Blogue de Kim Raymond Penser le ventre plein RSS

Blogueuse, rédactrice pigiste et réviseure dans les temps durs, je suis titulaire d’une maîtrise en littérature qui m’aura surtout appris à considérer les récits de soi comme une forme évoluée des magazines à potins. J'ai laissé tomber Simone de Beauvoir pour me consacrer pleinement à ma relation avec la nourriture.

Une année sans gaspillage?

2 janvier 2013 · Gastronomie, Société · Kim Raymond
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C’est peut-être la tendance alimentaire la plus importante de l’année 2013: après avoir redécouvert le plaisir de transformer des aliments qu’ils ont ensemencés puis bichonnés, et caressé le rêve d’élever des poules pour avoir des œufs frais sous la main en tout temps, les foodies consciencieux seront invités à mettre en pratique les 3R de l’écologie à l’intérieur même de leur assiette. Fini le grand dilemme entre le local et le bio: il faut maintenant sauver les aliments de la poubelle! Et ce n’est pas une mauvaise chose: selon un rapport produit en 2011 par le Food and Agriculture Organization of the United Nation, c’est une quantité astronomique équivalant à 295 kg de nourriture par personne qui est perdue ou jetée chaque année en Amérique du Nord, et plus du tiers de cette quantité est gaspillée directement par le consommateur. Aux États-Unis seulement, c’est environ 40 % de la nourriture disponible qui aboutit à la décharge, un triste record à l’échelle mondiale. La partie la plus importante du gaspillage provient de l’industrie de la transformation. Alors même qu’ils viennent juste d’être récoltés, certains légumes sont déclassés ou jetés simplement parce qu’ils [...]

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La fin des bigorneaux

12 novembre 2012 · Gastronomie, Société · Kim Raymond
La fin des bigorneaux

Si, comme moi, vous avez un cœur (et je vous soupçonne fortement d’en avoir un, en tout cas, c’est mieux pour vous, pour toutes sortes de raisons), des documentaires comme The Cove ou Sharkwater ont probablement éveillé en vous une sorte de sentiment de rage ou d’écœurement devant l’absence de volonté politique internationale à l’égard de la protection de la faune maritime. La chasse aux dauphins et aux requins, animaux souvent tués en pure perte et dans le mépris de la loi, a de quoi émouvoir, surtout lorsque l’on sait que leur viande ne sera finalement consommée que par une fraction de la population des pays qui pratiquent ces pêcheries, produits de grand luxe obligent. Vous pensez que c’est mieux au Canada? Pas du tout. La pratique de la pêche commerciale dans les eaux territoriales canadiennes, dont les règles ont encore été assouplies l’an dernier dans le cadre du bill omnibus 35, n’a pas de quoi nous rendre fiers d’être canadiens (une autre raison à ajouter sur votre liste). Alors que le pays persiste à se présenter comme un leader en matière de gestion des eaux [...]

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Avec pas d’casque @ Festival Diapason

27 octobre 2012 · Musique · Kim Raymond
Avec pas d’casque @ Festival Diapason

Quand j’ai découvert Avec pas d’casque, par le biais de leur chanson L’amour passe à travers le linge, j’ai tout de suite pensé que Chéri, qui craque pour l’univers débridé et rustique des Frères Goyette, serait séduit par leur country lo-fi et leurs textes emplis d’une poésie grise et magnifique. Et Chéri fut séduit, évidemment (je ne me trompe jamais), mais les écoutes se sont accumulées dans mon ipod, et c’est finalement moi qui suis tombée complètement en amour avec ce band qui tâche de vaincre la grisaille par la grisaille. D’abord pour les textes, dont les images fessent comme un gun à clous qui marche bien, mais aussi pour l’impression de douce chaleur humaine qui se dégage de leur œuvre. Même si, à ce jour, je préfère leurs deux premiers albums, un peu plus désordonnés, leur plus récent opus, Astronomie, sorti en mars dernier, est un album achevé et vaguement lyrique qui devrait être la trame sonore idéale de toutes vos ballades automnales. Tenez vous le pour dit. Jeudi dernier, en ouverture du Festival Diapason, avait lieu un spectacle réunissant Quoi qu’en diront les médias (allez voir [...]

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Se vomir dans la bouche

24 octobre 2012 · Humeur, Société · Kim Raymond
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Ça m’est arrivé hier soir. Pas littéralement, bien sûr, mais l’arrière-goût fielleux de la bile colérique qui m’a envahie hier est probablement ce qui se rapproche le plus de cet heureux évènement. Et comme je suis une personne particulièrement peu colérique de nature, ça en prend beaucoup pour me faire éprouver ce genre de sentiment. Qu’est-ce qui s’est passé hier soir, donc, pour me sortir de mon habituelle apathie caractérielle? Rien. Rien de plus, en tout cas, que l’attribution de deux Médailles du jubilé de diamant à des militantes pro-vies, criminelles de surcroît. Déjà, j’en aurais long à dire sur la mascarade que représentent les Médailles du jubilé de diamant. Créées cette année pour célébrer le 60ième anniversaire de règne de la reine Élizabeth II, ces médailles sont une façon pour le Canada, selon le site du Gouverneur-général du Canada, « de rendre hommage de façon tangible à Sa Majesté pour son dévouement envers notre pays ». No shit ! Je suis pas mal certaine que vous ne voulez pas que je vous explique en détails pourquoi je pense que rendre hommage au dévouement de la reine pour le Canada est quelque chose [...]

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Une actrice porno, un chihuahua et une vieille dame

13 octobre 2012 · Cinéma · Kim Raymond

Starlet

C’est ce drôle de trio qui tient la vedette dans Starlet, le nouveau film de Sean S. Baker, présenté hier au cinéma du Quartier Latin dans le cadre du 41ième Festival du Nouveau Cinéma de Montréal. Jane, alias Tess, est une débutante dans l’industrie du X passablement ennuyée par la vie monotone qu’elle mène entre deux tournages. Dans le cadre d’une virée shopping dans les ventes de garage de la Vallée de San Fernando, Jane achète un objet recelant un montant d’argent appréciable. C’est au cours de ses tentatives pour remettre la somme à sa propriétaire que se nouera une amitié indéniable (mais pas sans anicroche) entre Jane et Sadie. Le film est d’un naturel désarmant. Les tribulations de Jane dans le monde factice et étincelant du porno n’y occupent qu’une place secondaire,  et ce sont les fils de la relation qui se tissent entre elle et Sadie qui occupent la plus large place dans le film, soutenus par la douceur et l’aménité du personnage de Jane. Les dialogues sont réduits à leur plus simple, et il y a un grand nombre de plans extérieurs qui donnent à saisir [...]

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Silence, on bouffe !

4 août 2012 · Cinéma, Divers, Gastronomie · Kim Raymond

Dans le dernier numéro du magazine Lucky Peach*, Elvis Mitchell et Anthony Bourdain s’interrogent sur le lien qui existe entre la nourriture et le cinéma, ou plus précisément, sur ce que la présence de nourriture à l’écran peut évoquer ou non dans certains films cultes américains, dont Diner de Barry Levinson. Bouffe et cinéma. Pourquoi personne n’y a pensé avant ? Les deux sont tellement intéressants d’un point de vue anthropologique que de les examiner côte à côte, en un même coup d’oeil, ne peut qu’offrir un portrait inédit d’une culture. Évidemment, certains films classiques du répertoire européen, comme La grande bouffe et Babettes gæstebud orbitent autour de la nourriture, mais le premier film qui me vient à l’esprit quand je pense à la bouffe au cinéma (et il est évidemment mentionné par Mitchell et Bourdain), c’est Goodfellas. En particulier, la scène où Henry, Pauly et Vinnie se préparent à souper en prison. En plus de l’abondance de fromages et de saucissons qui ne peut que me donner faim, c’est le soin maniaque avec lequel le personnage de Paul Sorvino émince l’ail, au moyen d’une lame de rasoir, qui me fascine. Cette scène est mythique pour [...]

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Féminisme et schizophrénie

2 juin 2012 · Divers, Humeur, Société · Kim Raymond
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Une des questions que les gens me posent le plus souvent, quand je glisse, quelque part dans une conversation, le fait que j’ai passé les trois dernières années de ma vie à étudier l’oeuvre de Simone de Beauvoir et à écrire quelque cent cinquante pages sur le sujet, c’est généralement: « Ah, ouin, mais tu dois être féministe toi, non ? ». C’est une question qui a cessé de me déstabiliser, même si j’ai passé quelque temps à grimper dans les rideaux chaque fois que quelqu’un suggérait que Beauvoir était une auteure féministe. Ce n’est pas exact, et il y a un petit quelque chose d’obsessif en moi qui n’aime pas l’inexactitude des choses. Évidemment, la confusion me semble normale: c’est vrai que Beauvoir a écrit un des livres fondateurs du féminisme de la deuxième vague, mais elle l’a fait à une époque où le mouvement féministe était en latence, et elle n’a pas vraiment épousé la cause des femmes au moment où elle a publié Le Deuxième Sexe. Elle s’est cependant jointe au MLF dans les années 70, et elle a milité à ses côtés jusqu’à sa mort en 1986. Ce qui est exact, donc, c’est de dire que [...]

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Moutarde chou et le patrimoine culinaire du Québec

20 mai 2012 · Gastronomie, Livres, Société · Kim Raymond

L’an dernier, à peu près à la même date, deux chercheuses de l’Université Concordia et de l’UQAM, Geneviève Sicotte et Marie-Noëlle Aubertin, avaient pris pour prétexte le congrès de l’ACFAS afin de faire l’état du patrimoine culinaire québécois. Cette plénière que j’avais suivie avec intérêt confirmait par l’exemple ce que Claude Lévi-Strauss sous-entendait quand il disait que la cuisine est « un langage dans lequel chaque société code des messages qui lui permettent de signifier ce qu’elle est » (Lévi-Strauss, 1967, p.276). Ainsi, au-delà des pratiques culinaires relevées par Ève Dumas à la suite du colloque, il faut retenir ce que ces pratiques traduisent des valeurs québécoises. Par exemple, le sacro-saint souper en famille et les traditionnelles pizzas et bières à la suite d’un déménagement sont des illustrations concrètes de l’importance que nous accordons à nos liens familiaux et amicaux, et du caractère indéfectible que nous leur conférons: c’est par la mise à table que nous consacrons l’existence de ces liens ou que nous remercions la solidarité qu’ils ont fait naître. Tout ceci est fascinant. Assez, à tout le moins, pour que j’aie eu une petite crise d’urticaire quand Marie-Claude Lortie s’est empressée [...]

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Fermier des villes ou fermier des champs ?

8 mai 2012 · Gastronomie, Habitat, Société · Kim Raymond
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Parcelle de terre ayant besoin d'amour

  D’aussi loin que je me souvienne, mes parents ont toujours eu un potager. Il a varié de forme et de contenu selon les maisons où nous avons habité, mais il a toujours pris soin de nous fournir abondamment en tomates cerise et en concombres anglais. Même quand nous vivions dans le Bas-du-fleuve, où les caprices de la température rendent la culture potagère un peu plus hasardeuse, nous avions droit à des légumes locaux (pour autant que le trajet Rimouski-Amqui ne violait pas la règle du « 1oo miles ») grâce au productif jardin de mon grand-père maternel. C’est probablement pour ça, avec le fait que ma mère ait toujours cuisiné et travaillé dans des restaurants et que ma grand-mère ait eu pour métier de préparer des bouffes collectives pour toutes les occasions spéciales imaginables, que je suis actuellement obsédée par la nourriture et la place que nous lui accordons en tant que société. Ce n’est malheureusement pas le cas pour tous. Si les gens de ma génération ont relativement été en contact avec de vrais aliments à l’occasion, celle qui nous suit a été [...]

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Qu’est-ce que ça mange, un étudiant ?

1 mai 2012 · Gastronomie, Société · Kim Raymond
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Pas grand chose. En tout cas, pas selon l’Aide Financière aux Études, qui considère sept dollars par jour comme étant suffisant en matière de dépenses admises pour l’alimentation d’un étudiant. Sept dollars, c’est moins que ce que coûte un repas complet à la cafétéria de l’université. Sept dollars, c’est 1 dollar (et trois sous) de moins que le paquet de saucisses Guatemala Picante du Sabor Latino que j’ai décongelé pour le souper. C’est une bonne chose que nous soyons deux à être nourris avec celui-ci, parce qu’en ajoutant le chou-fleur et le maïs en épi qui lui servaient d’accompagnement, le budget bouffe aurait été busté pour la journée, et ça, sans que nous ayons abordé le sujet du dîner et du déjeuner. Sept dollars, c’est peu. Assez peu, en tout cas, pour que la demande d’aide alimentaire de la part des étudiants ait augmenté en flèche dans les dernières années. À l’UQAM seulement, le nombre de paniers de Noël distribués aux étudiants en difficulté a quintuplé depuis 2002. La difficulté qu’a la population étudiante à se nourrir convenablement peut en partie être expliquée par le fait que le manque de savoir-faire culinaire et l’horaire chaotique des [...]

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