatique du lien et de la perte qui est devenue impossible.  <strong></strong></p>
<p><strong>Le temps de la mort, du deuil et de la ritualité : perspectives psychanalytiques<br />
</strong></p>
<p>L&#8217;APA (American Psychological Association) nous dit donc que faire son deuil en deux semaines est non seulement possible, mais souhaitable : l&#8217;échec entraînerait la stigmatisation (statut de dépressif majeur, puis redressement pharmaceutique). Les conséquences dans les milieux de travail risquent d&#8217;être profondes.</p>
<p>Qu&#8217;arrive-t-il si le deuil ne se fait pas ? Qu&#8217;est-ce qu&#8217;un deuil &laquo;&nbsp;normal&nbsp;&raquo; et qu&#8217;est-ce qu&#8217;un deuil &laquo;&nbsp;pathologique&nbsp;&raquo; dans les sociétés contemporaines  ? Comment baliser la perte d&#8217;un membre de la communauté, de la famille, si réseaux il y a ?</p>
<p>Il se trouve justement que la semaine dernière, un <a target="_blank" href="http://lerars2013.eventbrite.ca/" >congrès international sur la temporalité de la mort</a> s&#8217;est tenu à Montréal, regroupant des sociologues, des anthropologues et des intervenants divers du monde funéraire et palliatif.</p>
<p>Un des aspects qui fut soulevé par beaucoup de conférenciers était cette fameuse question des pulsions de mort, de cette manière de <em>faire avec </em>ce avec quoi <em>on ne peut faire avec</em>, soit la fin de l&#8217;existence, la finitude, et son incommensurabilité. Parce que ce l&#8217;est, incommensurable. La mort apprivoisée, parfois fantasmée par le palliatif, est à craindre : on ne se console pas de la mort des autres, dirait Serge Bouchard.</p>
<p>L&#8217;anthropologue québécoise Luce des Aulniers croit que le rite permet de canaliser une violence et de la domestiquer, en organisant des séquences de gestes et des conduites corporelles. Il est alors question, dans ces performances funéraires,  d&#8217;une certaine éducation et d&#8217;une transmission générationnelle, de groupes en groupes, d&#8217;une passation. Car l&#8217;enjeu du rite est la stabilisation d&#8217;une énergie &laquo;&nbsp;chaude&nbsp;&raquo;, brute, pulsionnelle, à travers les corps, bien sûr.</p>
<p>Mais, pour organiser ce passage entre la vie et la mort, pour incarner sa violence dans notre chair, encore faut-il prendre le temps de préparer le rite, et de le répéter à des fréquences élargies pour qu&#8217;il ait son effet, nous dit-elle encore.</p>
<p>Est-ce le cas ? La montée en flèche de la crémation augmenterait considérablement ce &laquo;&nbsp;droit au four&nbsp;&raquo;, ce passage direct entre la morgue et l&#8217;incinérateur. Et encore faut-il que les cendres aient la chance d&#8217;être accompagnées par une cérémonie funéraire. Le corps, ou ce qu&#8217;il en reste, devrait alors reposer dans sa dernière demeure, dans un pays des morts, comme c&#8217;est partout le cas. Mais qu&#8217;arrive-t-il quand on porte les cendres de notre vieille tante en médaillon, se demandait un directeur de funérailles ? Peut-on faire cette juste séparation entre le monde des morts et celui des vivants ? Et quand l&#8217;urne de cendres est en forme de ballon de foot ?</p>
<p>Parallèlement à cette dé-ritualisation funéraire, la psychologie peut amener une &laquo;&nbsp;transparence destructrice&nbsp;&raquo;, comme dirait la psychanalyste Marie-France Bacqué. S&#8217;il n&#8217;y a pas de rites funéraires, les traumatismes peuvent perdurer dans le temps et se mouvoir dans notre psyché d&#8217;une façon incontrôlée, mais néanmoins observable et contrôlable par les dispositifs psychologiques. N&#8217;empêche, le deuil permet de parler, de verbaliser autour de cette étrange chose qu&#8217;est la mort, d&#8217;en supporter le fardeau en société, en changeant notre statut devant et avec les autres.</p>
<p>Et pour induire le deuil, il faut des espaces sociaux cathartiques, où nous pouvons <em>voir</em> le nouveau mort se transformer en futur ancêtre. Parce qu&#8217;on fait alors une distance avec eux pour aménager une écoute, une relation. <em>Soigner les morts pour guérir les vivants</em>, comme le titre un livre de Magali Molinié.</p>
<p>Pour Pascal Hintermeyer, nous sommes devant un mouvement de rationalisation du temps du mourir, qui s&#8217;inscrit bien sûr dans cette vague croissante de directives anticipées dans les sociétés contemporaines, c&#8217;est-à-dire cette injonction à décider d&#8217;avance de ses retraits thérapeutiques, de ses arrangements funéraires, même en pleine santé. La <em>Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité</em> encourage justement ces pratiques. Mais, alors, on est encore dans cette &laquo;&nbsp;gestion&nbsp;&raquo; personnelle de l&#8217;après-mort, et on ne laisse rien à faire aux survivants, qui eux auront à vivre avec ce manque, cette prise qu&#8217;ils n&#8217;ont pas sur la violence de la perte.</p>
<p>On peut gager sans trop se tromper que cette normalisation du deuil et de la mort est en phase avec tout le reste.</p>
<p><strong>Individu, travail et communauté<br />
</strong></p>
<p>Le problème, encore une fois, nous ramène à la communauté, au lien social. À propos d&#8217;une funéraille Kaingang (Porto Alegre, Brésil) Robert Crépeau (2008 : 71) écrit que « le rituel permet de rendre l’avenir fertile ».</p>
<p>Est-ce à dire que cette présente pathologisation du deuil par le DSM-V, période qu&#8217;on voudra courte, efficace et sans fracas, coupe toute perspective sur le futur, parce qu&#8217;elle n&#8217;est pas ritualisée en communauté, qu&#8217;elle n&#8217;est pas inscrite dans un <em>temps long</em> ? Est-il comme une épée dans l&#8217;eau, ce deuil gestionnaire ?</p>
<p>En tout cas, ce deuil efficace comme une course à l&#8217;épicerie ramène l&#8217;expérience du mourir, de ce qu&#8217;elle contient de violence, à une échelle individuelle, ce qui est impensable et ne peut conduire qu&#8217;à la folie de tous et toutes, au grand plaisir des vautours de la psychoaction.</p>
<p>Chacun dans sa souffrance, seul.e. face à la Faucheuse, pot de pilule à la main, et les actionnaires d&#8217;AstraZeneca qui s&#8217;achètent des tapis persans.</p>
<p>Faire des rites de mort deviendra bientôt un acte radical, pour fonder l&#8217;avenir, ne serait-ce parce que ce temps du rite sera arraché à celui du travail, à l&#8217;infernale marche des choses qui tente de couper toutes perspectives sur des communautés de destins, des mondes où l&#8217;on veillerait nos morts et où on entendrait ce qu&#8217;ils ont à dire, c&#8217;est-à-dire probablement quelque chose comme cela : ne nous oubliez pas !</p>
<p>&#8212;&#8212;</p>
<p>Crépeau Robert, « Le rite comme contexte de la mémoire des origines. À propos des deuxièmes funérailles des Kaingang du Brésil méridional », <em>Archives des sciences sociales des religions, </em>141 (janvier-mars), pp. 57-73, 2008.</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Accompagner les mourant.e.s, entendre leur plainte et collectiviser l&#8217;adversité</title>
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		<pubDate>Fri, 19 Apr 2013 02:03:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Julien Simard</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>&nbsp;</p>
<p><a href="http://voir.ca/julien-simard/files/2013/04/Mappleton-quote-graphics-1.jpg" ><img class="aligncenter size-full wp-image-93" src="http://voir.ca/julien-simard/files/2013/04/Mappleton-quote-graphics-1.jpg" alt="" width="600" height="504" /></a></p>
<p>D&#8217;abord, avant de débuter ce billet, je dois faire un <em>mea culpa</em>. À cause des évènements grotesques qui ne cessent de survenir dans cette terre d&#8217;épinettes et de mouches noires endormies, j&#8217;ai comme oublié le titre de ce blogue et la ligne directrice que je voulais lui donner au départ, qui était celle de la santé, de la maladie et du social. Je compte y revenir dès maintenant; ça suffit, l&#8217;errance.</p>
<p>Cela dit, après trois ans de travaux ethnographiques sur la mort et les soins palliatifs au Québec, je vais débuter dans cette chronique une série de courtes réflexions sur la fin de vie et le fameux état de &laquo;&nbsp;mort digne&nbsp;&raquo; dont on parle tant ces temps-ci. C&#8217;est que Me Véronique Hivon, députée péquiste de Joliette, déposera probablement cet été son <a target="_blank" href="http://www.barreau.qc.ca/pdf/journal/vol45/201302_01.pdf" >projet de loi</a> légalisant une euthanasie partielle. L&#8217;euthanasie serait disponible dans certains cas qu&#8217;on prévoit rares, et ce seulement si la personne mourante, étant passée par un continuum de soins de fin de vie qu&#8217;on espère efficace, a toujours des souffrances ignobles ne pouvant être soulagées. Ce sont là, selon moi, de sages recommandations de la <em><a target="_blank" href="http://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/commissions/csmd-39-1/index.html" >Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité</a>. </em>Mais certains acteurs du palliatif, dont le <em>Collectif des médecins pour le refus de l&#8217;euthanasie</em>, sont de l&#8217;avis qu&#8217;il ne faut tout simplement pas s&#8217;aventurer sur ce terrain. <em><br />
</em></p>
<p>Ce continuum de soins menant dans de rares cas à l&#8217;euthanasie, c&#8217;est le chemin progressif entre les traitements curatifs de l&#8217;oncologie (chimiothérapie, radiothérapie) et les soins palliatifs, dont j&#8217;ai déjà brossé le portrait dans cette <a href="http://voir.ca/julien-simard/2012/10/30/amorce-dune-longue-reflexion-sur-la-bonne-mort-et-les-soins-palliatifs/" >chronique</a>. En soins palliatifs, la fin de vie est certes une rupture, mais aussi un moment « précieux » qu’on peut contrôler et surtout investir à l’aide de technologies  – dans le sens large de « technologie », c’est-à-dire en incluant les produits pharmaceutiques et la psychologie-, pour permettre au patient et à sa famille de faire l’expérience de moments d’exception, d’intensité sentimentale et intersubjective avant le grand départ, sans que le processus soit trop court ni trop long. En soins palliatifs, on « vit » jusqu’au bout, on se fait des adieux parce qu&#8217;on peut, parce que la souffrance bio-psycho-sociale est (idéalement) contrôlée. Le soin palliatif est l&#8217;expertise de la mort paisible.</p>
<p><strong>Problèmes</strong></p>
<p>En outre, il y a néanmoins un problème majeur à cette mise en place du continuum de soins de fin de vie, que la <em>Commission</em> reconnaît par ailleurs : l&#8217;offre de soins palliatifs est bien en-deçà de ce qu&#8217;elle devrait être. Il manque de lits, il manque d&#8217;effectifs, les salaires sont bas, il manque de maisons de soins palliatifs et d&#8217;unités dans les hôpitaux, il manque de soins à domicile. Plus de 85 % des québécois désirent néanmoins mourir chez eux.</p>
<p>Or, on construit sans cesse des méga-hôpitaux, bigrement orientés vers le curatif, vers les traitements, vers l&#8217;oncologie miraculeuse, vers la recherche commercialisable, vers les super-médecins spécialistes, ceux qui guérissent ou échouent, point à la ligne. Cette image est un peu schématique, mais quand même bien réelle.</p>
<p>Les gens des soins palliatifs clament plusieurs choses, mais l&#8217;une d&#8217;elle est que les patients qu&#8217;ils reçoivent sont dans de piètres états, et meurent souvent peu de jours après être atterris au domaine des opiacés, des sciences infirmières et du <em>care.</em> Pourquoi donc ? Apparemment, selon ce qu&#8217;ils m&#8217;en disent, cette logique du combat contre le cancer, cet espoir de la guérison qui est si bien implanté dans notre société (et qu&#8217;on comprend bien, n&#8217;empêche), pousse les médecins, les malades et les familles à proposer et à accepter des traitements agressifs <em>trop loin</em> dans la trajectoire de maladie, souvent même en phase terminale.</p>
<p>Mais loin de moi l&#8217;idée d&#8217;en vouloir à quiconque pour penser ou agir de telle façon. La médecine allonge la vie, la médecine guérit, parfois. En fait, j&#8217;ai l&#8217;impression qu&#8217;il faudrait rendre les médicaments oncologiques, particulièrement onéreux à l&#8217;heure actuelle, beaucoup plus accessibles qu&#8217;ils ne le sont actuellement, alors que nombre d&#8217;entre eux sont toujours refusés à la RAMQ, comme le ministre Bolduc <a target="_blank" href="http://www.newswire.ca/en/story/852831/l-acces-aux-medicaments-en-cancer-au-quebec-quel-est-le-prix-de-la-vie-au-quebec" >l&#8217;a réitéré il y a peu</a>. Et l&#8217;idée d&#8217;un Pharma-Québec est balayée du revers de la main par le trio voldomorien (CAQ-PLQ-PQ).</p>
<p>Mais il est vrai que le continuum de soins de fin de vie est encore nettement débalancé; il ne faut pas oublier que l&#8217;oncologie est un marché en pleine croissance, une manne extrêmement juteuse pour les pharmaceutiques, un nuage qui plane bien au-delà du bon vouloir des oncologues qui ont (heureusement) à coeur de guérir de la population.</p>
<p>Il me semble curieux de se poser aussi intensément la question de l&#8217;euthanasie alors que les médicaments curatifs ne sont pas gratuits, disponibles à tous sans exception et partout, alors que le palliatif est encore rare, surtout à domicile. S&#8217;il faut produire nous-mêmes les médicaments et froisser le coeur sensible des très charitables entreprises biopharmaceutiques, soit. Mais, dommage : la <em>Commission </em>ne s&#8217;avance pas sur ce terrain.</p>
<p><strong>L&#8217;adversité</strong></p>
<p>Le soin palliatif, par contre, ne coûte pas grand-chose, en comparaison. Ne guérit rien, non plus.</p>
<p>Mais il fait appel à la solidarité, au soin, à l&#8217;accompagnement, et surtout, renvoie directement à la façon dont les communautés sont organisées pour gérer l&#8217;adversité.</p>
<p>Or, actuellement au Québec, la plupart des expériences d&#8217;adversité se vivent de famille en famille, avec l&#8217;aide de professionnels, en institution ou (trop rarement) à domicile. Mais à domicile, c&#8217;est bien beau, mais il faut de l&#8217;aide : un lit, des adaptations physiques, des infirmières, des aidant.e.s naturel.l.e.s.</p>
<p>C&#8217;est beaucoup trop dur et ça suffit. Pourquoi c&#8217;est si dur ?</p>
<p>Le problème principal, selon moi, est le <strong>temps</strong>, inexorablement lié au travail.</p>
<p>Une médecin en soins palliatifs m&#8217;a déjà dit : &laquo;&nbsp;tu imagines pas le nombre de personnes qui reçoivent un diagnostic le jour de leur retraite&nbsp;&raquo;. Ils ont l&#8217;impression &laquo;&nbsp;de s&#8217;être fait enlever vingt ans de leur vie&nbsp;&raquo;.</p>
<p>En somme, leur retraite n&#8217;aura pas lieu. Ce pour quoi ils ont trimé dur pendant 30, 40 ans. Comble de la frustration : on travaille trop, on manque de temps et de moyens d&#8217;accompagner nos proches qui meurent, on a pas l&#8217;impression de vivre, et quand on meurt, on est en &amp;&amp;?$%$#, bien entendu.</p>
<p>Pendant que des croques-morts corrompus sablent le champagne sur le dos du CUSM, la lutte pour les allocations aux aidants naturels est encore à mener.</p>
<p><strong>S&#8217;enfoncer dans l&#8217;ombre</strong></p>
<p>Il y a une telle quantité de choses à penser autour du cancer qu&#8217;il faudrait presque mettre sur pied des états généraux.</p>
<p>On pourrait y poser cette question de base, peut-être la plus radicale (et la plus scientifique) : que sait-on sur l&#8217;épidémie actuelle ? Pourquoi les recherches en épidémiologie et en toxicologie sont-elle si rares ? Pourquoi le peu qui existaient sont-elles censurées ou abolies par le fédéral ? Pourquoi pas régler le problème de la pollution OPC ?</p>
<p>Pourquoi le travail ? Pourquoi le capitalisme ?</p>
<p>Pourquoi pas des congés de mortalité ?</p>
<p>On se fait avoir dans tous les sens par ce système méthanier et il serait de temps de donner l&#8217;assurance à ceux qui partent que les choses vont s&#8217;améliorer, qu&#8217;on entendra leurs plaintes et qu&#8217;on collectivisera l&#8217;adversité.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Le corps, ce champ de bataille</title>
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		<pubDate>Sun, 24 Mar 2013 22:36:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Julien Simard</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[crise sociale]]></category>
		<category><![CDATA[grève étudiante]]></category>
		<category><![CDATA[peur]]></category>
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		<description><![CDATA[http://www.somaterapia.com.br/en/soma/a-somaterapia/ Leur arme, c&#8217;est la peur, la por, fear, un poison qu&#8217;ils nous lancent au visage comme autant d&#8217;explosions de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://voir.ca/julien-simard/files/2013/03/somaterapia-40.jpg" ><img class="aligncenter size-large wp-image-90" src="http://voir.ca/julien-simard/files/2013/03/somaterapia-40-614x409.jpg" alt="" width="614" height="409" /></a></p>
<p style="text-align: center"><a target="_blank" href="http://www.somaterapia.com.br/en/soma/a-somaterapia/" title="Somathérapie" >http://www.somaterapia.com.br/en/soma/a-somaterapia/</a></p>
<p>Leur arme, c&#8217;est la peur, la por, fear, un poison qu&#8217;ils nous lancent au visage comme autant d&#8217;explosions de magnésium.</p>
<p>La peur mise en scène, imposée par le corps <em>paddé</em>, la réplique de glaive, l&#8217;attitude de Croisé, les corps en muscles, gymnatisés, les yeux pleins de musc, des nez de buffles excrétant des vapeurs de haine, puis un appareil motorisé fait pour t&#8217;emporter dans un endroit sombre et isolé, à Sparte peut-être.</p>
<p>Tous les sens saturés, nous sommes comme des chats pris sous des cris aigus dans un garde-robe où on rangerait les plus mauvais canins, tympans crevés par des flash grenades.</p>
<p>Le poison, ce sale truc qu&#8217;il faut siroter seul, cette mental slavery de la peur, donne envie de dormir, de se crisser devant tou.tv, de grincer, de grincer des dents et de faire fondre sa peau sous un jet trop chaud pour se rappeler qu&#8217;on existe, et de dormir encore, de trouver d&#8217;autres images pour remplacer les blessures, le sang et les hélicos. Pour ce faire, il n&#8217;y a rien comme <em>Opération Séduction. </em></p>
<p>En 1964, Roberto Freire créait au Brésil la <strong>somathérapie</strong>, un mélange de capoeira et d&#8217;antipsychiatrie, pour mieux lutter contre la dictature militaire, dans un contexte bien étrange où les parents dénonçaient parfois leurs propres enfants qui militaient :</p>
<blockquote><p>Les jeunes qui se battaient contre le régime oppressif sentaient que les thérapies disponibles ne pouvaient adresser les débalancements émotionnels et psychologiques créés par la répression de la société bourgeoise, qui donnait par ailleurs son appui à la dictature et aux politiciens fascistes.</p></blockquote>
<p>Dans la somathérapie, la peur se combat dans et par le corps, et en groupe. Jeux, danses, mouvements, cris, sensualité et désirs. Love and rage. Un anarchisme somatique, une thérapie libertaire par le plaisir, basée sur la croyance que les systèmes répressifs bloquent la circulation bioénergitique, créent des tensions dans tout le corps, empêchent la libre expression de l&#8217;être.</p>
<p>Ce qu&#8217;il faut inverser par des thérapies de groupe, des séances de lecture, de pédagogie, de mouvements.</p>
<p>Un agir dans et par le corps, parce qu&#8217;ils agissent sur et dans nos corps.</p>
<p>Le corps est une arme, dirait Freire.</p>
<p>&#8212;</p>
<p>Pour clore, une petite diversion dans le rap catalan (et la fin de la peur)</p>
<p><a target="_blank" href="http://www.youtube.com/watch?v=jOBJ5TyWwCc" >Art Versaris feat. Invicible- No Fear</a></p>
<p>we got no fear-<br />
it&#8217;s not when fear is absent<br />
it&#8217;s when you absolutely passionate bout the life that&#8217;s past it<br />
battle trance shit (Invicible)</p>
]]></content:encoded>
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	</item>
		<item>
		<title>&#171;&#160;Pourquoi tant de gens si fâchés&#160;&#187; ? Réponse à Marie-Claude Lortie (écrit avec Pascale Brunet)</title>
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		<pubDate>Mon, 11 Mar 2013 16:07:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Julien Simard</dc:creator>
				<category><![CDATA[Divers]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[grève]]></category>
		<category><![CDATA[Marie-Claude Lortie]]></category>
		<category><![CDATA[mouvements sociaux]]></category>
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		<description><![CDATA[Il semblerait que certain.e.s chroniqueur.e.s du quotidien soient mystifié.e.s par les relents récents du printemps érable, dont la sève coule [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Il semblerait que certain.e.s chroniqueur.e.s du quotidien soient mystifié.e.s par les relents récents du printemps érable, dont la sève coule à nouveau dans les rues de la ville. Commentateurs, politicailleux et autres journalistes de médias de masses s’étonnent de la déception et de la colère qui s’expriment suite au Sommet de l’Éducation Supérieure.</p>
<p>Dans<a target="_blank" href="http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/marie-claude-lortie/201303/06/01-4628511-la-colere-nest-plus-ce-quelle-etait.php" > un article du 7 mars</a> publié suite à la manifestation nocturne du 5 mars dernier, Marie-Claude Lortie avance l’idée que les manifestant.e.s qui sillonnent les rues de Montréal avec leurs carrés rouges et leur soif de justice sociale ne sont plus les même que celles et ceux du printemps dernier. Que cette fois, la révolte transpire une rage puérile contre tout et rien.</p>
<p>Cet article nous a donné l’irrésistible envie de transformer le journal (ou le blogue virtuel) en milliers de confettis. Oui, ce sont nous les “<em> jeunes hommes et femmes qui hurlent, vocifèrent contre les policiers, quand ils ne leur lancent pas des objets, frappent des clôtures ou crient à pleins poumons une rage dont on se doute qu&#8217;aucune gratuité scolaire ne saurait apaiser.</em>”</p>
<p>Parce qu’effectivement, ce n’est pas la gratuité scolaire qui ramènera la paix sociale.</p>
<p>Comment peut-on parler de “paix sociale” dans une société qui s’acharne jour après jour à couper dans notre (mince) filet de sécurité pour mieux faire rouler l’économie? Une société où l’on préfère investir dans les sables bitumineux plutôt que dans les énergies renouvelables, dans la Défense nationale plutôt que dans la sécurité sociale et dans la colonisation du Nord plutôt que dans l’éducation ?</p>
<p>Dans les derniers mois, de nombreux scandales et décisions politiques, tant au niveau fédéral, provincial que municipal, nous ont rappelé que le bien commun, la justice sociale, l&#8217;environnement et le bien-être de nos communautés ne sont pas au coeur des préoccupations de « nos » élu.e.s. Outre l’indexation des frais de scolarité, les coupures dans l’<a target="_blank" href="https://www.facebook.com/saccage.assurance.chomage" >assurance chômage</a> et dans l’<a target="_blank" href="https://www.facebook.com/events/159980297491489/" >aide sociale</a>, <a target="_blank" href="http://www.agirmontreal.org/?p=1135" >c-31</a>, la Commission Charbonneau, c-45 et compagnie nous l’ont montré. Bref dans ce contexte d’austérité et de conservatisme rampant, ce ne sont pas les raisons qui manquent de s’indigner et sortir dans les rues. C&#8217;est évident, à notre sens, mais il paraît qu&#8217;il faut le redire.<br />
<strong><br />
Psychologiser la <em>Rage against the machine</em>.</strong></p>
<p>Selon Lortie, les manifestant.e.s sont désormais porté.e.s par une colère informe et mal canalisée qui fait exploser feux d’artifices et vitrines au coeur de Montréal. Et que tout cela est fort fâcheux pour les commerçants des chics restos du centre-ville, pour les flux du commerce et de la circulation.</p>
<p>Puis, dans un appel au calme, elle écrit:</p>
<p><em>Sociologues, historiens, anthropologues, travailleurs sociaux, à vos postes. On dit quoi à des jeunes si enragés contre tout et rien, contre le capitalisme, le chômage, la richesse des autres, leurs voisins, leur proprio, leurs parents, l&#8217;injustice dans le monde, la maladie, les aberrations de notre société moderne? Des gens qui ont beaucoup à dire. Et qu&#8217;il faut écouter. Mais dont l&#8217;exaspération n&#8217;a rien de clair.</em></p>
<p>Comme si les professionnels des sciences sociales étaient en mesure de nous expliquer ces <em>déviances critiques </em>et de proposer des manières de les corriger afin de rétablir l’homéostasie dans un ordre social perturbé.<em> </em>Or, il faudrait dire à Mme. Lortie qu’un nombre important de sociologues, historien.ne.s, anthropologues, travailleuses et travailleurs sociaux sont bien ancrés dans les mouvements de contestation sociale et se reconnaissent dans cette colère. Non seulement cela, mais ils basent aussi leur métier là-dessus, dans des discours théoriques et pratiques critiques.</p>
<p><em>“Plutôt que des policiers, ce sont peut-être des psychologues qu&#8217;il faudrait envoyer pour les écouter. Pourquoi tant de gens si fâchés?”</em></p>
<p>Si nous sommes bien d’accord que ce ne sont pas les policiers et leurs rustres manières de brutes qui pourront chasser la rage (en fait pour plusieurs d’entre nous, la répression et la brutalité policière enflamment justement la fameuse exaspération opaque identifiée par Lortie)<em>;</em> nous savons très bien que ce ne sont pas des thérapies individuelles, psychologisantes ou médicamenteuses, qui pourront prétendre répondre à notre désespoir, nos angoisses et notre colère face à la situation socio.politique et environnementale actuelle. Le désir de changement social qui se déverse encore une fois en 2013 ne pourra pas être contenu dans un cabinet de psychologue ni engourdi par des antidépresseurs, même si on a parfois besoin de ces dispositifs.</p>
<p>Nos problèmes sont collectifs, les solutions le seront tout autant.</p>
<p>Mais il ne faudrait pas croire qu’on a une dent contre la thérapeutique, bien au contraire. Seulement, on questionne l’individualisation des maux et de leurs traitements, la pharmaceuticalisation des marges, la médicalisation qui rapatrie l’électron libre dans la norme, la <em>Karma Police</em>.</p>
<p>Pour plusieurs personnes, le printemps érable aura plutôt permis que nos désirs de justice sociale prennent racine dans nos vies. Pas surprenant que, dans les manifestations, nos voix s’entremêlent, que nous alternions les slogans anti-capitalistes, pro-gratuité scolaire, féministes et queer, anti-coloniaux, etc…</p>
<p>C’est une complexité rhizomatique plutôt qu’une flaque informe.</p>
<p><strong>Ce bon vieux prêchi-prêcha sur les jeunes</strong></p>
<p>On retrouve un fond de paternalisme entre les lignes de l’article de Lortie, celui-là qui aveugle tant de chroniqueurs et d’ « experts » depuis belle lurette. Lortie tombe de plain-pied dans cette métaphore grossière héritée du XIXe siècle, où l’État (le papa), avec l’aide du Marché (la maman), est comme une grande famille :</p>
<p><em>Il n&#8217;est pas particulièrement inédit de voir des jeunes exprimer violemment leur désarroi. À travers les sociétés, les continents, les âges, on en a vu et revu. La transition de l&#8217;enfance à cet âge adulte où l&#8217;on se voit intégré, inclus, voire rangé, produit ce genre de tensions qui, selon le contexte historique ou politique, provoqueront ou non des mouvements sociaux aux éclats variés.</em></p>
<p>La classe dirigeante et les commentateurs politiques aiment bien percevoir les mouvements de contestation sociale comme étant le fait d’adolescents en crise qui « tirent la couverte de leur bord » et qui « veulent une plus grosse part du gâteau ». Dans les faits, les mouvements sociaux inventent plutôt de nouvelles recettes pour que plus de gens puissent manger du gâteau, et pour tisser le filet social qui nous empêche de glisser dans les écueils de la vulnérabilité.</p>
<p>Les mouvements contre l’austérité, comme la plupart des mouvements sociaux « aux éclats variés » ne se réduisent pas à des mouvements de jeunes. Ils sont intergénérationnels, et c’est là précisément un objectif de notre colère : recoller le social et le tricoter serré.</p>
<p><strong>La colère n’est plus ce qu’elle était</strong></p>
<p>Effectivement, Mme. Lortie, la colère a changé.</p>
<p>Elle est multiforme, profonde, radicale, tranchante, magnifique. Plus que jamais, elle ne se met pas en boîte.</p>
<p>D’abord, de nombreuses personnes se sont rendues compte des faillites incommensurables du système électoral, des langues de bois de politiciens, des mensonges et de la corruption, et que ceci forme le cœur de la machine étatique. Ce n’est pas un épiphénomène, mais bien le mode de gestion même en vigueur dans le capitalisme. Le mal-être individuel est indissociable des problèmes structurels.</p>
<p>Comme l’écrivait le journaliste du <em>Devoir</em><a target="_blank" href="http://www.ledevoir.com/economie/emploi/320238/le-mal-de-vivre-du-aux-maux-du-travail" ><em> </em>Eric Desrosiers</a> en parlant de l’excellent sociologue français Vincent de Gaujelac, spécialiste du monde du travail et de ses maux (c.f. <em>Le travail, raisons de la colère</em>. Paris, Seuil, 2011),</p>
<p><em>La détresse grandissante des travailleurs nous dit comment les modèles de gestion en vogue, les valeurs néolibérales et la financiarisation de l&#8217;économie sont en voie de transformer le travail en torture.</em></p>
<p>Puis, au cas où vous ne le saviez pas, Mme. Lortie, nous vous rappelons que nous sommes ingouvernables, tel que le titre un nouveau livre paru chez<a target="_blank" href="http://www.luxediteur.com/content/nous-sommes-ingouvernables" > Lux éditeur ces jours-ci</a>.</p>
<p><strong>Conclusion</strong></p>
<p>Dans un autre article récent, Mme. Lortie vante les<a target="_blank" href="http://blogues.lapresse.ca/lortie/2013/03/06/des-tapas-de-barcelone-a-montreal/" > tapas</a> de Barcelone. Nous, on vante les comités de quartiers de cette ville, la <em>Federació d’Associacions de Veïns i Veïnes de Barcelona</em>, les luttes intergénérationnelles pour le droit au logement, à la ville, à la santé, la CNT, les syndicats autogérés, la <em>Cooperativa Integral Catalana</em>, la <em>Plataforma de Afectados por la Hipoteca</em>, qui se bat avec les gens évincés par les agences de crédit, les comités de chômeurs, les graffitis, les actions de musique flamenca dans les banques, les tas de vidanges déposés par les gens devant les institutions corrompues en signe de mécontentement.</p>
<p>Oui, les gens sont fâchés. Ce n’est pas nouveau et ce n’est pas qu’ici.</p>
<p>Et non, ce n’est pas le syndrôme jeunes-ados-en-crise-qui-se-rangeront-bien-assez-vite-dans-le-droit-chemin-du-silence qui forme la trame des mouvements sociaux.</p>
<p><em>Cet article a été construit grâce à l&#8217;aide du Collectif du jeu de cartes, une petite quantité de gens réunis autour d&#8217;une table et d&#8217;un étrange jeu de cartes. </em></p>
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	</item>
		<item>
		<title>L&#8217;Institut du cancer de Montréal et Enbridge : le fantasme philantropique (écrit avec Pascale Brunet).</title>
		<link>http://voir.ca/julien-simard/2013/02/12/avec-pascale-brunet-entre-linstitut-du-cancer-de-montreal-et-enbridge-une-fluidite-de-relations/</link>
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		<pubDate>Wed, 13 Feb 2013 01:33:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Julien Simard</dc:creator>
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		<category><![CDATA[mine Jeffrey]]></category>
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		<description><![CDATA[concertcontrelecancer.com Écrit avec Pascale Brunet, organisatrice communautaire et tricoteuse sociale. Ces mots sont écrits dans un deuil constant et trop [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center"><a href="http://voir.ca/julien-simard/files/2013/02/Capture-d’écran-2013-02-10-à-21.29.05.png" ><img class="aligncenter size-large wp-image-83" src="http://voir.ca/julien-simard/files/2013/02/Capture-d’écran-2013-02-10-à-21.29.05-614x281.png" alt="" width="455" height="208" /></a>concertcontrelecancer.com</p>
<p><strong>Écrit avec Pascale Brunet, organisatrice communautaire et tricoteuse sociale. Ces mots sont écrits dans un deuil constant et trop souvent renouvelé.<br />
</strong></p>
<p>Le 15 février de l&#8217;an de grâce 2013, un <em>Concert contre le cancer </em>aura lieu à la Maison symphonique, la nouvelle salle de l&#8217;OSM sise au coeur du Quartier des spectacles de la ville de Montréal. Au menu, Dvorák, Mascagni, Villa-Lobos, Puccini et Rossini, de même que Marie-Josée Lord en voix. Enbridge, la compagnie pétrolière albertaine qui construira vraisemblablement le pipeline reliant les sables bitumineux aux raffineries de Montréal-Est, en est le principal commanditaire.</p>
<p>Enbridge commandite le Concert pour le cancer.</p>
<p>Pour ceux et celles qui hésitaient et pensaient peut-être y aller, revoici la liste des prix des billets (tiré du site internet de l&#8217;<a target="_blank" href="http://www.concertcontrelecancer.com" >Institut du cancer de Montréal</a>) :</p>
<p style="text-align: left"><em>L’Institut du cancer de Montréal a réservé d’excellents sièges pour les personnes qui désirent acheter billets (sic) assortis d’un don à l’Institut de cancer de Montréal.</em></p>
<ul>
<li><em>Billets à 100$ et à 250$ donnant droit à reçu pour fins d’impôts pour la portion admissible (respectivement 25$ à 175$)</em></li>
<li><em>Billets à 500$ donnant accès au cocktail Bulles et Desserts suivant le concert (reçu pour fins d’impôt de 350$).</em></li>
<li><em>Billets VIP à 2 500$ donnant accès au cocktail dinatoire VIP et au cocktail Bulles et Desserts. </em></li>
</ul>
<p>Cette (modeste) soirée annuelle servira à amasser des fonds pour un programme nommé <em>Rapatriement de cerveaux</em>. Depuis 2007<em>, </em>selon le même site Internet, « le Concert contre le Cancer a permis d&#8217;amasser un montant net de 3 340 000 $ ».</p>
<p><strong>L&#8217;articulation université-entreprises</strong></p>
<p>Le programme <em>Rapatriement de cerveaux </em>est ici explicité dans une clarté inégalable :</p>
<blockquote><p>Le but de ce programme est de générer les ressources financières nécessaires pour permettre à l&#8217;axe cancer de concurrencer les grands centres et de rapatrier à Montréal des chercheurs de haut niveau. Pour être le moindrement compétitif, il a été décidé qu&#8217;il fallait offrir aux chercheurs talentueux qui ont complété leur stage de post-doctorat un fonds de démarrage minimum de 50 000 $ annuellement pendant cinq ans, et que c&#8217;était là une condition essentielle au recrutement des meilleurs.</p></blockquote>
<p>Il semble que la compétition, inhérente à la mise en marché des savoirs universitaires, est ici mise à nue :</p>
<blockquote><p>Il a été établi que ces fonds d&#8217;établissement constituent non seulement le meilleur attrait pour les candidats, mais aussi un levier et un investissement exceptionnels. En effet, les statistiques démontrent que chaque dollar investi en fonds d&#8217;établissement est multiplié par six en fonds de subventions compétitives que les chercheurs peuvent obtenir quelques années après leur établissement.</p></blockquote>
<p><span style="color: #222222;font-family: arial,sans-serif">Loin de nous l&#8217;idée de vouloir remettre en question le travail acharné les chercheur.e.s qui tentent de trouver des remèdes aux divers cancers qui fauchent nos familles, nos ami.e.s, nos connaissances, nos amours et peut-être nous mêmes.  </span></p>
<p><span style="color: #222222;font-family: arial,sans-serif">Mais comme l&#8217;a si bien démontré Léa Pool dans son documentaire </span><em><a href="http://www.nfb.ca/film/pink_ribbons_inc"  target="_blank">L&#8217;Industrie du ruban rose</a></em><span style="color: #222222;font-family: arial,sans-serif">, il faudrait tout de même se questionner à savoir à qui bénéficient réellement ces recherches qui s&#8217;interrogent rarement sur les causes toxicologiques et épidémiologiques de l&#8217;épidémie actuelle de cancer. Curieux, n&#8217;est-ce pas ? </span></p>
<p><span style="color: #222222;font-family: arial,sans-serif">Qui sont les grands gagnants de cette situation mortelle ? Les compagnies pharmaceutiques qui cherchent à mettre en marché de nouveaux médicaments qui génèreront des millions de dollars de profits tout en finançant une partie de leur recherches à même les fonds publics des universités ? Les compagnies privées qui participent activement à la détérioration des écosystèmes et à la toxicité de l&#8217;environnement, mais qui nettoient leur image publique en s&#8217;associant à la noble cause de la recherche contre le cancer ? </span></p>
<p>En tous les cas, les gagnants ne sont certainement pas les communautés qui ont été affectées par les désastres environnementaux causés par les fuites des oléoducs, ni les collectivités qui se battent contre les ravages écosytémiques causés par les sables bitumineux. Et ce ne sont probablement pas non plus les chercheur.e.s dont le bras est pris dans l&#8217;engrenage des partenariats publics/privés, tissés entre leur université.port.d&#8217;attache et des compagnies privées à l&#8217;<a href="http://youtu.be/hpAMbpQ8J7g"  target="_blank">âme charitable</a>.</p>
<p>À titre informatif, voici quelques-uns des partenaires.philantropes de cette soirée et de ce programme d&#8217;accès aux chercheurs d&#8217;élite : La Presse, la RBC Banque Royale, l’Industrielle Alliance. Dans d’autres catégories: Bell, Deloitte, Alstom, Fasken Martineau DuMoulin, Siemens, Gravol, Transcontinental, AECOM, le Cirque du Soleil, Gaz Métro, Pomerleau, Pricewaterhouse Coopers, Rio Tinto Alcan, Axor Experts Conseil, Les Affaires, le Devoir.</p>
<p><span style="color: #222222;font-family: arial,sans-serif"><strong>Grotesque farce </strong><br />
</span></p>
<p><span>Enbrigde, en s&#8217;associant à l&#8217;Institut du Cancer de Montréal, se paye ainsi une subtile mais efficace campagne de relations publiques: la compagnie peut ainsi continuer à ravager l&#8217;environnement, mais assainit son image médiatique en finançant la recherche sur le cancer. Selon le site <a target="_blank" href="http://www.watershedsentinel.ca/content/enbridge-spills" >Watershed Sentinel</a>, Enbridge serait responsable de fuites de plus de 133 000 barils de pétrole depuis 2000 un peu partout en Amérique du Nord, soit la moitié du déversement de l&#8217;Exxon-Valdez (pour donner une petite idée).</span></p>
<p><span>Les pollueurs polluent, les pharmaceutiques guérissent, les consommateurs consomment, les patients patientent, les riches s&#8217;enrichissent et ainsi de suite.<br />
</span></p>
<p>Alain Brunel, sociologue des organisations, consultant en hygiène, sécurité et conditions de travail pour le cabinet Technologia de Paris écrivait dans <a target="_blank" href="http://www.ledevoir.com/non-classe/80830/l-epidemie-de-cancers-le-symptome-d-une-societe-non-durable" >le Devoir </a>du 3 mai 2005 que :</p>
<blockquote><p>Le nombre de nouveaux cas de cancers augmente deux fois plus vite que la population au Canada: désormais, 44 % des Canadiens et 38 % des Canadiennes en seront affectés au cours de leur vie. La Société canadienne du cancer a récemment souligné l&#8217;urgence de mettre en oeuvre des politiques de prévention pour éviter une crise sanitaire dans le traitement de cette maladie. Mais ses recommandations ne portent que sur l&#8217;adoption de comportements individuels «sains » (activité physique régulière, meilleure alimentation et vie sans tabac), comme si aucun facteur externe n&#8217;avait d&#8217;influence sur la santé des gens.</p></blockquote>
<p>La farce a assez duré. La lutte contre le cancer ne se gagnera pas à coup de marches et de campagnes de financement. Cet enjeu nécessite une volonté politique des pouvoirs publics de se pencher sérieusement sur les causes de l&#8217;épidémie, ce qui inclut entre autres les recherches sur la toxicité et la pollution.</p>
<p>Or, le PQ vient de couper <a target="_blank" href="http://www.ledevoir.com/politique/quebec/369806/les-coupes-en-recherche-auront-des-impacts-a-long-terme-reconnait-le-ministre-hebert" >10 millions</a> dans les recherches en santé. Du côté des conservateurs, des compressions budgétaires importantes dans la recherche ont récement été effectuées dans tous les domaines du savoir, entre autres aux Instituts scientifiques du ministère fédéral des pêches et océans (MPO). Un ancien chercheur des MPO, le chimiste Jean Piuze déplorait le <a target="_blank" href="http://www.lapresse.ca/le-soleil/opinions/points-de-vue/201206/13/01-4534525-la-recherche-federale-sur-la-pollution-decimee-par-le-gouvernement-harper.php" >15 juin 2012 dans le Soleil</a> l&#8217;effritement des recherches sur la pollution :</p>
<blockquote><p>La prétention des Conservateurs est donc à l&#8217;effet que la recherche et le suivi effectués à l&#8217;heure actuelle par les scientifiques du fédéral dans leurs divers programmes sur les contaminants ne sont plus requis à l&#8217;interne et pourront dorénavant être effectués sans problème par les universités et le secteur privé. Avec 10 fois moins d&#8217;argent?</p></blockquote>
<p>Et où va l&#8217;argent disparu ? Vous vous souvenez des libéraux qui ont accordé fin juin 2012 un prêt de 58 millions à la mine Jeffrey alors qu&#8217;on sait très bien que l&#8217;amiante est directement responsable d&#8217;une quantité phénoménale de cancers du poumon ?</p>
<p>Combien de temps allons-nous continuer de mourir comme si le cancer était une fatalité due à une malchance individuelle ?</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Cancer et capitalisme. La solution au premier se trouve dans la fin du second.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Les impostures hospitalières</title>
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		<pubDate>Thu, 07 Feb 2013 22:02:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Julien Simard</dc:creator>
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		<category><![CDATA[CUSM]]></category>
		<category><![CDATA[DSP]]></category>
		<category><![CDATA[hôpitaux]]></category>
		<category><![CDATA[madrid]]></category>
		<category><![CDATA[Marea Blanca]]></category>
		<category><![CDATA[Sanidad Publica]]></category>

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		<description><![CDATA[                                                                                          [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center"><a href="http://voir.ca/julien-simard/files/2013/02/1353922836_836124_1353961876_album_normal.jpg" ><img class="aligncenter size-medium wp-image-79" src="http://voir.ca/julien-simard/files/2013/02/1353922836_836124_1353961876_album_normal-428x231.jpg" alt="" width="581" height="311" /></a>                                                                                                                   <em> elpais.com</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Selon le site espagnol ContraInfos, la valeur d’un tank <a target="_blank" href="http://www.youtube.com/watch?v=I_xzBxak5uY" ><em>Leopard</em></a><em> 2E </em>est suffisante pour construire trois hôpitaux. L’armée canadienne en possède quelques-uns, mais je ne sais pas combien. L’armée espagnole aussi, plus de 200, qu’il faut huiler, nettoyer, caresser et nourrir régulièrement en obus de 120 mm. Ces félins de cuirasse aiment bien le sang et le sable.</p>
<p>Pendant ce temps les jours passent et les Léopards 2E mangent à leur faim et sont soignés aux petits oignons, ronronnant gracieusement, parce qu’ils sont si heureux ! C’est la guerre !</p>
<p>Dans la foulée des coupures résultant de la folie d’austérité qui s’est emparée de l’élite économique et politique européenne et mondiale – ou est-ce leur normalité détraquée et hallucinée &#8211; le gouvernement municipal de la communauté de Madrid a décidé fin octobre 2012 de privatiser d’importants pans de la <em>Sanidad P</em><em>ública</em>. 6 nouveaux hôpitaux, construits en 2008, seront gracieusement donnés au privé par le gouvernement local d’Ignacio González, qui espère sauver 200 millions de dollars en agissant de la sorte. À cela doit s’ajouter la privatisation de plus de 27 centres de santé de plus petite taille. En plus de ces institutions, la privatisation s’étendrait aux services non-sanitaires requis par l&#8217;exercice du soin : cuisine, buanderies, entretien, etc&#8230; La justification habituelle : pour éviter des hausses de taxes et ainsi augmenter injustement votre fardeau fiscal, bonnes gences, nous privatiserons, c’est plus propre, plus efficace et ça respire l’ordre.</p>
<p>Le 27 décembre 2012, l’Assemblée de Madrid entérinait le projet de loi.</p>
<p>À Madrid, la <em>Sanidad</em> elle-même fait pression sur les malades pour qu’ils passent au privé. Certain.e.s patient.e.s en attente d’opérations sérieuses comme des ablations du tumeurs cancéreuses reçoivent des messages téléphoniques leur indiquant que les délais d’attente dans telle ou telle clinique sont raccourcis, pour une période limitée, et que les délais dans le public sont interminables. Or, ces données sont souvent fausses, mais il est déjà trop tard : le patient, craignant la mort à l’orée d’une attente infinie dans les couloirs kafkaïens d’un système de santé vétuste, est maintenant devenu client.</p>
<p>150 médecins ont immédiatement démissionné pour protester. Il n’y a pas qu’eux qui se sont insurgés : le 13 janvier 2013, une <em>marée blanche</em> a défilé sur Madrid. Ce n’était pas la première depuis l’automne et ce ne sera pas la dernière. La grève des médecins de <em>l’Asociaci</em><em>ó</em><em>n de Facultivos Especialistas</em> a duré plusieurs semaines, pendant et autour du mois de décembre et fin novembre, les syndicats estimaient à 80% leur taux de support dans la population. La fin de leur mobilisation, autout du Nouvel An, visait à fournir l’impulsion à la montée d’un puissant mouvement national. Chose faite, puisque le 17 février, une <em>marea blanca</em> prendra place dans toute l’Espagne. En fait, depuis, ça pleut de blanc au pays d&#8217;Almod<em>ó</em>var. Il y a des manifestations chaque jour dans toute l’Espagne en défense de la santé publique, gratuite et universelle. <em>La sanidad no se viende, se defiende ! </em>Le peuple fait tomber des draps blancs aux fenêtres en support à la lutte.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Revenons à nos CHUM et CUSM</strong></p>
<p>Plus près de nous, pour faire une petite parenthèse, un récent article de <em>La Presse</em> affirme que le CHUM (dont le plâtre n’a pas encore séché) aurait déjà dépensé plus de deux millions de dollars en trop en ayant en recours à des services de sous-traitance privés :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left"><em>Entre-temps, les chiffres obtenus par La Presse laissent croire que, comme l&#8217;avait suggéré le Vérificateur général du Québec en 2009, la formule public-privé envisagée n&#8217;est pas forcément la solution la moins coûteuse. Le syndicat en est pour sa part persuadé, tout comme la Fédération de la santé et des services sociaux, qui mène une campagne contre la privatisation des hôpitaux montréalais. «Les employés du consortium ne demanderont pas des salaires inférieurs à ceux qui viennent actuellement du privé, prévient Pierre Daoust. Ils sont payés selon les prix courants. Si l&#8217;entretien coûte plus cher en ce moment avec les sous-traitants, ce sera la même chose avec le PPP<a title="" href="#_ftn1">[1]</a>.</em></p>
</blockquote>
<p>Alors pourquoi, ici comme ailleurs, s’évertuent-ils à nous faire croire à leurs balivernes sur l’efficacité du privé, surtout en santé ? Il faudrait qu’ils lisent Vadeboncoeur et son <em>Privé de soins. Contre la régression tranquille en sant</em>é, récemment publié chez Lux.</p>
<p>Pour Damien Contandriopoulos, chercheur à l’Institut de recherche en santé publique de l’Université de Montréal (IRSPUM), que j’ai interviewé un bon matin d’automne, tous les rapports généraux sur le système de santé disent la même chose, qu’ils se nomment <em>Castonguay</em> ou <em>Clair</em> : pour réduire les coûts, il faut sortir certaines activités des hôpitaux, les amener en première ligne et garder les gens chez eux en soins à domicile. À titre informatif, on dit en santé que la première ligne comprend les soins de santé courants qui s’appuient sur une infrastructure légère comme les traitements des blessures, certaines problématiques de santé mentale, les soins de maternité, la santé sexuelle etc…Plus on augmente dans les paliers (seconde, troisième, quatrième ligne), plus les soins seront spécialisés. Ainsi, la seconde ligne s’adresse aux personnes qui doivent s’en remettre à une infrastructure adaptée et une technologie plus lourde, en comprenant les urgences (Direction de la Santé Publique, 2013). La troisième, ce sont les opérations spécialisées et ainsi de suite.</p>
<p>La première ligne, c&#8217;est le contact communautaire, le lien organique entre les infrastructures de santé et la population, avec le quotidien, avec la prévention, avec la réappropriation des soins de base, dans la densité du tissu urbain. Le chercheur en santé publique réitère l&#8217;importance d&#8217;une prise en charge multidisciplinaire des patient.e.s, où les omnipraticiens seraient intégrés aux équipes de première ligne, et pourraient même même gérer la deuxième ligne. Pour Contandriopoulos, il faudrait par ailleurs réduire le nombre de spécialistes et augmenter le nombre d&#8217;omnipraticiens. L&#8217;association des premiers met de sérieux freins à tout changement structurel du système de santé qui n’aille pas dans le sens d’une privatisation accrue. C&#8217;est un secret de polichinelle : les spécialistes font pas mal de fric, surtout les radiologues.</p>
<p>Au sens de D., il faut surtout se poser la question de la <em>pertinence</em> de la dispensation des soins. L’offre crée la demande dans des proportions significatives. Or, la demande et les besoins sont deux choses différentes. A-t-on besoin de dépenser autant pour les produits pharmaceutiques ? Pour la recherche et le développement de machines sophistiquées utilisées en quatrième ligne dans des cas uniques ? Ce sont là de lourdes questions. À titre d&#8217;exemple, l’oncologie pourrait devenir – est déjà – un lucratif marché pour les fabricants de Propofol, de Décadron et autres. Cancer et capitalisme.</p>
<p>Cette double vitesse dans notre système est latente, même si on la voit déjà se poindre le bout du nez; les institutions n’attendent qu’un feu vert, comme celui donné par González à Madrid, pour jubiler dans les deniers.</p>
<p>C&#8217;est probablement ce qui pousse ces gens à construire ces éléphants blancs que nous connaissons, que sont le CHUM et le CUSM, au lieu de restructurer le réseau en donnant plus de place à la santé de première ligne, communautaire, locale et décentralisée. Tout cet argent corrompu qui nous file entre les doigts. Toutes ces cliniques de quartiers que nous n&#8217;aurons pas car il faudra se rendre au centre-d&#8217;achat de la biomédecine, surplombant Viger, une zone de Montréal reconnue pour son caractère ressourçant, provoquant immédiatement chez la personne malade un processus de guérison grâce à sa beauté et ses airs purs. Tous ces services de CLSC qui ne seront pas bonifiés.</p>
<p><strong>Les douces effluves de l’autogestion</strong></p>
<p>En guise de conclusion, pour donner des petites idées à la <em>Fédération de la santé et des services sociaux</em> dans leurs luttes contre les privatisations, voici un petit extrait de la déclaration de l’Assemblée générale des employé.e.s de l’Hôpital Général de Kilkis, en Grèce, qui ont décidé en février 2012 d’autogérer leur institution :</p>
<blockquote><p><em>Nous travailleurs de l&#8217;Hôpital général de Kilkis, nous répondons à ce totalitarisme par la démocratie. Nous occupons l&#8217;hôpital public et le mettons sous notre contrôle direct et total. Dorénavant l’Hôpital général de Kilkis aura un gouvernement autonome et la seule autorité légitime pour prendre les décisions administratives sera l&#8217;Assemblée générale des travailleurs</em></p>
<p><em>Le gouvernement n&#8217;est pas dégagé de ses obligations financières en ce qui concerne la dotation et l’approvisionnement de l&#8217;hôpital, mais s’il continue à ignorer ces obligations, nous devrons informer le public à ce sujet et nous nous tournerons vers l&#8217;administration locale et, surtout, vers la société tout entière pour qu’elles nous soutiennent de toutes les manières possibles en vue de: (a) la survie de notre hôpital, (b) un soutien général au  droit aux soins de santé publics et gratuits, (c) le renversement, par une lutte populaire commune, du gouvernement actuel et la cessation de tout autre politique néolibérale, quelle que soit sa source et (d) une démocratisation profonde et substantielle, à savoir que ce soit la société, et non des tiers, qui soit responsable des décisions sur son avenir.</em></p></blockquote>
<div>Quelqu&#8217;un.e. sait ce qui se passe à Kilkis un an après ? Pas moyen de trouver de nouvelles là-dessus&#8230;</div>
<div>
<hr align="left" size="1" width="33%" />
<div>
<p><a target="_blank" href="#_ftnref1">[1]</a> <a href="http://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/sante/201302/05/01-4618762-services-dentretien-le-prive-coute-des-millions-au-chum.php?fb_action_ids=549946631697075&amp;fb_action_types=og.recommends&amp;fb_source=other_multiline&amp;action_object_map=%7b%225499466316970" title="" >http://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/sante/201302/05/01-4618762-services-dentretien-le-prive-coute-des-millions-au-chum.php?fb_action_ids=549946631697075&amp;fb_action_types=og.recommends&amp;fb_source=other_multiline&amp;action_object_map={%22549946631697075%22%3A568431066501362}&amp;action_type_map={%22549946631697075%22%3A%22og.recom</a></p>
<p><a target="_blank" href="http://politica.elpais.com/politica/2012/10/31/actualidad/1351719000_419536.html" >http://politica.elpais.com/politica/2012/10/31/actualidad/1351719000_419536.html</a></p>
<p><a target="_blank" href="http://mareablancasalud.blogspot.ca/" >http://mareablancasalud.blogspot.ca/</a></p>
<p><a target="_blank" href="http://www.publico.es/espana/446430/los-sindicatos-cifran-en-un-80-el-seguimiento-de-la-huelga-sanitaria" >http://www.publico.es/espana/446430/los-sindicatos-cifran-en-un-80-el-seguimiento-de-la-huelga-sanitaria</a></p>
<p><a target="_blank" href="http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=6794" >http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=6794</a></p>
<p><a target="_blank" href="http://www.dsp.santemontreal.qc.ca/dossiers_thematiques/services_preventifs/thematique/sante_des_populations_et_services_de_sante/strategies/definitions.html" >http://www.dsp.santemontreal.qc.ca/dossiers_thematiques/services_preventifs/thematique/sante_des_populations_et_services_de_sante/strategies/definitions.html</a></p>
</div>
</div>
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		<title>Rock against racism</title>
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		<pubDate>Tue, 29 Jan 2013 17:38:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Julien Simard</dc:creator>
				<category><![CDATA[Divers]]></category>
		<category><![CDATA[Musique]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[antiracisme; rock against racism]]></category>

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		<description><![CDATA[The Clash &#8211; White Riot &#160; &#160; Voici un petit article-diffusion. Ce jeudi débuteront aux Katacombes (1635 blvd. St-Laurent) les [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center"><strong><span style="text-decoration: underline"><a href="http://voir.ca/julien-simard/files/2013/01/image-1-super-black-market-music.jpg" ><img class="aligncenter size-full wp-image-75" src="http://voir.ca/julien-simard/files/2013/01/image-1-super-black-market-music.jpg" alt="" width="400" height="388" /></a><strong><a target="_blank" href="http://www.youtube.com/watch?v=I9eLeZS9OeY" >The Clash &#8211; White Riot </a></strong><br />
</span></strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Voici un petit article-diffusion.</p>
<p>Ce jeudi débuteront aux Katacombes (1635 blvd. St-Laurent) les soirées mensuelles <em>Rock against Racism</em> (<a target="_blank" href="https://www.facebook.com/Smash.Hate.Mtl" >https://www.facebook.com/Smash.Hate.Mtl</a>)</p>
<p>Qu’est-ce que c’est ? Pour Aaron, igniteur de l’affaire, c’est l’occasion de faire se rencontrer les scènes punk et reggae, et utiliser l’événement pour financer (de façon bénéfice) différents groupes qui luttent contre le racisme ou dans des optiques de justice sociale plus larges.</p>
<p>L’inspiration ? D’une part, le fameux concert de 1978 au Victoria Park de Londres, où jouèrent The Clash, les Buzzcocks, Steel Pulse, Generation X et autres merveilles du punk antiraciste de l’époque. L&#8217;évènement de 1978 faisait suite à une campagne menée depuis 1976 par Red Saunders, Roger Huddle et autres contre des propos dégueulasses tenus par Clapton et Bowie, qui affirmèrent leur support aux idées conservatrices et anti-immigrantes qui montaient justement en popularité dans les années soixante-dix anglaises. Les deux se seraient rétractés en invoquant respectivement leur alcoolisme et leur toxicomanie. C&#8217;est lâche de même.</p>
<p>À cette époque, une vague d’appuis au British National Party (extrême-droite) était l’expression la plus manifeste de cette vague fascisante, qui apparaissait en réaction aux vagues d’immigration en provenance principalement des Caraïbes et de l’Asie du Sud. En 1976, par ailleurs, éclatèrent les émeutes de Notting Hill où la communauté jamaïcaine et antillaise se révolta contre les interdictions – sous forme de provocation policière massive, plus de 1600 <em>bobbies</em> entourant la fête -  à l’encontre du fameux carnaval de rue du nom du célèbre quartier londonien, aujourd’hui gentrifié grâce (entre autres, il faut bien se permettre quelques évocations) à Julia Roberts. La pression était trop grande; elle témoignait de forces immobilières puissantes qui déjà lorgnaient le quartier, alors semi-périphérique au centre de Londres, comme Camden, l&#8217;ancien quartier punk.</p>
<p>Mais revenons à <em>Rock against racism. </em>En fait de racines, Aaron dit s’inspirer aussi des concerts de l’Anti-racist action de Toronto, pour faire émerger à Montréal un espace-temps mensuel rassembleur d’une communauté unie contre le racisme, dans la musique et l’euphorie.</p>
<p>Les bénéfices de la soirée de jeudi 31 janvier seront versés au Marathon des sans-abris de CKUT et ceux de la soirée du mois prochain à Sisters in Spirit. En mars, la soirée appuiera Solidarité avec la Palestine, dans le cadre de la semaine contre l’apartheid isréalien.</p>
<p>Les bands jouent gratuitement, on trouvera des kiosques, des livres et des zines, des DJ’s, du ska et du rocksteady, de la danse et de la transe.</p>
<p><span style="text-decoration: underline"><strong><a href="http://www.youtube.com/watch?v=I9eLeZS9OeY"><br />
</a></strong></span></p>
<p><span style="text-decoration: underline"><br />
</span></p>
<p>&nbsp;</p>
]]></content:encoded>
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	</item>
		<item>
		<title>La grève générale du 14 novembre à Madrid : le compte-rendu de R., qui vit là-bas</title>
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		<comments>http://voir.ca/julien-simard/2012/11/20/la-greve-generale-du-14-novembre-a-madrid-le-compte-rendu-de-r-qui-vit-la-bas/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 21 Nov 2012 00:03:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Julien Simard</dc:creator>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[14N]]></category>
		<category><![CDATA[austérité]]></category>
		<category><![CDATA[grève générale]]></category>
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		<description><![CDATA[&#160; Dans cet article, je fais une entrevue avec R., une personne québécoise vivant maintenant à Madrid depuis quelques temps [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em><a href="http://voir.ca/julien-simard/files/2012/11/P1010041.jpg" ><img class="aligncenter size-medium wp-image-68" src="http://voir.ca/julien-simard/files/2012/11/P1010041-428x570.jpg" alt="" width="428" height="570" /></a></em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><em>Dans cet article, je fais une entrevue avec R., une personne québécoise vivant maintenant à Madrid depuis quelques temps sur la journée de grève générale qui s’est produite en Espagne mercredi dernier le 14 novembre pour protester contre les mesures d’austérité. La chose est publiée sans tambours ni trompettes, pour ne pas allonger trop le texte. Si quelqu&#8217;un.e se sent à l&#8217;aise pour faire une compte-rendu plus macro, large de la grève générale de la semaine dernière, envoyez vos mots en commentaires !<br />
</em></p>
<p><em>Voir cet article de Libération pour un aperçu journalistique de la chose : http://www.liberation.fr/depeches/2012/11/14/journee-de-colere-en-europe-contre-l-austerite_860295</em></p>
<p><strong>La toile des luttes</strong></p>
<p>Hum, hier a été une journée mouvementée. Et la toile de luttes qu&#8217;il y a ici à Madrid est large, complexe et très entrelacée. Hier a été une journée très très violente en tout cas. Il y a eu près de 180 arrestations ici et 70 personnes ont été blessées par la police (et vice-versa). La majorité durant les piquets de grève de la matinée, et pas seulement hier soir en face du congrès. Soit dit en passant, en face du congrès, ça a durement brassé. Après ces grandes charges, ça a été la guerre urbaine, enfin. Les grèves générales sont vraiment des grèves générales, de toutes les activités, de tous les secteurs. Il y avait 3 grandes manifs, et plein de spontanées. Une de la CNT (Confédération nationale du travail, anarcho-syndicaliste), qui allait jusqu&#8217;à Vallecas, un quartier ouvrier entièrement et ouvertement anti-fasciste, une des autres syndicats de combat et groupes &laquo;&nbsp;alternatifs&nbsp;&raquo;, qui terminait en face du congrès, où c&#8217;est illégal de manifester depuis l&#8217;élection du PP, et une des grands syndicats et partis communistes et partis de gauche, qui a été GIGANTESQUE.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>En ce moment, je crois que 16 centres hospitaliers sont occupés, ni plus ni moins, par les travailleurs et travailleuses pour empêcher la privatisation totale du secteur de la santé. Ça fait déjà presque deux semaines qu&#8217;ils occupent. Les journaux en parlent pas trop. Le centre de cette lutte c&#8217;est el Hospital La princesa, situé dans le quartier riche, genre Westmount, de Salamanca, el barrio de Salamanca, du nom d&#8217;un marquis important, ou quelque chose du genre. En parallèle de ces luttes pour la santé publique, y&#8217;a la mobilisation étudiante et la lutte contre les &laquo;&nbsp;desahucios&nbsp;&raquo;, les expulsions de logement pour impago de hipoteca (hypothèques impayées). C&#8217;est le bordel par rapport à ça, y&#8217;a environ 300 saisie par les banques par jour dans le pays, et les gens se mobilisent et se battent pour empêcher les huissiers, protégés par la police, de passer.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Depuis fin septembre, je suis impliqué dans un CSOA, Centro social ocupado autogestionado, un squat, dans le quartier. Là se réunissent tous les groupes de résistance de Madrid ou presque. Entre autres, la Plataforma de desobediencia civil, la PAH (Plataforma de Afectados por la Hipoteca, Plate-forme des Affectés par l&#8217;Hypothèque), et la Plataforma 25-S, le groupe qui a convoqué le premier &laquo;&nbsp;Rodea-el-congreso&nbsp;&raquo; du 25 septembre, la prise du congrès par le peuple. C&#8217;est une manif qui a été convoquée plusieurs fois depuis le 25 septembre, hier 14N c&#8217;était la septième fois. Le 25 septembre ça a été la super violence, et hier aussi. Les cinq autres &laquo;&nbsp;Toma el congreso&nbsp;&raquo; ont été plutôt tranquilles. Ce groupe de Convocatoria 25S a été largement démonisé dans les médias. Les politiciens ont comparé les manifs du Congrès au coup d&#8217;état du général Tejero.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Il y a un mois le grand centre social Casablanca, calle Santa Isabel, dans le centre de Madrid, a été violemment expulsé, puis repris, puis ré-expulsé. On dit que c&#8217;est parce que pendant les mois qui ont précédé le 25 septembre le groupe de la Convocatoria del 25S s&#8217;y réunissait, initiative criminalisée. 8 membres avaient été accusés de Crime contre l&#8217;état en octobre.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Journée</strong></p>
<p>Vers 14h00 nous sommes sortis pour aller vers el Hospital la Princesa, où un des banquets populaires avait été organisé, il y en avait un peu partout dans la ville. En arrivant à l&#8217;hôpital, nous nous sommes joints à quelques centaines de personnes qui ont commencé une manif dans le quartier riche. Plusieurs fois nous avons bloqué les grandes rues et eu des confrontations avec les gens des voitures, majoritairement de droite et d&#8217;extrême droite. Le pays, en effet, est complètement divisé, héritage de la guerre civile, et c&#8217;est pas des blagues.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Nous sommes descendus par la calle Serrano, une vraie rue commerciale de riches en envoyant chier les gens qui ne faisaient pas la grève dans leurs boutiques de riches. Nous sommes passés par la Puerta de Alcala, grand rond-point, par la calle Alfonso XII, puis jusqu&#8217;au congrès. Après nous sommes arrivés à Atocha, le point de rendez-vous de départ de la grande grande manif. Là, des groupes de communistes de je sais pas quel parti ont obligé les commerces à fermer. Nous avons marché avec la grande manif jusqu&#8217;à Colón, puis nous sommes revenus au congrès. Il y a eu une première charge à 19h45. Puis après, vers 21h15, ça a été le bordel, les grandes charges, les centaines de salves de flashball, les grenades, les gaz.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Vers 23h00 j&#8217;étais de retour à la maison, et ça continuait dans les rues du centre-sud. Jamais autant de flics n&#8217;avaient été déployés auparavant je pense. Ils chargeaient les gens avec leurs camions dans le paseo del Prado, en face du musée. Un groupe d&#8217;environ 200 personnes a réussi à rester près des barrières qui protègent le Congrès toute la nuit, malgré tout.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Pour les desahucios, il y a eu dernierement un moratoire pour les personnes avec des petits enfants, les vieillards, les personnes malades après qu&#8217;une troisième personne se soit suicidée au moment d&#8217;être expulsée. Le plus intéressant, c&#8217;est tout le processus de pression qui se fait sur le directeur de la succursale qui prend le logement. C&#8217;est un travail ENORME. Les gens occupent les succursales et mettent la grosse pression, le numero de telephone circule et les coordonees du directeur, le bar ou il déjeune le matin, etc.<br />
en tout cas&#8230;</p>
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		<item>
		<title>Les Délicates Attentions : « Veux-tu une médaille » ?</title>
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		<pubDate>Mon, 12 Nov 2012 14:49:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Julien Simard</dc:creator>
				<category><![CDATA[Art de vivre]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>

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		<description><![CDATA[En ce jour du Souvenir, le 11 novembre, ce jour militaire, ces jours où vandaliser un monument commémoratif de guerre [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>En ce jour du Souvenir, le 11 novembre, ce jour militaire, ces jours où vandaliser un monument commémoratif de guerre pourrait devenir passible de prison<a title="" href="#_ftn1">[1]</a>, ces jours où le Bien se fait en Afghanistan, en quadrillant des villages de montagne M-16 au bras, ces jours où, en somme, la Guerre c’est la Paix, un groupe de consoeurs a décidé d’utiliser un humour libérateur et cathartique pour se plonger dans une étude tous azimuts des médailles militaires.</p>
<p>En somme, elles ont décidé de pratiquer la phaléristique, cet art renouvelé de la décoration, de l’ordre et de l’insigne, du rituel politique, de l’objet brillant investi de sens et de valeur(s), récompensant, sous le couvert de la Vertu, des sacrifices proférés dans un (très souvent) glorieux univers de sens machiste. L’ordre social se refonde sans cesse sur la violence fondatrice, disait le sociologue René Girard…</p>
<p>Mais que font concrètement les Délicates Attentions, qui sacrifieront à l’encan virtuel, jour après jour à partir de demain, de bien réelles médailles siliconées, dans le cadre du festival <a target="_blank" href="http://www.htmlles.net/2012/index.html" >HTMlles</a>, festival féministe d’arts médiatiques et de culture numérique ?</p>
<p>On a fait une entrevue pour le savoir.</p>
<p>Elles veulent d’abord détourner l’usage usuel des médailles, en rendant plus saillante que jamais la présence ambigüe des qualités bien militaires de l’abnégation, du courage ou de la bravoure dans les rapports intimes entre les genres, au quotidien, here and now. Les services invisibles, le care, les tâches ménagères, le soin aux mourants, le soin aux malades tenus dans l’ombre, alors que les fusils sont sous les projecteurs.</p>
<p>Les luttes pour l’égalité, qui pourtant tentent de créer des espaces de liberté agrandis pour « toi » et « moi », pour des subjectivités multiples, se butent souvent à des check-points.</p>
<p>Oui, les hommes résistent, prétendent s’être « faits déclarer la guerre », refusent le déplacement, la remise en question. Pourquoi ?</p>
<p>L’heure est aux solidarités entre consoeurs, et c’est ce que les Délicates Attentions tentent de créer cette semaine en posant des actions qui font rire et qui donnent de l’énergie dans la longue marche vers l’égalité, disent-elles…Dans les réseaux sociaux, les femmes seront invitées à formuler les situations dans lesquelles ces médailles-là pourraient être données. Il faut oser, redisent-elles, « utiliser ces médailles-là pour s’outiller ». L’humour noir est « celui qui sauve », qui crée de la solidarité.</p>
<p>Les médailles délicates du Sacrifice, de l’Ancienneté, de la Jarretière, de Victoria et de l’Aspirant seront tirées aux enchères, faut-il le rappeler. Pour les mirer ou les désirer, il suffit de visiter ce site : <a target="_blank" href="http://www.veux-tu-une-medaille.net/" >http://www.veux-tu-une-medaille.net/</a> ou celui-ci https://www.facebook.com/pages/Veux-tu-une-m%C3%A9daille/371688292913178?ref=hl.</p>
<p>« Leurs hochets, finalement, sont tordus comme les vrais, c’est donc avec dérision qu’ils souligneront plutôt les traits outrageux, de qui les mérite, les rendant outranciers »</p>
<p>Veux-tu une médaille ?</p>
<p>Ceci résonne bigrement avec la grève du <em>care</em>, du soin, des services invisibles qui aura lieu pendant la grève générale en Espagne ce 14 novembre. Plus de services féminins pendant une journée. Plus de torchage dans l’ombre.</p>
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<p><span style="text-decoration: underline"> </span></p>
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<hr align="left" size="1" width="33%" />
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<p><a title="" href="#_ftnref1">[1]</a> http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/justice-et-faits-divers/201211/10/01-4592553-vandalisme-sur-des-monuments-de-guerre-un-crime-passible-de-prison.php</p>
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		<title>Amorce d&#8217;une longue réflexion sur la bonne mort et les soins palliatifs</title>
		<link>http://voir.ca/julien-simard/2012/10/30/amorce-dune-longue-reflexion-sur-la-bonne-mort-et-les-soins-palliatifs/</link>
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		<pubDate>Tue, 30 Oct 2012 23:57:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Julien Simard</dc:creator>
				<category><![CDATA[Divers]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[mort]]></category>
		<category><![CDATA[soins palliatifs]]></category>

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		<description><![CDATA[Vu que c&#8217;est pas mal la période des morts qui s&#8217;amorce, il me semble pertinent de parler de la mort [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://voir.ca/julien-simard/files/2012/10/550134_4292944716371_1300627768_n.jpg" ><img class="size-medium wp-image-59 aligncenter" src="http://voir.ca/julien-simard/files/2012/10/550134_4292944716371_1300627768_n-428x319.jpg" alt="" width="428" height="319" /></a></p>
<p>Vu que c&#8217;est pas mal la période des morts qui s&#8217;amorce, il me semble pertinent de parler de la mort telle qu&#8217;elle est vécue ici. Souvent hospitalière, parfois à domicile, elle est aussi de plus en plus palliative. Ces réflexions en désordre s&#8217;appuient sur un terrain ethnographique de plusieurs mois effectué dans une institution de soins palliatifs de la région de Montréal. Avant de s&#8217;enfoncer dans une réflexion critique, dans d&#8217;autres billets ultérieurs, le présent texte tentera de donner un aperçu général de ce que sont les soins palliatifs.</p>
<p>Mieux vaut définir ce dont on parle pour en parler&#8230;</p>
<p>Sous l’impulsion de Cicely Saunders est fondée en 1967, dans la banlieue londonienne, la première maison de soins palliatifs au monde : le célèbre St. Christopher’s Hospice. Saunders, médecin et fervente croyante d’obédience catholique, militait alors pour une réactualisation des pratiques de soins aux moribonds enfouies dans la tradition chrétienne et cloitrées depuis des siècles dans les couvents. Le contrôle médical de la douleur à l’aide d’antalgiques (morphine et autres opiacés) était donc pour Saunders une première étape, nécessaire mais non suffisante, pour s’attarder au mourant comme personne entière dans ses dimensions biologiques, psychologiques, spirituelles et affectives, dans sa fameuse « souffrance totale ».</p>
<p>Dans cet état d’esprit, la fin de vie est une rupture, mais aussi un moment « précieux » qu’on peut contrôler et surtout investir à l’aide de technologies médicales – dans le sens large de « technologie », c’est-à-dire en incluant les produits pharmaceutiques -, pour permettre au patient et à sa famille de faire l’expérience de moments d’exception, d’intensité sentimentale et intersubjective avant le grand départ, sans que le processus soit trop court ni trop long  (Castra, 2003). Ici, on « vit » jusqu’au bout, mais idéalement pas trop longtemps.</p>
<p>Pour Menezes (2004), le champ du soin palliatif se trouve ainsi au confluent des logiques médicales, psychosociales et religieuses : si on affirme que le mouvement est issu des nouveaux mouvements sociaux, revendicateurs et réformistes, on oublie parfois de réaliser que le New Age a aussi exercé une influence considérable et complexe sur le soin palliatif. Dans la pensée New Age, la vie est conçue comme un flux, inséré dans des individus uniques et singuliers, dont l’intériorité est le lieu d’une vérité profonde (<em>ibid</em> : 62).</p>
<p>Cette pensée contribua à la revalorisation de la mort comme moment de passage, d’exception, permettant de dégager pour une dernière fois – ou une première fois – le « diamant » que chacun porte, le « soi véritable », l&#8217;authentique en somme (Walter, 1991). Mais aussi, le New Age contribue peut-être ainsi à détacher corps et personne, en faisant fi de l’enveloppe charnelle qui se meurt pour focaliser complètement sur un « être » subjectif réifié, espèce d’énergie immanente fantomatique.</p>
<p>La manière palliative de mourir, souvent appelée la « bonne mort », est un discours au caractère normatif selon une grande partie de la littérature socio-anthropologique sur le sujet. La bonne mort crée de l’ordre, une charpente, dans une trajectoire médicale qui s’enfonce inexorablement dans le néant.  La nature, la portée, la teneur, le rôle et la densité de ces aspects prescriptifs varient énormément selon les contextes, bien entendu.</p>
<p>Néanmoins, malgré ce souci de complexité, on peut tenter d’énumérer ici les grands principes idéaux de la « bonne mort » de façon plus ou moins exhaustive : 1) communication « libre » et « ouverte » entre le patient, les proches et l’équipe soignante dans la relation thérapeutique, ainsi que leur coopération mutuelle dans le soin auprès de la personne mourante; 2) l’autonomie du patient, c’est-à-dire principalement le respect et la valorisation des demandes de soins et de sédation faites par le malade, mais aussi de tout autre désir qu’il pourrait émettre; 3) absence ou dénouement des conflits, par et dans un discours psychologique; 4) acceptation de la mort par tous les acteurs en présence, dans un contexte « paisible », et donc absence constatée et réaffirmée de « déni » de la mort ou de conflits interpersonnels ingérables; 5) émergence du « vrai soi » du patient à l’aboutissement du processus, considéré par beaucoup comme étant l’occasion d’établir un « deuil anticipé » chez les proches (Seale, 1998).</p>
<p>Ce processus du mourir peut être supposé assez lié aux « nouveaux rites », ces rites à géométrie variable, individualisés, intriqués dans le langage de la psychologie et souvent axés sur la confession et le récit de vie. Les « nouveaux rites » sont donc conséquents avec la sociabilité de notre époque et le souci de donner parole et de valoriser l’autonomie des sujets contemporains, de surcroit lorsque advient la maladie et la perte d’autonomie (Baudry, 2006, Saillant et Gagnon, 1999).</p>
<p>Est-ce le cas ?</p>
<p>La suite bientôt&#8230;</p>
<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;</p>
<p>Baudry P. 2006. La place des morts. Enjeux et rites. Paris, L’Harmattan.</p>
<p>Castra, M. 2003. Bien mourir: sociologie des soins palliatifs. Paris, Presses universitaires de France.</p>
<p>Menezes, R. A. 2004. Em busca da boa morte: antropologia dos cuidados paliativos. Rio de Janeiro, Editora Garamond.</p>
<p>Saillant, F., et E. Gagnon. 1999. « Présentation. Vers une anthropologie des soins? », <em>Anthropologie et sociétés</em> 23: 5-14.</p>
<p>Seale, C. 1998. Constructing death: the sociology of dying and bereavement. Cambridge, Cambridge University Press.</p>
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